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samedi 4 mai 2013

De Bergen à Naeroyfjorden

Dans l'avion de la Royal Dutch Airlines aux couleurs bleu layette et aux hôtesses de porcelaine en tenue assortie aux rideaux, le commandant de bord fit une annonce au moment de quitter Amsterdam : « Nous décollons sous un soleil radieux, j’espère que vous en avez bien profité, ça va se gâter en chemin avec une arrivée sur Bergen dominée par des averses et 5 degrés au sol ». Grincement de dents et ricanements dans la cabine, les mêmes que ceux que font les parisiens dans un avion qui revient d'une destination soleil. Sauf que cette fois, je ne reviens pas de vacances, j'y vais ; j'aurais préféré un peu plus d'empathie de la part du pilote !
Je m'étais trituré les méninges pour choisir le meilleur côté fenêtre de manière à avoir une vue imprenable sur les fjords, à la manière d'un aigle. Après avoir étudié une multitude de cartes et même cherché à avoir l'orientation de la piste à Bergen, mon choix s'était porté sur le côté droit de l'appareil. 
Excellent choix, c'était celui qu'il fallait faire. A condition qu'il fasse beau ! Car là, j'ai eu droit à une purée de pois qui s'est délitée 30 secondes seulement avant l’atterrissage, découvrant des îles gris souris flottant sur une mer gris anthracite, le tout sous un ciel plombé. Pas de quoi fanfaronner ! De dépit, pour rentabiliser l'effort, j'ai pondu un pauvre cliché qui aurait mieux fait d'avorter.
J'ai une jolie voiture noire qui n'a qu'un seul défaut : elle chauffe ! Mais pas là où on l'attend. Je me suis surpris à avoir des bouffées de chaleur qui n'avaient rien à envier à la ménopause. Je me suis même demandé si c'était vrai et si ce n'était pas mon équilibre thermique qui vacillait avec ce refroidissement climatique. Eh bien non, c'est juste qu'ils ont équipé la voiture de sièges chauffants. C'est dire comme il y en a besoin sous ces contrées ! Je ne savais même pas que ça existait. 
lac gelé à Voss
Le truc se met à chauffer quand ça lui plaît et pendant ce temps là on se sent l'humeur d'un poulet en tournebroche. N'y tenant plus, j'ai dû rouler chauffage éteint et vitres ouvertes par 5 degrés dehors. Ça a calmé l'engin un temps. Jusqu'à ce que je découvre un bitogno sous le siège avec un sigle «grill », une fois rendu à Voss pour faire quelques courses de ravitaillement!
Au Spar j'ai cherché une cartouche de gaz, en vain. Car cette fois je vais faire autonomie complète. J'ai racheté une alimentation de voiture, vu que la précédente avait fait sauter tous les fusibles des voitures en Afrique du Sud et je me suis coltiné un réchaud universel qui s'adapte aux cartouches de toutes marques. Encore faut il trouver des cartouches. A la sortie de Voss, je suis passé devant une station service qui vendait des grosses bonbonnes de gaz. Avec un peu de chance, peut être en auraient ils de plus petites à l'intérieur. Bingo, il n'en restait qu'une seule ! J'étais désormais paré pour affronter le fjord de Naeroy, l'un des plus beaux de Norvège, classé au patrimoine mondial de l'Unesco. 

Naeroyfjorden

Le temps ne lui rend pas honneur. C’est bien simple, la route qui part de Voss et qui s'achève à Oslo, s'enfonce dans des étendues neigeuse bordées de lacs glacés et couverts de neige pendant que le thermomètre, déjà bien bas pour un mois de mai, ne cesse de dégringoler. La pluie quand à elle redouble d'intensité, on ne voit plus rien qu'une vallée qui pourrait être n'importe laquelle, tous les versants disparaissant dans les nuages. J'essaye de ne pas y penser, mais plus j'avance et moins ça ressemble aux photos que j'avais consulté sur Internet et dont je m'étais imprégné, nourrissant mon imagination et abreuvant mes rêves. Je m'attendais à avoir froid, mais pas à cette neige qui fait tout paraître comme en plein janvier. J'imaginais des prés verts et gras, bien fleuris et des petites feuilles vert tendre aux arbres ; pour cela il faudra repasser. Oui mais quand ? La Norvège, je crois bien que ce n'est jamais le bon moment. Ou alors en août. Mais qui a envie d'aller se les geler en plein mois d’août quand on peut avoir chaud en allant moins loin ?
En attendant je suis le seul touriste. Où sont les bus qui débordent de touristes promis dans les guides de voyage ? Vu le temps, il y a de quoi effrayer n'importe quel touriste. Même si j'ai un duvet qui résiste jusqu'à moins 5 degrés, les 2 degrés affichés sur mon tableau de bord à 17 heures m'inquiètent un peu pour cette nuit. Ça ne s'arrange pas. Planter la tente dans la neige, je n'ai jamais fait, ça ne me dérange pas, mais dans ce cas j'aurais dû amener une pelle ! Pour l'instant la route est bien dégagée, dé-salée comme il faut mais je crois bien que je ne parviendrai pas à faire le tour que je voulais faire. Je comptais me rendre au parc national de Jostedalsbreen célèbre pour ses glaciers. Mais quand on a déjà de la neige au niveau de la mer, ça m'étonnerait que je puisse grimper bien haut sans chaîner. Et le truc c’est que je n'en ai pas, de chaînes. D'ailleurs on a du mal à se dire que dans ce truc coule de l'eau salée. On est même surpris de trouver des mouettes au bord de l'eau les pattes dans la neige.
Je voulais mon fjord, je l'ai eu. J'ai même trouvé un replat où j'aurais pu monter la tente. Mais la pluie trop violente m'en a dissuadé. Ça, plus le froid... A la place je me suis aménagé un nid dans la voiture. Les sièges avant se rabattent complètement et la banquette arrière se démonte. Ce n'est pas si mal.
En attendant, il est 21 heures, j'ai fini de manger depuis une heure déjà (pas le courage d'utiliser le réchaud, j'ai fait repas froid) et il fait encore jour comme en plein midi. Je me demande combien de temps ça va durer, manquerait plus que le soleil de minuit alors que je voudrais que demain arrive au plus vite pour tirer un trait sur cette journée un peu décevante...

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