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vendredi 10 mai 2013

De Sogndal à Eidfjord

Aurlandfjorden
Comme j'ai pu avancer à un rythme plus rapide qu'envisagé, cela me permet un extra que j'avais au début envisagé comme visite dès le premier jour : la parc national de Folgefonna. Celui ci se trouve en dessous de Bergen, c'est à dire à l'opposé des autres endroits que je voulais voir. Donc cela me faisait faire un petit détour et allongeait en conséquence mon périple qui avec ses 1700 kilomètres sur 8 jours m’effrayait un peu. Du coup comme Folgefonna partage la même particularité qu'avec Jostedalsbreen, à savoir les glaciers, et que j'avais prévu de visiter ce dernier amplement, j'ai pensé dans un second temps faire l'impasse sur Folgefonna, tout en le gardant sous le coude au cas où il me resterait du temps. Et c'est bien ce qui se passe. Il me reste encore deux jours pleins et si je le voulais je pourrais déjà être ce soir à Bergen. Mais pour y faire quoi ? 
Sognefjorden
Je préfère continuer à visiter le pays, ses fjords et glaciers, plutôt que de passer la fin de mon voyage en ville, quand bien même son vieux quartier sur le port est classé au patrimoine mondial de l'Unesco. J'y ferai peut être un tour dimanche matin avant de prendre l'avion. Mais c'est loin d'être certain, la sortie de Bergen depuis l'aéroport samedi dernier a été un peu compliquée (je n'ai pas de plan de Bergen et sur la carte ce n'est que trop approximatif) au point qu'une dame qui me voyait me débattre sur le bas côté avec ma carte et les feux de détresse s'est arrêtée à mon niveau pour me guider. Toujours la sympathie norvégienne. Je n'ai ressenti aucune méfiance ni agressivité depuis que je suis arrivé. Il m'arrive de m’arrêter en plein milieu de la route pour un arrêt photo en mettant juste le clignotant et en bloquant la voie, je n'ai jamais eu aucun coup de klaxon. Quand les routes sont à une voie, les gens s’arrêtent pour me laisser passer et me font en plus un grand sourire. Il n'y a pas à dire, ce pays est différent des autres. Il doit faire bon y vivre. Mais avec le climat et ses 9 mois d'hiver (et quel hiver!), c'est trop pour moi.
Sognefjorden
Direction donc Folgefonna que je n'envisage pas de rejoindre avant demain. Aujourd'hui je vais prendre mon temps, même s'il y a de la route. La nuit dernière avec ma bâche je ne me suis même pas rendu compte qu'il avait plu. C'est en pliant tout ce matin que j'ai vu que la toile était mouillée ainsi que l'herbe. La tente elle, complètement au sec, aucune humidité, j'ai dormi comme un loir. Nickel ! J'ai toujours un pincement au cœur de m'arracher à un coin que j'aime et que je ne reverrai sans doute jamais. J'essaie chaque fois de vivre le temps présent le plus intensément possible mais il faut bien le dire, dès qu'un voyage est fini il n'en reste plus rien, que des souvenirs diffus, des photos sur un ordinateur que l'on ne regarde plus car elles ne font pas revivre le moment aimé. Alors pourquoi continuer à voyager ? Justement pour cet instant présent. Cela ne fait même pas une semaine que je suis arrivé que j'ai déjà l'impression d'y être depuis un mois. 
Aurlandfjorden
Les jours passent lentement, comparés à la routine du travail. Le temps en voyage prend une autre tournure. Du moins la première semaine. C'est pour cela que des séjours courts me conviennent bien. Certains me disent que cela n'est pas suffisant pour déconnecter. A la lecture de ce blog vous en pensez quoi ? Ainsi, le retour est toujours vécu comme une catastrophe, que j'occulte en ayant toujours un projet de voyage actif à n'importe quel moment. La préparation fait déjà partie du voyage, on commence à sentir et à imaginer les choses, on se renseigne, c'est un peu déjà comme si l'on était là bas...

Aurlandfjorden
Aurland
J'ai raté quelque chose dans mon périple au sein des fjords et des glaciers, c'est le fjord d'Aurland. C’est mon livre qui me le dit avec sa photo qui me nargue. Par contre il ne dit pas où c'est situé exactement. Aussi je m'étais résigné à louper quelque chose de magnifique, peut être encore plus beau que le Geiranger. Et ce matin, en regardant des endroits que je pourrais visiter en chemin et que j'avais squeezé à l'aller, je me suis rendu compte que le fjord d'Aurland n’est ni plus ni moins que celui qui s'achève à Flam ! Aurland est un village juste avant le fameux tunnel de 25 km et n'est pas au bord de la route. C’est pour cela que je ne n'avais rien vu à l'aller. Mais avant, je dois reprendre le ferry sur le Sognefjord, duquel je reconnais avec émotion l'endroit où je viens de passer la nuit, là haut, juste en dessous de l'antenne qui trône au sommet d'une montagne toute enneigée. Si vous prenez le ferry de Laerdals, ayez une pensée pour moi.
Aurlandfjorden
Pour avoir le meilleur point de vue sur le fjord d'Aurland, il faut prendre une petite route qui monte à n'en plus finir vers Skjerdal. Peu avant la fin vous trouverez un coin pour s'arrêter. Le fjord vu d'ici est incroyable, il fait partie des plus beaux que j'ai vus. Si je devais les énumérer je dirais, dans le désordre (ne me demandez pas lequel je préfère!) : Geirangerfjorden, Sognefjorden et
Aurlandfjorden. Et la visite n’est pas terminée donc la liste peut encore s'allonger ! Ce qu'il y a de beau avec le fjord d'Aurland c'est qu'il est très haut et son passage le plus remarquable n'est visible que depuis ce point de vue. C'est là qu'il devient vraiment encaissé. D'ailleurs un must pour ceux qui prennent le train de Flam, c'est d’enchaîner avec une croisière sur le fjord d'Aurland et de Naeroy, le premier fjord visité le jour de mon arrivée (celui de l'avalanche...). 
Route pour Undredal
Aurland est aussi un petit village tranquille et agréable, où les gens prennent leur temps. Je crois que la Norvège est peu peuplée. Je croise rarement du monde sur les routes, la majeure partie du temps on a l'impression d'être seul au monde. Je n'attends jamais où que j'aille et je n'ai croisé aucun feu routier. Ça c’est le paradis. On allume le contact et on roule aussi longtemps qu'on le souhaite. Seul hic : bien vérifier sa vitesse, je l'ai déjà dit. Au fait, je ne sais pas à combien est la vitesse maxi. Je ne l'ai jamais vue indiquée et le panneau affichant la vitesse la plus haute est à 70, voilà pourquoi je pensais que c'était la limite maximale. Mais je constate sur la route que la majeure partie des personnes me double, camions compris. Je m'en fiche, j'ai le temps, je profite du paysage ! En plus ce matin il fait beau, ce qui donne un supplément de bonheur. Ça y est, me voilà vrai Norvégien, acclimaté comme eux. Je me surprends à enlever des couches de vêtements et à rouler la vitre ouverte par 10 degrés dehors. Mais le soleil chauffe bien. Je n'en suis quand même pas au stade de certains qui vaquent en T-shirt et en short.
Le fjord d'Aurland au niveau d'Undredal
En continuant sur la route pour Voss, tout de suite passé le tunnel de Flam, une route indique vers la droite Undredal. Comme toujours en ce genre d'occasion, je m'arrête net en catastrophe pour compulser ma carte afin de prendre une décision. Ça tombe bien car le village est tout au bord du fjord d'Aurland, dans sa partie étroite. Cela me permettra sans doute d'avoir un point de vue différent. Je ne dirais pas qu'Undredal est une destination en soi, mais pour qui a le temps, c’est agréable de s'y rendre. Il y a un petit ponton en bois sur le bord du fjord et cela fait du bien de lézarder au soleil en regardant les mouettes voler au ras de l'eau et les gens faire du canoë.


Naeroyfjorden

Avec ce temps, je me suis décidé à refaire des clichés un peu plus aguicheurs du Naeroyfjorden. Ça ne me coûte qu'un petit détour et quitte à revenir sur ses pas, autant en profiter pour améliorer l'existant. 
Undredal
Cela me donne donc une seconde chance. C'est fou comme en 5 jours les choses ont changé. Les feuilles aussi ici sont sorties, les neiges sur les versants ont fondu et ce n'est pas aujourd'hui qu'une avalanche risquerait de me tomber dessus, la montagne est toute sèche. Du coup je suis retourné sur le sentier de l'avalanche, comme pour conjurer le sort et tirer un pied de nez à la montagne qui avait voulu m’ensevelir. Certains diront que je suis fou d'y retourner. Mais aujourd'hui le danger est écarté et j'ai bien envie de voir les restes de l’avalanche. Je n'ai pas été déçu, la neige est toujours là, au milieu d'éboulis et de morceaux de terre. C'est comme si je faisais une autopsie !
Comme à mon accoutumée, c'est en conduisant que j'ai pique-niqué. Avant de prendre la route je me coupe un morceau de cheddar que je croque ensuite dans un morceau de pain, mettant des miettes partout. La voiture est dans un état ! 
Naeroyfjorden, sous le soleil!
Entres les brins d'herbes, les feuilles mortes et maintenant les morceaux d'écorce des branches de pin que je me trimbale à l'arrière pour soutenir la bâche, il va falloir que je fasse un peu le ménage sinon ils vont halluciner à l'agence. Je ne me sers jamais d'une voiture en tant que telle, c'est aussi mon camping car et tout être très bien rangé. Le coffre a son compartiment linge, à côté duquel je place les affaires dont j'ai besoin pour camper, dans la housse de la tente. Par dessus je mets le sac de couchage. A côté, comme une cloison, je positionne à la verticale mon matelas de sol, légèrement dégonflé pour pouvoir le plier, ce qui me lasse un espace pour ranger les provisions et caler devant une bonbonne d'eau, le réchaud et les gamelles, bien coincés. Sur le siège arrière, c'est la tente, simplement à demi pliée de manière à ce que l'humidité s'évacue la journée en conduisant. 
Le lac de Granvin
Enfin vous trouverez sur le siège passager mon petit sac à dos de jour, avec par dessus les choses triées par ordre d'usage : d'abord l'ordinateur pour finir par dessus avec les appareils photos et la bouteille d'eau. Par terre, la poubelle. On peut dire que j'utilise tout l'espace et les gens doivent être étonnés de voir un type seul dans une voiture qui ne s'arrête jamais pour prendre quelqu'un en stop. Où le mettrais-je ? Pour déjeuner, ma friandise est aussi un mélange de noix de cajous et d'airelles séchées, succulent !
Mon prochain arrêt c'est à Ulvik, située aux confins du Hardangerfjorden, un autre fjord réputé, le plus accessible depuis Bergen. Pour y venir je vous conseille de bifurquer avant Granvin, au niveau d'un lac, pour prendre la route sur la gauche, qui s'enfonce dans les montagnes et traverse de superbes paysages de sapins, de lacs et de neige. 
J'adore à chaque fois que je passe par ce genre d'étendues qui m’évoquent l'idée que je me fais de la Laponie...en plein été ! Il y a un petit chemin à un niveau, non goudronné qui semble sur la carte parvenir au lac de Solsaevatnet. Mais le chemin se trouve un moment bloqué par le neige, s'arrêtant au niveau d'un hameau de maisons nichées en pleines nature. Une fois encore, bien que les gens soient là vu leur voiture garée, personne n'ouvre une porte ou ne lève un coin de rideau pour voir qui va là. Pas un chien n’aboie non plus. Juste le silence et une harmonie que rien ne vient troubler. C'est vraiment ce qui m'aura marqué des Norvégiens.

Le futur pont au dessus du Hardangerfjorden

Cascade dans la vallée Hjolmodalen
D'Ulvik, il faut ensuite prendre un ferry, qui vit là ses dernières heures. Plus loin il y a un pont en construction, déjà terminé, qui passe par dessus le fjord. Son ouverture est prévue pour le mois d’août. Finalement ils ont dû entendre ce que je disais comme quoi j'étais étonné que personne n'ait pensé à construire des ponts par dessus les portions les plus étroites des fjords. Comme toujours, le ticket s'achète avant de monter sur le bateau, par un type qui passe entre les voitures. Il me demande si j'ai je ne sais quelle carte. Apparemment elle donne droit à une réduction sur la traversée. Il faut dire que pour les Norvégiens cela doit vite revenir cher. C’est à chaque fois entre 65 et 90 NOK pour les traversées d'une dizaine de minutes (environ 10 euros). La pièce d'une couronne me plaît beaucoup. On dirait presque un jouet avec sa croix de viking sur une face avec un trou au milieu. On pourrait en faire un pendentif. Je devrais d'ailleurs y songer pour la plage...
Vallé de Simadalen, à Eidfjord
J'ai ensuite voulu me rendre dans la vallée de Hjolmodalen, pour faire une petite randonnée vers la cascade de Valurfossen décrite dans le « Norway South : The finest fjord and mountain walks », dans la collection Rother Walking Guide, qui fait de très bon petits livres de randonnée avec des photos qui permettent de se rendre compte. Pour y accéder il faut prendre la direction d'Oslo et après Eidjford, au bout du lac, prendre une petite route indiquée Hjolmo. Je ne conseille pourtant pas de s'y rendre. J'ai surnommé le coin la vallée maudite. C’est une vallée lugubre faite d'arbres nus et de longues herbes jaunes, sans panorama digne d'intérêt mais surtout vous ne pourrez pas vous rendre jusqu'à Hjolmo, la route se transformant rapidement en chemin de terre qui en quelques kilomètres devient une piste pleine d'ornières et de crevasses créées comme autant de canyon creusés pas l'écoulement d'eaux de pluie torrentielles. Impossible pour la voiture de passer par là, j'ai dû rebrousser chemin. D'ailleurs je n'avais pas fait attention mais au début de la vallée il y a un grand panneau avec un point d'exclamation : «Warning : narrow road, sharp curves. Steap gradient, drive carefully. Only for cars without trailers. ». J'aurais plutôt dit seulement pour charrues et tracteurs !
L'heure du bivouac a sonné!
Comme j'étais un peu las de conduire j'ai décidé de m'arrêter et de chercher un coin pour la nuit. Pas dans cette vallée qui m'aurait donné des cauchemars, mais autour d'Eidfjord, située au bord du fjord avec des maisons nichées dans les sapins sur les hauteurs. J'ai essayé de prospecter un coin par là mais tous les étages sont pris d'assaut par les maisons et la forêt tout autour ne dispose d'aucun sentier de promenade dans lequel j'aurais pu m'engouffrer. Plus bas, il y a une piste qui part depuis le centre du village, de l'autre côté de la rivière vers le le lac d'Eidfordvaunet en cheminant à travers la forêt et longeant la rivière. Cela aurait pu être le point de chute idéal mais le lac était balayé par les vents. J'ai au final trouvé un bel endroit, tout au bout de la route qui longe le fjord, après avoir dépassé une centrale électrique, dans la vallée de Simadalen. La route s'achève par une piste qui continue encore à courir pendant des kilomètres jusqu'à parvenir au bout de la vallée, au pied de montagnes et de cascades. Le chemin est cul de sac, sans doute point de départ de randonnées. D'autres avant moi ont aussi visiblement campé ici, si j'en juge les restes calcinés de feu de bois. Il faut dire que l'endroit est parfait avec son large replat et la première ferme à plusieurs kilomètres. C’est très sauvage et de temps en temps j'entends ce bruit caractéristique de la foudre. Je scrute alors immédiatement les hauteurs prêt à détaler mais je ne vois rien, les avalanches devant se créer bien plus haut. Je vais donc pouvoir dormir sur mes deux oreilles...

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