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samedi 11 mai 2013

Autour du fjord d'Hardanger

Vallée de Simaden
J'aime les matins quand le soleil chasse l'humidité dans des ballets de volutes de brume, le tout baignant dans une lumière chaude. C'est ma petite surprise du matin que je prends comme un cadeau à l'heure où les autres dorment. C'est un privilège qui m'est offert en dormant en forêt. Seul le camping sauvage permet ça et c'est la raison pour laquelle c'est ma formule d'hébergement favorite. Il n'y a jamais à couper le cordon avec la nature, on vit 24 heures sur 24 avec elle comme à l'origine du monde, avant que la civilisation et le progrès n'ait tout gâché. Sorti de ma vallée comme un ours sort de sa tanière, j'ai retrouvé le fjord d'Eidfjord tout fumant. J'en ai profité pour vadrouiller de ci de là, dégainant l'appareil photo. La lumière aujourd'hui me donne de l'inspiration. Mais ce n'est pas tout, j'ai encore plein de choses à découvrir donc en voiture Simone !
Eidfjord
Premier arrêt : la vallée d'Husedalen au niveau de Kinsarvik. Je la recommande chaudement. C'est une de ces vallées couvertes de pins aux troncs oranges. J'adore cet arbre, il me donne l'envie irrépressible de batifoler et d'y camper. Il y a pléthore d'endroits où planter sa tente, ce ne sont pas les coins qui manquent et j'ai comme un regret de ne pas avoir eu le courage hier de poursuivre jusqu'à cette vallée dont j'avais peur qu'elle soit le reflet de la vallée maudite de Hjolmo. Mais ça n'a rien à voir, c'est le jour et la nuit. Il ne faut pas que j'ai trop de regrets, je n'aurais pas eu ces belles occasions d'admirer le fjord sous une si belle lumière. On vient à la vallée d'Husedalen pour admirer une belle cascade tout au fond. Mais il y en a plusieurs, des plus petites tout d'abord au milieu de la forêt. Le torrent est aussi très charmant. Il est très limpide et a une belle couleur d'un vert indescriptible. 
Vallée d'Husedalen
Plutôt que d’essayer de le décrire, le mieux reste encore de regarder la photo que vous trouverez ici. En redescendant je me suis baladé également dans la forêt de pins, avec son sous bois fait de rochers dodus et moussus, le tout planté au milieu des myrtilles. J'étais tout guilleret et je progressais en sautillant comme un cabri.
La fjord qui descend jusqu'à Odda est un long bras du Hardangerfjorden qui porte ici le nom de Sorfjorden. On peut voir tout au fond la parc national de Folgefonna avec son point culminant à 1654 m. Cela semble ridicule une fois écrit mais quand on voit ça du niveau de la mer avec ses pentes toutes enneigés, croyez moi que ça en jette. Par contre à mesure que je progressais dans ce fjord et le temps devenait de plus en plus couvert, ce qui n'augurait rien de bon. Quid de ma randonnée dans le parc national pour voir le glacier ?
Vallée d'Husedalen
Ce n'est pas aujourd’hui encore que vous verrez un glacier de Norvège sous le soleil. Je ne sais pas comment font les photographes. Le temps change si vite (du beau vers le moche, jamais dans le sens inverse, cela prend plus de temps) qu'à mon avis ils doivent se faire déposer en hélicoptère avant qu'il ne soit trop tard. Il m'arrive d'ailleurs de procéder de la sorte, pas plus tard que ce matin. Si je vois une scène avec une luminosité exceptionnelle, je pile direct dans un crissement de pneu et je cours avec les clefs sur le contact et le moteur qui tourne encore. Un nuage est si vite venu... Un jour comme ça je m'étais éloigné de la voiture un peu plus que de raison, à la recherche du cadrage idéal et je ne voyais plus la voiture qui avait disparu derrière un virage. Quelqu'un aurait pu passer par là, claquer la portière et me laisser en rade sans affaires ni rien. 

Vallée de Simaden

Vallée d'Husedalen
Odda est une ville très moche. La ville en elle même je ne saurais dire mais alors c'est son cadre, quel gâchis. C'est plein d'usines très laides qui crachent de la fumée, construites n'importe comment, parfois bétonnées à même un rocher, délabrées et austères qui ont l'allure d'usines soviétiques au bord d'un accident chimique ! Bref, circulez, y a rien à voir. Ça tombe bien, un long tunnel de 11 kilomètres cache cette horreur en passant sous le glacier de Folgefonna. Pour se balader dans ce parc, il n'y a pas 36 solutions. Le plus simple est de le prendre par sa face nord ouest, par la vallée de Bondhusdalen, fléchée depuis la route. Un chemin court s'achève au niveau d'un parking d'où un sentier part en direction du glacier de Bondhusbreen. Sur le panneau, vous avez le choix entre plusieurs itinéraires, rejoindre le lac au pied du glacier en 2 heures aller et retour, marcher jusqu'au bord du glacier pour une durée 2 fois plus longe ou encore marcher sur la glacier par divers autres sentiers indiqués comme difficiles. 
Fjord d'Hardanger vers Eidfjord
Il y a quelques voitures garées là et un groupe part justement, arnaché avec des cordages et des piolets. Du parking on ne voit que le haut du glacier. Pour le voir complètement il faut se rendre au lac. C'est ce que je compte faire mais après le pique nique. Il est déjà plus de 13 heurs et comme cela, je pourrai partir les mains dans les poches, sans sac ni gourde. Et puis le temps est devenu à présent pluvieux aussi j'aurai peut être une éclaircie après le déjeuner. Il est possible de camper dans cette vallée, je veux dire, au niveau du parking, à côté des toilettes, il y a une cabane avec des bancs, sans doute un abri pour pique-niquer au sec. Il y a la place pour y mettre une tente, tout en étant sûr de passer une nuit au sec, pour qui n'a pas investi dans une bâche. Au fait, pour être plus exact que ce que j'ai déjà dit sur le camping sauvage en Norvège, on peut camper librement partout, à condition d'être à plus de 150 mètres d'une habitation. Pas trop contraignante comme loi, ça laisse plein de possibilités, non ?
Vallée d'Husedalen
Le pique nique était un temps d’attente de trop. Quand je suis sorti de la voiture, il pleuvait toujours, voire plus mais surtout le haut du glacier était cette fois dans les nuages. Qu'à cela ne tienne, j'ai revêtu mon bas de pantalon imperméable, emballé mon appareil photo dans un sac plastique et je suis parti pour cette randonnée de 2 heures jusqu'au fameux lac. Le sentier passe à travers des prairies et des bois aux arbres couverts de mousse, un peu comme en Tasmanie. Ça a un effet mystérieux, magnifié encore par le ciel bas et gris. A défaut de glacier bien visible, on se focalise sur les petits détails. Il suffit d'avoir l’œil. Je crois que je suis arrivé au lac en moins d'une heure. En route j'ai croisé des gens qui en revenaient avec des sacs à dos très hauts et tout en armatures et des skis sur l'épaule. Sans doute des gens qui sont montés au glacier. 
Le lac du glacier Bondhusbreen
Ce que je craignais est bien là, à savoir que le glacier n'est plus là. Il a disparu. A la place on a le lac et une couronne de nuages tout autour dont on ne sait si elle va descendre encore ou monter et permettre dans ce cas d’apercevoir le glacier. Même quand il pleut le temps peut vite changer, j'avais bien vu au niveau du glacier dans la vallée de Briksdal qui de temps en temps offrait une vue sur ces cimes, pour mieux disparaître ensuite. Je suis donc resté au bord du lac, fermement décidé à attendre le temps qu'il faudrait. Je me suis installé à l'abri sous un gros rocher qui faisait auvent, adossé à un autre, face au lac, et j'ai attendu. Et attendu. Les nuages étaient à peine 50 mètres plus haut. Au bout du lac, une trouée semblait vouloir se dégager. Alors que jusqu'à présent je ne voyais qu'une cascade, des névés ont commencé à faire leur apparition au bout de 20 minutes. Quelle prouesse ! 
Vallée de Bondhusdalen
Dans le même temps, les nuages qui arrivaient par la vallée s'amassaient dans ce cirque cul de sac et la pluie redoublait d'intensité. Dès que le bas du glacier se dégageait un peu, je prenais une photo, au cas où je n'obtiendrais pas mieux. Je tuais l'ennui en contemplant la surface de ce lac, impassible, avec ses eaux noires et glacées. On va dire que je regarde trop de films d'horreur mais j'aurais bien vu une main livide sortir de l'eau pour m'agripper la cheville et m’entraîner au fond...
Au bout de 30 minutes sur mon caillou qui me faisait mal aux fesses j'ai trouvé que ça ne servait à rien d'attendre comme ça bêtement, autant en profiter pour marcher le long du lac afin d'être plus près du glacier lorsque le moment viendrait. Mais pendant ma pause, la pluie n'avait fait que s’accroître et j'ai abandonné au bout de 10 minutes, las d'essuyer mon appareil photo avec mon T- shirt qui n’arrivait plus à sécher l'appareil. 
C'est ce que j'ai pu faire de mieux du glacier!
Il était devenu impossible de sortir l'appareil photo et à ce rythme là, autant le passer sous l'eau du robinet ! En plus, mes habits dégoulinaient et j'eus la surprise de voir que ma softshell pourtant censée être imperméable avait changé de comportement. Au lieu que les gouttes d'eau perlent puis glissent comme sur une feuille de capucine, le tissu avait changé de couleur et lorsqu'une goutte se posait je la voyais disparaître comme sur une feuille de papier buvard. Encore un truc Made in China, si ça se trouve. Attendez, je vérifie... Tiens pas loupé : Quechua, Made in China. Pourtant elle est en 83% polyester, 10% polyuréthane et 7% elastane. Le polyuréthane, c'est pas censé être imperméable ? Cette pluie, cette veste qui prend l'eau et ce glacier qui ne voulait plus se montrer m'ont énervé, et ce d'autant plus qu'une heure plus tôt j'aurais pu avoir une scène entière. 
Le fjord d'Hardanger
En plus un panneau au bord du lac était là pour me narguer davantage avec une belle photo prise en été 2004 avec le glacier juste au dessus du lac, le tout par un temps radieux ! Je n'ai eu pour toute option que d'essayer d'imaginer, à partir de la cascade que je voyais au fond et les névés. Tout y est comme sur la photo, sauf qu'on dirait que c'est fait exprès, le bas des nuages commence juste sous le glacier, comme un cache sexe en feuille de vigne.
Je me suis extirpé de là sans demander mon reste, le passeport que j'ai toujours dans mon blouson ayant commencé à prendre l'eau. Je n'avais qu'une hâte : arriver au sec à la voiture et mettre le chauffage. J'avais prévu de dormir au bord du Hardangerfjorden, de l'autre côté, après avoir pris un ferry à Jondal. Mais vu que le temps est catastrophique comme tous les samedis (non non, je ne généralise pas), j'ai plutôt prévu de rejoindre Bergen au plus près, en passant par Northeimsund puis la route 7 qui passe par les montagnes. 
Kinsarvik
Sur ma carte il y a un sigle de piste de ski de fond, aussi j'espère y trouver un abri à pique nique où je puisse camper comme dans la dernière station. Pour ma dernière traversée en ferry ce n'était pas la fête. Pour mes aux revoir aux glaciers et aux fjords, j'aurais préféré une autre fin que de se quitter ainsi. Le temps est tellement brouillé que j'ai passé la traversée sur le siège de la voiture en mode allongé tandis que la pluie s'écrasait bruyamment sur la tôle. Heureusement pour égayer tout ça, il flotte dans la voiture une agréable odeur de résine venue des branches de pin que je transporte pour soutenir mon abri.
A la sortie de Northeimsund se trouve au bord de la route une cascade impressionnante par son débit. On en peut pas la manquer. Il y a un sentier qui permet même de passer de l'autre côté et de voir le monde à travers un rideau d'eau. C'est impressionnant. On voit que l'on se rapproche de Bergen et toute la région le long de la route 7 semble prisée de citadins avides de nature et venus ici construire maisons et chalets. 
Cascade de Northeimsund
Il faut dire que le paysage est grandiose, avec ses forêts, lacs et montagnes toutes blanches. Le thermomètre chute brutalement à 4 degrés, le plus bas que j'ai enregistré jusqu'à présent. En guise de station de ski de fond, c’est plusieurs stations de ski alpin que l'on croise avec encore pas mal de neige. Inutile donc de chercher à camper par là, il y a trop de neige. Pourtant il y a bien un versant exposé ouest et plus sec mais le moindre chemin mène à des maisons et termine en cul de sac au milieu de la neige. La présence d'une grande agglomération rend tout de suite les choses moins sympa. J'ai essayer de rejoindre une de ces stations de ski espérant y trouver un abri mais dépassé les dernières maisons la route est fermée d'une barrière, sans doute pour empêcher les intrus. Des chemins qui semblent mener nul part et qui s'enfoncent dans la forêt ont tous une chaîne avec un cadenas. Dans ces conditions cela va être dur de trouver un coin pour ce soir. Pendant ce temps là l'heure tourne, l'heure fatidique de fin de course fixée à 19 heures est dépassée, aussi je vais être à la ramasse pour la suite : installation du camp et dîner.
Au final, j'ai fini par trouver un coin, en prenant la route pour le hameau de Hoyseater. Inutile d'aller au bout, le moindre chemin mène à une maison. Une route qui serpente au fond de la vallée semble se diriger vers la forêt mais celle ci est encore fermée par une chaîne, les habitants par ici ne voulant pas être emmerdés. Voilà, qui dit ville dit trop de gens, début des problèmes et tendance au confinement et à pousser les gens à se retirer et à se garder un coin tranquille à l'écart de l'agitation. Bergen n’est plus qu'à une cinquantaine de kilomètres. Il y a un coin, juste avant le lac, où un chemin monte en haut d'un rocher desservant quelques maisons qui jouissent d'une vue fabuleuse. En continuant ce chemin, en direction de sentiers de randonnée fléchés 3 kilomètres plus loin, on arrive à une ferme puis deux sentiers partent de là. C'est ici que j'ai installé le camp au bord d'un torrent au mince filet, la bâche accrochée aux branches d'un sapin. 
Cascade de Northeimsund
Chaque fois que j'installe les affaires et que je laisse les clefs sur le contact après avoir fermé les portes, j'ai toujours une petite appréhension que les portes se verrouillent toutes seules. Je serais bien dans l'embarras. Avec ces voitures modernes, on ne sait jamais ce qui peut leur traverser la tête. C'est plein d'alarmes, de voyants qui disent que les portes sont mal fermées, de sonneries stridentes dès lors qu'on oublie de mettre sa ceinture. Si je viens à poser trop d'affaires sur le siège passager, j'ai une nouvelle alarme qui demande au passager mystère d'attacher sa ceinture ! Je préfère ma petite Fiat Uno vintage de 25 ans d'âge qui roule toujours et c’est tout ce que je lui demande. Pendant que je mangeais un tracteur est passé avec dans sa remorque une flopée de gamins hilares qui trouvaient très récréatif de se faire trimbaler par monts et par vaux avec la tombée de la nuit. Il a fait très froid cette nuit et on ne peut pas dire que j'ai très bien dormi. Le sol n'était pas très plat de sorte que je n'ai cessé de glisser. C'était ma dernière nuit en Norvège...

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