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dimanche 5 mai 2013

Pris dans une avalanche!

Sognefjorden
Il ne faut pas croire tout ce que j'écris, je change d'avis en un tour de main. J'aurais tort de me priver de ce luxe apporté par la combinaison voiture/tente/voyage en solo. Ainsi, hier soir, comme au moment de refermer l'ordinateur la pluie s'était arrêtée, j'ai jugé que je dormirais plus confortablement sous la tente plutôt que recroquevillé sur un siège auto. J'ai eu droit à la visite d'un badaud tout de camouflage vêtu, façon panoplie de chasseur, qui ne m'a pas vu et s'en est retourné après sa balade digestive au bord du fjord. A 22 heures il faisait toujours jour, je me suis endormi sans attendre une nuit que ne viendrait peut être pas. J'ai très bien dormi, à ceci près que le sac de couchage acheté spécialement pour l'occasion chez Decathlon - car vanté comme le plus chaud des sacs et ce jusqu'à – 5 degrés dehors - ne tient pas ses promesses. J'ai acquis le modèle XL pour être à l'aise sans avoir les pieds qui touchent le fond. 
Naeroyfjorden
Sauf que le XL fait aussi dans le large. En fait c'est un sac pour gros. Comme on ne peut plus dire gros, moche, handicapé et sourd, on dit XL ! Et moi en attendant je nage dans un sac qui a le mérite d'avoir une collerette anti-froid à part qu'elle ne se sert pas suffisamment, laissant entrer l'air froid par les épaules. Et ça, c'est ce qu'il y a de pire. J'espère à mon retour pouvoir me le faire rembourser. J'aurais dû mettre le prix dans un modèle spécial alpinisme et surtout l'essayer avant. En attendant j'ai trouvé une position à peu près étanche, sur le ventre et tenant les deux bords du sac pour les faire passer sous mon corps...
A 7 h30 je me suis extirpé du sac, j'ai plié une tente trempée puis j'ai commencé à emprunter un chemin qui grimpait à flanc de fjord, pour commencer une petite randonnée, profitant d'une accalmie. Oh, pas pour longtemps, vu la neige qu'il y avait partout, je n'allais pas tarder à être bloqué. C'était plus une question de prendre un peu de hauteur pour avoir une autre vue sur le fjord de Naeroy. 
Sauve qui peut!
Le sentier part direct en lacets et en à peine 15 minutes de montée il se trouve déjà bloqué par une coulée de neige que je suis obligé de contourner. Me voilà hors sentier, grimpant un peu plus de manière à avoir cette plaque de neige au premier plan sur la photo. Avec un ferry qui arrive du fond du fjord, on ne peut pas rêver mieux pour la scène. C'est alors que j'entends un vacarme comme une explosion, un grand crac lourd et sourd, comme un coup de tonnerre. En me retournant, je constate qu'une plaque de neige s'est décrochée tout en haut du fjord, juste au dessus de moi et que dans sa chute elle a entraîné la neige sous elle, formant une avalanche qui se met à dévaler la pente. Chic, une avalanche ! J'ai sorti direct mon appareil photo, sans être inquiet car au dessus de moi se trouvait ce qui semblait être un cirque et qui allait faire office de réservoir pour l'avalanche. 
Sognefjorden
Sauf que ce cirque n'était pas clos et possédait comme un bec verseur emprunté par une cascade qui donnait directement sur moi. J'ai saisi le drame imminent quand j'ai entendu un deuxième vacarme, semblable à une vague géante de tsunami mêlée à un bruit d'éboulis. C'est à ce moment que le cirque déborda, la cascade n'était plus et l'avalanche pris sa place, avançant comme une coulée de lave vomitive, qui progressait en grossissant et en accélérant, fonçant vers moi et balayant tout sur son passage. Ça se passait à 500 mètres en amont et la voiture était au bord du fjord, 10 minutes plus en bas. Ni une ni deux, j'ai détalé comme un cabri frappé par la foudre, prêt à m'abriter sous de gros rochers au cas où l'avalanche serait plus rapide. Car entre l'avalanche et moi il n'y avait rien. La coulé de neige que je m'étais pris à photographier n'était en fait que les restes d'une précédente avalanche. 
C'est ainsi que je compris que le sentier de randonnée était en fait dans un couloir d'avalanche. C'en était d'autant plus inquiétant. En plus, l'avalanche filait tout droit alors que j'étais obligé de prendre les lacets. J'ai dû me retourner deux ou trois fois pour juger du moment où je devrais me réfugier derrière un rocher. L'avalanche n'était plus très loin, j'avais des espèces de grosses boules de neige qui roulaient déjà autour de moi. C'est alors que tout s'arrêta soudainement comme ça avait commencé. L'avalanche avait fini sa course à 50 mètres seulement au dessus. Malgré tout j'ai continué à courir jusqu'à ce que j'arrive à la voiture et j'ai démarré en trombe, tremblant encore et réalisant que j'avais survécu à une avalanche. Ça m'a coupé net l'envie de faire toute nouvelle randonnée dans les fjords. Avec ces parois verticales couvertes de neige et la pluie qui ne cesses de tomber, on a là le cocktail idéal pour les avalanches. 
Le train de Flam, arrivé à Myrdal
D'ailleurs de nouvelles avalanches se sont déclenchées peu après en différents points du fjord. Plus rien ne pouvait les arrêter. Je ne tenais tout de même pas à mourir dans un site classé au patrimoine mondial de l'humanité, je tiens aussi à mon humanité !
Avant de quitter cet endroit dangereux - quand je pense que j'ai dormi sous la tente la nuit dernière... - je me suis un peu promené le long des berges, au niveau du hameau de Bakka, 4 ou 5 maisons de bois peintes en jaune ou en rouge et une église toute blanche, de bois elle aussi, qui se dresse fièrement au milieu d'un cimetière aux tombes lugubres et couvertes de mousse. En contrebas il y a un embarcadère qui sert de promontoire aux mouettes. Dans l'herbe on trouve des restes de coquilles d'oursin, sous l'eau des algues brunes munies de flotteurs. Pas de doute, c'est bien la mer. C'est ce qui est incroyable car on penserait vraiment être au bord d'un lac. 
La vallée de Flam
Je n'aurai pas vu ce fjord sous son meilleur jour, c'est dommage. Je l'ai eu en version écossaise, aux près jaunes gorgés d'eau, aux arbres nus et au ciel bas. Du coup, ça ne servait à rien que je prenne un ticket pur une croisière sur ce fjord. D'autant plus que tout est vraiment cher en Norvège. Je le savais mais pas à ce point. Quelques exemples : le timbre = 13 couronnes (près de 2 euros), la bonbonne de gaz pour mini réchaud = 77 couronnes (10 euros), un sachet de soupe déshydraté au supermarché = 33 couronnes (4 euros)....
Plus pépère, je me suis rendu à Flam, ville très touristique toute proche. Cette ville est prise d'assaut par les touristes venus de Bergen et qui font le tour appelé « Norway in a nutshell » qui comprend le bus jusqu'à Flam, l'aller et retour sur le train du même nom et une croisière dans le Naeroyfjorden. Un truc pour chinois pressés. 
Dès que c'est organisé et qu'il y a rien d'autre à penser que de manger des chips et prendre des photos, ils en raffolent ! Les russes aussi. Flam est situé au fond du fjord d'Aurland, un bras du fjord de Sogn, le plus long fjord au monde. La ligne de chemin de fer mène en 1 heure à Myrdal, une gare située sur des hauts plateaux, à 866 mètres au dessus du niveau de la mer sur la ligne Bergen-Oslo. Ce que ce train a de remarquable c'est qu'en à peine 20 kilomètres on arrive à cette altitude. C'est le chemin de fer le plus pentu de Norvège, avec une pente de 5 pour mille, ce qui veut dire que l'on s'élève d'un mètre tous les 18 mètres parcourus. La ligne a été construite en 1923 pour une mise sen service en 1940. Il aura fallu près de 20 ans pour poser les rails, creuser 20 tunnels dont 18 à la main. De nos jours le train n'a plus qu'une vocation touristique, la région ayant été désenclavée depuis par la route qui mène à Oslo. L’intérieur des voitures est à l'ancienne, tout de bois verni et de nombreuses informations vocales viennent renseigner sur les sites traversés.
A un moment le train s'immobilise, pour laisser passer celui qui vient dans l'autre sens, au niveau d'une unique jonction à deux voies. Plus haut on a droit à un arrêt de 5 minutes pour contempler une cascade spectaculaire l'été mais complètement figée dans les glaces aujourd'hui. Quand je regarde les cartes postales prises en plein été cela n'a rien à voir. Mais sous la neige le panorama est complètement différent. On est d'autant plus étonné de voir des fermes aux couleurs vives entourées de neige, sans route, au milieu de nul part. Et par moments le soleil tente une timide percée, rendant le tableau encore plus surréaliste. Arrivé à Myrdal, je n'ai pas compris le truc. Je suis descendu du train pour prendre quelques photos mais je n'ai pas trouvé le moyen de quitter le quai. C'est bien la première fois que je vois une gare sans sortie ! A moins qu'il ne faille passer par dessus les voies. Mais je ne m'y suis pas aventuré, préférant reprendre le train pour le retour. Je ne me voyais pas resté à rien faire, prisonnier des glaces. D'ailleurs tout le monde est remonté à bord.
Quand j'ai repris la route je me suis vu nez à nez avec une voiture arrivant en sens inverse ! Je conduisais à gauche. Plus ça va et plus ça devient dur pour moi de savoir de quel côté on conduit. Même quand je retourne récupérer ma voiture sur Bordeaux, je suis toujours à me demander de quel côté je dois rouler. Et j'ai la plus grande peine à trouver. En plus y a pas de moyen mnémotechnique du style si le volant est à gauche alors il faut rouler à gauche. C'est devenu un vrai casse tête qui, si je n'y pense pas, mène toujours au contraire de ce que je devrais faire. Je ne sais pas à quoi ça tient.
La conduite dans les fjords est étonnante, les routes sur les cartes ne sont le plus souvent pas des routes mais des tunnels. J'ai eu droit ainsi à un tronçon interminable de 25 km où je me suis battu pour ne pas m'endormir. 
La vallée de Flam
Sans compter que l'air était complètement embrumé par les gaz d'échappement. La seule manière de rester éveillé là dedans c’est de regarder les panneaux qui donnent tous les kilomètres la distance parcourue et celle restant avant la fin du tunnel. C’est interminable et il ne faut pas être claustrophobe.
Pour continuer au delà, vers le nord, il faut suivre Sogndal et prendre un ferry. La route est terminus, barrée par le superbe Sognefjord qui n'en finit plus de rentrer dans les terres et de se perdre en bras tentaculaires. J'ai de la chance, le soleil se fait un peu plus présent, à la faveur d'une trouée inédite dans la couverture nuageuse. Tout se suite le paysage se transforme et devient majestueux. La traversée est courte et je suis l'un des seuls à sortir de la voiture pour monter sur le pont supérieur afin d'admirer la vue. Le ferry est plutôt plein de gens qui tendent des cartes d'abonnement, blasés de devoir traverser un fjord pour rentrer chez eux ! 
Flam
Moi je suis aux anges. La route qui suit devient complètement différente. Adieu prés jaunes et tourbières humides, place à des forêts de conifères. Tout de suite cela me plaît plus. Le vert est de retour et donne un petit côté montagne que j'affectionne particulièrement. Tellement qu'au bout de quelques kilomètres je décide de sortir de la route n° 5, direction l'aéroport de Sogndal. Pourquoi là ? Parce que la route monte à travers une forêt de pins, en direction d'un sommet enneigé tout en surplombant le Sognefjord. Je le sens bien. D'ailleurs sur ma carte ils ont mis un gros point « panorama », le premier que je croise depuis mon départ hier de Bergen.

Ferry pour Sogndal

La route qui monte vers l'aérodrome
La route est une merveille et la vue sur le fjord à couper le souffle. Je conseille chaudement ce petit détour de quelques kilomètres (la route est cul de sac et s'achève par un aéroport qui ressemble plus à un aérodrome, juché sur un plateau). Sous un rayon de soleil je ne pouvais pas rêver mieux. Je n'ai eu de cesse d'arrêter la voiture au milieu de la chaussée pour prendre des photos. Je laisse aux touristes le Naeroyfjorden et le train de Flam, la vue d'ici surpasse tout ce que j'ai pu voir. Je tiens là la quintessence de ce qu'on imagine et de ce qu'on attend d'un fjord. Une trouée immense de mer couleur émeraude à travers des montagnes couvertes de sapins et emmitouflées sous la neige. Tout cela rien que pour moi. Je n'ai croisé aucune voiture. J'aurais aimé passé la nuit là tellement c'était beau. Mais il était à peine 16h30, avec ce jour qui se couche après 22 heures (je ne sais toujours pas quand...), cela faisait long à attendre. 
Sognefjorden
J'ai préféré m'avancer vers le parc national de Jostedalsbreen et tenter une approche par la vallée de Jostedalen, distante de seulement 80 kilomètres. Tout en jurant de passer une nuit ici au retour. D'autant plus que j'ai trouvé un endroit où planter la tente, directement en surplomb du fjord, où d'autres avant moi avaient aussi dormi si j'en jugeais les restes d'un feu de camp. J'imagine que des norvégiens ont dû tomber amoureux de la région et doivent passer leurs étés ici à admirer la vue.
J'avais un peu peur que la vallée de Jostedalen ne soit pas praticable. En effet sur la carte elle s'enfonce dans les montagnes vers les glaciers, ce qui n'est pas bon signe pour la saison. En plus, au niveau de Hafslo se trouve un lac, que l'on différencie tout de suite d'un fjord car gelé et couvert de neige. La vallée est en fait très plate, il y a peu de dénivelé et les 27 premiers kilomètres se font sans que je perde un seul degré. 

Sognefjorden

La route pour Sogndal
J'ai toujours 9 degrés au thermomètre. Aujourd'hui ça semble s'être radouci un peu. Le but ultime de cette vallée, c’est le glacier Nigardsbreen, en plein cœur du parc, fléché dès l'entrée de la vallée. C'est mon but pour demain. Je ne sais toujours pas si je pourrai le voir, non seulement en raison de l'enneigement mais aussi à cause du temps qui ne cesse d'empirer à mesure que je m'enfonce dans les montagnes. La vallée est assez encaissée et j'avance en essayant de repérer un endroit où je pourrais poser la tente, à l'écart de la route principale. C'est alors que je remarque, après Fossoy, un chemin qui passe par dessus le torrent puis monte par une route en lacets vers une ferme plantée sur un promontoire, tout en traversant une forêt de pins. Sans doute le coin idéal pour passer la nuit mais je décide de poursuivre encore un peu. Jusqu'à ce que je me rende compte de mon erreur, la neige ayant désormais recouvert tout le paysage et le thermomètre commençant à perdre quelques degrés. 
Vallée de Berset, Jostedalsbreen National Park
Je m'avance toute de même dans la vallée de Berset. Quitte à être là, autant en profiter pour essayer d'apercevoir le glacier. Je l'ai vu, une espèce de falaise de glace haute comme une montagne et qui ferme comme un bouchon le fond de la vallée. Malheureusement la route s'arrête avant. Inutile d'essayer de planter la tente par là, la neige couvre les prés d'au moins un mètre de neige.
C'est ainsi que je suis retourné sur mes pas, au niveau du petit chemin que j'avais repéré tout à l'heure. Je me suis installé dans une virage en épingle à cheveu, sur un petit replat herbeux. Un vieux couple est venu à ma rencontre, intrigué par cet intrus. Quand ils ont vu mon réchaud qui préparait la tambouille, ils ont deviné que je dormirais ici. Ils ne parlaient que norvégien mais on s’est compris par signe. J'ai pris mon premier repas chaud, lyophilisé : des pattes au bœuf en sauce. Rien de plus simple : il suffit de faire bouillir de l'eau et de la verser dans le sachet qu'on referme ensuite pendant 5 minutes. Et on obtient un plat complet goûtu. Le lyophilisé c’est très bon, ça ne pèse rien et ça préserve les textures et le goût. En camping c’est l'idéal. En plus le sachet ne pèse que 120g. Pour l'eau je n'ai eu qu'à la prendre qui coulait d'une paroi. Une eau de tourbière verdâtre qui me rappelait le trek de la soif à Table Mountain...


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