Quand on arrive en
Islande, après une longue traversée de mer de nuages et d'océan,
on est tout à coup surpris de trouver des côtes brunes qui se
dessinent entre deux nuages, fendues de rivières. Le sol offre des
paysages de désolation, un univers minéral recouvert en partie par
des mousses et lichens. Plus loin ce sont des failles que l'on
aperçoit, preuve que l'on est bien comme prévu, en Islande, jeune
pays surgi il y a 17 millions d'années des profondeurs de l'Océan
Atlantique sous l'effet des plaques tectoniques Eurasie et Amérique
qui se rencontrent à cet endroit dans une symphonie de volcans,
fumerolles, solfatares et geysers. Le premier effet de ce phénomène
se fait ressentir dans l'avion, en ouvrant la brochure des ventes à
bord de WOW Air. Comme toujours, les choses exceptionnelles doivent
toujours être détournées commercialement.
En Islande, c'est le
glacier Vatnajokull qui se voit ainsi mis à contribution, sommé
d'incorporer ses eaux de fonte en base d'un parfum vendu avec une
pierre de lave autour !
En récupérant la
voiture, je suis tout de suite mis au parfum aussi : les plus
beaux sites se découvrent au détour de routes non bitumées, les
fameuses « gravel roads » et je suis invité à souscrire
une assurance spéciale pour les dommages causés au châssis par de
minuscules impacts, chose que je décline. Quand j'ouvre la portière
de la voiture, il faut également la retenir, le vent, toujours
cette grosse brute, pouvant l'arracher. Ensuite il m'est formellement
interdit de conduire sur les routes de montagne, celles qui
commencent toutes par un F, mais ça je le savais. En revanche, si
vous vous souvenez du temps pourri qui a sévi chez nous jusqu'à fin
juin, eh bien ne cherchez pas plus loin : je l'ai retrouvé !
J'ai été accueilli par un petit 8 degrés et un ciel plombé. Je ne
m'attendais de toute façon pas à mieux. Il paraît que c'est
exceptionnel et que les Islandais n'en peuvent plus, ils n'ont pas vu
le soleil depuis... 1 an. C'était même dans un article de la revue
à bord intitulé « Where is our sun ? », où un
météorologue avait été dépêché d'urgence et qui conseillait
finalement de se rentre à Alicante, Barcelone, Tenerife ou
Benidorm ! Le loueur de voiture en a rajouté une couche :
il me demande tous les matins d'appeler un numéro spécial du style
« urgence météo », afin de savoir si je peux conduire.
Il m'affirme que des touristes la semaine dernière se sont trouvés
piégés en voiture au cœur d'une tempête qui a fait voler en
éclats toutes les vitres.
Le vent qui charriait aussi de fines
particules volcaniques a enlevé la peinture, aussi bien qu'un un
papier de verre l'aurait fait. Bref l'Islande risque d'être un pays
qui va me coûter cher avec la voiture. Je n'ai plus qu'à m'en
remettre à ma chance et à prier pour que tout se passe bien !
D'autant plus que j'ai une belle voiture rouge flambant neuf que le
préposé a photographié sous tous les angles avant de me la livrer.
J'aurais préféré qu'il me donne un modèle déjà abîmé pour que
certaines choses passent inaperçues, à croire que c'est fait exprès
pour que je lui paye la voiture à valeur à neuf à la moindre
égratignure. Je n'ai pas fini de stresser ! Ce qui me conforte
dans mon choix de voyager à présent à vélo. Remarque, je ne suis
pas sûr que l'Islande soit le meilleur pays pour ça, avec ces
températures et le vent, il y a de quoi se transformer en glaçon en
quelques minutes.
Une fois les clefs en
main, j'ai filé direct à un supermarché tout à côté, Bonus, où
j'ai croisé quelques touristes qui étaient avec moi dans l'avion.
Au tapis roulant de livraison des bagages, je n'étais pas le seul à
attendre ma tente. Il y avait énormément de sacs à dos débordant
de sacs de couchage et autres tapis de sol. Il n'y a qu'à voir les
gens, ils sont tous avec des grosses chaussures de randonnée au pied
et des softshell sur le dos. Ils savent ce qu'ils viennent chercher
ici, je n'ai pas vu un seul parasol ! En caisse, une cliente
étonnée m'a fait une remarque sur le pack d'eau que je venais
d'acheter et que j'avais eu bien du mal à trouver et pour cause :
c'est la même eau que celle du robinet ! Oui, je sais, c’est
crétin, ici on ne trouve que des eaux naturellement pures, surgis
des entrailles de la Terre mais il faut bien avoir un contenant pour
la recueillir.
Ensuite, à la première station service, j'ai acheté
une bonbonne de gaz. Je suis paré désormais pour l'aventure.
La route qui rejoint
Reykjavík en une quarantaine de kilomètres depuis l'aéroport est
un peu morose. Il n'y a pas grand chose à voir, la route traversant
d'anciens champs de lave noirs, plats, et désormais recouverts de
lichens. Plus loin, sur la droite on aperçoit quelques cônes
volcaniques que l'on aimerait bien voir de plus près mais aune route
n'y accède. De toute façon ce ne sont pas les plus spectaculaires,
d'autres choses nettement plus impressionnantes m'attendent et je
sais que l'émerveillement de l'arrivée où l'on aurait tendance à
se comporter comme un touriste asiatique prêt à photographier le
moindre caillou ne doit pas pour autant me retarder dans ma
progression.
Chose facile à dire quand on arrive dans un pays où
tout est nouveau tout beau. Certes le temps n'est pas à la fête
mais il ne pleut pas, ce qui au niveau local signifie qu'il fait un
temps radieux. Ma première destination consiste à me rendre à
Seltun, un parc géothermique aux eaux sulfureuses, pas très loin de
là. Pour s'y rendre il faut quitter la route de Reykjavík et
emprunter la route 42 direction Krysuvik. Le paysage devient alors
plus vallonné, la route fendant des champs de lave tout moussus qui
mériteraient bien de s’arrêter pour faire une jolie photo. C'est
sans compter un camion qui me colle au derrière. A peine quelques
kilomètres parcourus que les festivités commencent : la route
se transforme en piste. Cela fait moins d'une heure que j'ai la
voiture et je dois déjà passer par ces fameuses gravel road que
j'avais promis au loueur de ne pas emprunter.
Par la suite la route
ne cesse de passer de portions bitumées à d'autres en gravillons
qui me font m'arrêter à chaque fois pour une courte inspection de
la voiture. Arrive que pourra !
Seltun n'est pas sur la
carte, ni indiqué d'ailleurs par les panneaux, cela ne figure que
sur le Lonely Planet. Je pensais trouver un village, en fait ce n'est
rien d'autre que le site des sources chaudes. L'endroit se trouve au
bord d'un lac, le Kleifarvatn, aux rives de sable noir, au milieu
d'un site de désolation. Seltun est encore un cran au delà, cette
fois on a vraiment changé de planète. Pour un site censé payer pas
de mine car non recommandé comme étape incontournable, j'ai été
ravi d'y passer près de deux heures. C'est un petit paradis pour
photographe, où toute la palette des couleurs est réunie, tranchant
avec le noir des montagnes alentour et le vert des plaines herbeuses.
Le lieu est libre d'accès, il y a juste un chemin qui traverse la
zone géothermique par des promenades en bois, entre fumerolles,
odeur d’œuf pourri, boues en ébullition, cours d'eau à la
couleur laiteuse et roches ocres, grenat ou même parfois vertes.
Rien n'est délimité, on peut s'aventurer au delà du chemin mais
mieux vaut faire attention. J'ai plongé un doigt avec précaution
pour juger de la température de l'eau. Elle était bien au point
d'ébullition, mon doigt est ressorti comme un homard bien cuit. Du
coup, il règne une douce chaleur qui permet de me réchauffer un
peu. Car sinon, même avec 2 polaires, une softshell et une casquette
que je ne quitte plus, j'ai plutôt tendance à avoir froid. Il y a
encore quelques jours j'étais à batifoler dans les vagues par une
température proche de 30 degrés et ce depuis 2 mois. On ne peut pas
vraiment dire que j'étais préparé au choc thermique !
Le champ géothermique
m'amuse comme un enfant, tout prête à la photographie : les
bulles à la surface des marmites et des cours d'eau, les fumerolles
qui donnent un autre aspect au paysage selon l'orientation des vents
tournant, on passe de petit vallons ocres à d'autres d'un rouge
profond... Il y a aussi les bruits, ça siffle, ça souffle, ça
pète, ça glougloute comme une soupe bien épaisse qui mijoterait à
feu trop fort. L'appareil photo au passage en prend un coup, il est
tout poisseux et je n'ai de cesse d'essuyer la vapeur d'eau sur
l'objectif. Espérons qu'il résiste au moins le temps du voyage car
je n'en ai pas d'autres. D'habitude j'en prends toujours un second de
secours mais là j'ai oublié. Au dessus du champ géothermique, il
vaut le coup de monter au delà, par un sentier raide qui gravit la
colline sans aucun virage.
En haut on arrive au centre d'une zone
intense de fumerolles qui donne l'impression d'être au cœur d'un
volcan, avec le site géothermique à ses pieds, et un panorama qui
s'étend sur les montagnes, les vallées et le lac en contrebas dans
un festival de couleurs.
Quand j'ai regagné la
voiture il était plus de 19h30 et je savais que le soleil se
couchait à 20h40, ce qui me laissait peu de temps pour trouver un
endroit où dresser la tente. D'autant plus que la luminosité déjà
pas fameuse commençait à décliner franchement. C'est une autre
voiture à côté de moi, dont les occupants étaient occupés à
trier leurs sacs pleins de nourriture, qui m'a donné l'idée.
Puisque Seltun est à côté de nul part, qu'il y a deux toilettes,
des tables de pique nique et un cabanon fermé qui doit servir de
refuge, pourquoi ne pas camper là, avec le cabanon qui peut en plus
m'offrir une protection contre le vent ?
En plus je pourrais
mettre à profit l'heure que j’ai devant moi pour monter calmement
ma tente, un nouveau modèle, la Husky Flame, tente 4 saisons achetée
spécialement pour offrir une meilleure résistance au vent et que je
pourrais utiliser cet hiver en montagne. Juste derrière la tente
j'ai une conduite d'eau qui fume et siffle et qui alimente les
toilettes. Pour le dîner, j'ai tout ce qu'il faut pour faire un bon
repas et me réchauffer un peu : une soupe instantanée, un
repas lyophilisé, des yaourts, des fruits... Il ne me reste plus
qu'à visser la cartouche camping gaz sur mon réchaud Primus qui
accepte toutes les cartouches à valve. Oui mais... Pas celle de
Campingaz visiblement. Pas très étonnant car cette marque à la con
fait tout pour n'accepter que leurs propres produits.
Pourtant le
diamètre est bon, c'est juste la valve qui doit être plus petite
car dès que je visse le réchaud dessus, j'ai des explosions de gaz
liquide sur les mains et une fuite importante et constante. Après
plusieurs essais, j'ai bien été obligé de me rendre à
l'évidence : j'ai un réchaud inutilisable et une cartouche qui
va me rester sur les bras. Ce soir j'ai donc fait repas froid, salade
au cheddar, et yaourt/banane. Il faudra que je trouve demain une
cartouche Primus si je veux manger comme prévu. L'occasion pour moi
pour pester contre ces trucs censés donner du confort au randonneur
et qui ne font que lui compliquer la tâche, à cause de concurrences
débiles et d'entreprises qui débordent d'ingéniosité pour rendre
captifs leur clientèle. Comme je regrette le réchaud à bois dont
je me suis servi cet été ! Pourquoi dans ce cas ne pas l'avoir
apporté ? Eh bien en Islande, il n'y pas de végétation !













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