Dans l'avion de la Royal
Dutch Airlines aux couleurs bleu layette et aux hôtesses de
porcelaine en tenue assortie aux rideaux, le commandant de bord fit
une annonce au moment de quitter Amsterdam : « Nous
décollons sous un soleil radieux, j’espère que vous en avez bien
profité, ça va se gâter en chemin avec une arrivée sur Bergen
dominée par des averses et 5 degrés au sol ». Grincement de
dents et ricanements dans la cabine, les mêmes que ceux que font les
parisiens dans un avion qui revient d'une destination soleil. Sauf
que cette fois, je ne reviens pas de vacances, j'y vais ;
j'aurais préféré un peu plus d'empathie de la part du pilote !
Je m'étais trituré les
méninges pour choisir le meilleur côté fenêtre de manière à
avoir une vue imprenable sur les fjords, à la manière d'un aigle.
Après avoir étudié une multitude de cartes et même cherché à
avoir l'orientation de la piste à Bergen, mon choix s'était porté
sur le côté droit de l'appareil.
Excellent choix, c'était celui
qu'il fallait faire. A condition qu'il fasse beau ! Car là,
j'ai eu droit à une purée de pois qui s'est délitée 30 secondes
seulement avant l’atterrissage, découvrant des îles gris souris
flottant sur une mer gris anthracite, le tout sous un ciel plombé.
Pas de quoi fanfaronner ! De dépit, pour rentabiliser
l'effort, j'ai pondu un pauvre cliché qui aurait mieux fait
d'avorter.
J'ai une jolie voiture
noire qui n'a qu'un seul défaut : elle chauffe ! Mais pas
là où on l'attend. Je me suis surpris à avoir des bouffées de
chaleur qui n'avaient rien à envier à la ménopause. Je me suis
même demandé si c'était vrai et si ce n'était pas mon équilibre
thermique qui vacillait avec ce refroidissement climatique. Eh bien
non, c'est juste qu'ils ont équipé la voiture de sièges
chauffants. C'est dire comme il y en a besoin sous ces contrées !
Je ne savais même pas que ça existait.
![]() |
| lac gelé à Voss |
Le truc se met à chauffer
quand ça lui plaît et pendant ce temps là on se sent l'humeur d'un
poulet en tournebroche. N'y tenant plus, j'ai dû rouler chauffage
éteint et vitres ouvertes par 5 degrés dehors. Ça a calmé l'engin
un temps. Jusqu'à ce que je découvre un bitogno sous le siège avec
un sigle «grill », une fois rendu à Voss pour faire quelques
courses de ravitaillement!
Au Spar j'ai cherché une
cartouche de gaz, en vain. Car cette fois je vais faire autonomie
complète. J'ai racheté une alimentation de voiture, vu que la
précédente avait fait sauter tous les fusibles des voitures en
Afrique du Sud et je me suis coltiné un réchaud universel qui
s'adapte aux cartouches de toutes marques. Encore faut il trouver des
cartouches. A la sortie de Voss, je suis passé devant une station
service qui vendait des grosses bonbonnes de gaz. Avec un peu de
chance, peut être en auraient ils de plus petites à l'intérieur.
Bingo, il n'en restait qu'une seule ! J'étais désormais paré
pour affronter le fjord de Naeroy, l'un des plus beaux de Norvège,
classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
![]() |
| Naeroyfjorden |
Le temps ne lui rend pas
honneur. C’est bien simple, la route qui part de Voss et qui
s'achève à Oslo, s'enfonce dans des étendues neigeuse bordées de
lacs glacés et couverts de neige pendant que le thermomètre, déjà
bien bas pour un mois de mai, ne cesse de dégringoler. La pluie
quand à elle redouble d'intensité, on ne voit plus rien qu'une
vallée qui pourrait être n'importe laquelle, tous les versants
disparaissant dans les nuages. J'essaye de ne pas y penser, mais plus
j'avance et moins ça ressemble aux photos que j'avais consulté sur
Internet et dont je m'étais imprégné, nourrissant mon imagination
et abreuvant mes rêves. Je m'attendais à avoir froid, mais pas à
cette neige qui fait tout paraître comme en plein janvier.
J'imaginais des prés verts et gras, bien fleuris et des petites
feuilles vert tendre aux arbres ; pour cela il faudra repasser.
Oui mais quand ? La Norvège, je crois bien que ce n'est jamais
le bon moment. Ou alors en août. Mais qui a envie d'aller se les
geler en plein mois d’août quand on peut avoir chaud en allant
moins loin ?
En attendant je suis le
seul touriste. Où sont les bus qui débordent de touristes promis
dans les guides de voyage ? Vu le temps, il y a de quoi effrayer
n'importe quel touriste. Même si j'ai un duvet qui résiste jusqu'à
moins 5 degrés, les 2 degrés affichés sur mon tableau de bord à
17 heures m'inquiètent un peu pour cette nuit. Ça ne s'arrange pas.
Planter la tente dans la neige, je n'ai jamais fait, ça ne me
dérange pas, mais dans ce cas j'aurais dû amener une pelle !
Pour l'instant la route est bien dégagée, dé-salée comme il faut
mais je crois bien que je ne parviendrai pas à faire le tour que je
voulais faire. Je comptais me rendre au parc national de
Jostedalsbreen célèbre pour ses glaciers. Mais quand on a déjà de
la neige au niveau de la mer, ça m'étonnerait que je puisse grimper
bien haut sans chaîner. Et le truc c’est que je n'en ai pas, de
chaînes. D'ailleurs on a du mal à se dire que dans ce truc coule
de l'eau salée. On est même surpris de trouver des mouettes au bord
de l'eau les pattes dans la neige.
Je voulais mon fjord, je
l'ai eu. J'ai même trouvé un replat où j'aurais pu monter la
tente. Mais la pluie trop violente m'en a dissuadé. Ça, plus le
froid... A la place je me suis aménagé un nid dans la voiture. Les
sièges avant se rabattent complètement et la banquette arrière se
démonte. Ce n'est pas si mal.
En attendant, il est 21
heures, j'ai fini de manger depuis une heure déjà (pas le courage
d'utiliser le réchaud, j'ai fait repas froid) et il fait encore jour
comme en plein midi. Je me demande combien de temps ça va durer,
manquerait plus que le soleil de minuit alors que je voudrais que
demain arrive au plus vite pour tirer un trait sur cette journée un
peu décevante...







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