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mercredi 8 mai 2013

Geiranger, patrimoine mondial de l'Unesco

Le sublime fjord de Geiranger
A 22h30 hier soir il faisait encore jour alors que le soleil avait disparu depuis 21 heures. C'est le contraire des tropiques où dès lors que le soleil disparaît l'obscurité totale apparaît 20 minutes plus tard. Ici le jour prend son temps. Je ne sais toujours pas quand la nuit tombe vraiment mais ce que je sais c'est que vers 0h30 j'ai été réveillé par un bruit très fort, comme un râle unique mais répété, presque comme un aboiement de chien mono syllabique. J'ai d'abord crû que c'était dans les rêves mais la chose s’est répétée, encore et toujours, toutes les 30 secondes. Ça ne bougeait pas. Un animal ? Une conduite bouchée ? Je ne saurai jamais mais pour poursuivre ma nuit j'ai été contraint de changer d'endroit. Heureusement j'avais hésité avec un autre coin qui m'avait moins plu car plongé dans un versant à l'ombre alors que je rêvais de manger hier soir avec les derniers rayons de soleil. 
Nordalsfjorden
C'est ainsi que je peux dire qu'à minuit passé, si l'on ne peut plus parler de jour, il n'en reste pas moins que l'on voit sans avoir à allumer de torche. Et le ciel à l'horizon garde une lueur qui pourrait faire penser que le jour ne va pas tarder à se lever. Que doit il en être le 21 juin si déjà un mois et demi avant les limites de coucher tardif que l'on connaît chez nous sont pulvérisées ? J'aime quand le jour dure longtemps, il n'y a pas à se presser pour trouver un endroit où dormir et on ne reste pas ensuite 12 heures sous la tente à attendre que le jour veuille bien poindre le bout de son nez. Ça fait des longues journées bien remplies pour plus d'aventure. J'aimerais tenter une fois de monter encore plus au nord et voir le jour ne jamais se coucher. C'est quelque chose qui doit être fascinant. En tout cas une chose est certaine : je reviendrai en Norvège. Et qu'importe le temps ! 
J''aimerais aller au niveau du cercle arctique, aux confins de la Laponie, vers les îles Lofoten dont tous les forums en disent le plus grand bien. Il paraît que tous les paysages de Norvège y sont concentrés, fjords compris. Il ne me reste plus qu'à échanger mon duvet pas top contre un vrai spécial alpinisme et à moi le grand Nord ! Même si je n'aime pas le froid, je découvre qu'il y a moyen de ne pas en souffrir, il suffit de porter des choses adéquates, c’est à dire des vêtements techniques en synthétique spécialement conçu pour. Ma tenue de voyage se limite à un sous pull en polaire et sweat-shirt en polaire, le tout protégé par un softshell légèrement molletonné à l'intérieur pour couper du froid et de la pluie. Avec ça je n'ai jamais froid. Et j'ai compensé les faiblesses du duvet en gardant mon sweat polaire par dessus le pyjama. Et je dors très bien, mieux que nul part ailleurs. En plus, avec l'épaisseur du sac de couchage, ça me fait une généreuse couche confortable en sus de mon matelas auto-gonflant. Je fais des nuits d'une traite sans même avoir besoin d'aller faire pipi. Il est vrai qu'avec le froid dehors ou la pluie, l'idée de quitter son sac de couchage douillet a de quoi calmer toute envie !

Gudbrandsjuvet
Le temps est au beau fixe ce matin, il n'y a pas un nuage, aussi je me presse de m'activer pour en profiter avant que ça ne dégénère. J'aimerais arriver à Geiranger sous un beau temps comme ça. C'était mon rêve caché en venant en Norvège, que je n'osais même plus espérer : que le soleil soit là le jour où je serai à Geiranger. Prière exaucée, merci mon Dieu. Car Geiranger est non seulement le fjord le plus impressionnant de Norvège, c'est aussi un autre site classé au patrimoine mondial de l'Unesco, tout comme celui que j'avais visité le premier jour ; mais oui, souvenez vous, celui avec l'avalanche... Cette fois je tiens ma revanche ! Mais avant de m'y rendre, il me reste un ultime point à voir avant de commencer à faire demi tour vers Bergen : la route des trolls. Ne me demandez pas pourquoi elle s'appelle comme ça. Je crois que les trolls sont originaires d'ici. Ce doit être une légende Norvégienne. 
Tajford vers Sylte
On en voit plein partout... en statue. Ou en carte postale, magnet ou autres décapsuleurs. Ils servent à tout, impossible d'y échapper ! Enfin, j'aurais bien aimé ne pas y échapper. Car pas de chance, la route est fermée. C'est ce qui est écrit. Mais rien n’empêche d'y aller. C'est un peu comme la route en sens interdit de la vallée de Jostedalsbreen d'hier... Peut être que l'on peut s'avancer suffisamment. Si ça se trouve le panneau est là depuis l'hiver. C'est ce que j'espère. Car la route des trolls est un autre incontournable des fjords, c'est une route de montagne vertigineuse tout en lacets qui n'en finissent plus. Une basket montante !
Pour l'instant la route continue de longer du fjord de Stor. Avec le soleil qui se reflète dans les eaux émeraudes, le paysage est splendide. 
A moi les trolls!
En plus cette région doit être plus chaude que ce que j'ai traversé jusqu'à présent, peut être du fait qu'elle longe un fjord en étant exposée plein sud, car les bouleaux ont déjà des petites feuilles vert tendre qui doivent être des jeunes pousses de la semaine dernière. Même l'herbe n'est plus jaune et tend à verdir. Finalement j'aurai eu un petit air de printemps, comme ça j'aurai eu un peu tous les paysages en un. Définitivement je crois que je suis venu à la meilleure période. En effet la neige est toujours là et un fjord aux cimes enneigés ça en jette quand même plus. Les plateaux couverts de neige ont aussi leur charme, plus certain qu'un alpage vert et nu de plein été. Il manque encore un chouilla de feuilles aux arbres. Mais on ne peut pas avoir ça et encore de la neige, peut être que deux semaines plus tard ça aurait été le top.
Gudbrandsjuvet
Au niveau de Sylte, la route affiche Andalsnes avec un scotch dessus. Ils persistent à vouloir fermer cette route des trolls. Sur la carte, si l'on poursuit la petite route qui continue le long du fjord en passant sous un tunnel, on devrait arriver à un joli point de vue. Allez, d'accord pour ce petit détour. De toute manière il est tôt et mon seul impératif est de voir Geiranger dans la journée, tout à côté. Après ce sera un retour en arrière, par le même chemin que les autres jours, aussi je n'aurai plus cette même urgence à découvrir les choses. La route longe le Tafjord, très joli, dans une paysage très alpin. On se croirait à 1600 mètres d'altitude alors qu'on est au niveau de la mer. D'ailleurs à la faveur d'une anse, j'aperçois des pontons avec des filets dans l'eau, sans doute une ferme à saumons. Pour le point de vue en hauteur en revanche, ne comptez pas trop dessus, ça a dû se construire depuis la conception de la carte car la petite route censée y mener finit désormais en cul de sac avec des maisons tout du long qui s'achevent en larges terrasses surplombantes pour mieux profiter du panorama qui nous reste interdit. Voleurs de vue !
Troll alors! Je n'irai pas lui loin...
La route 63 qui mène à la partie prisée par les trolls s'enfonce depuis Stylte dans la montagne, en suivant le lit d'un torrent qui serpente au milieu des sapins. Le paysage est superbe, tout enneigé et la route très agréable. On arrive alors assez vite à Gudbrandsjuvet qui n’est pas un village mais le nom donné à une cascade. Je pense que « juvet » doit vouloir dire torrent ou cascade, je le vois très souvent indiqué. Tout le long de la route les campings ne cessent de fleurir, minuscules. Les caravanes restent à demeure ici, devenues résidence secondaire. Par contre leurs campings ne font pas rêver (en admettant déjà qu'un camping fasse rêver...). Ils sont tous en bord de route, certains ont même leur caravane à même le bas côté et ils sont très exigus. Soit les Norvégiens sont très calmes, soit ils n'en ont rien à faire du bruit car j'imagine que l'été il doit y avoir tout un tas de vacanciers, et ce d'autant plus que la région offre de beaux sentiers de randonnée.

Lef jord de Geiranger

A présent la route qui ne cesse de s'élever traverse des étendues neigeuses dont elle reste épargnée. Mais pour combien de temps ? Déjà quelques plaques de glace font leur apparition. Puis, ce qui devait arriver arriva, un panneau à même le sol au niveau d'un hameau annonce la fin des festivités : circulation interdite. J'arrive à contourner le plot mais que pour quelques mètres. Je n'irai assurément pas plus loin : la route devient subitement une trace de neige et de glace. On dirait une piste de ski ! Dommage. J'aurai quand même essayé jusqu'au bout. Pourtant je ne devais plus être qu'à quelques kilomètres du passage aux lacets serrés, j'arrivais à distinguer un col juste plus haut qui devait être le point où l'on descend vers Andalsnes. J'ai donc rebroussé chemin vers Sylte, point de départ pour le ferry qui traverse le Norddalsfjorden permettant d'atteindre Geiranger. 
J'ai de la chance avec les ferrys, je ne les attend jamais plus qu'un quart d'heure. A peine suis je arrivé que déjà le ferry revient de l'autre côté, rendu au milieu du fjord. Il faut dire aussi que les distances sont courtes et la traversée ne dure jamais plus d'une dizaine de minutes. Cette fois quelques touristes sont là. Je les reconnais à leurs appareils photos. La voiture juste devant moi vient de Suède. Elle est chargée de couettes et de vaisselle. Sans doute des gens qui voyagent comme moi. On est plus nombreux que je ne le pense à voyager ainsi et je me demande même comment les hôtels font, ceux ci n'ayant pas l'air d'avoir trop la côte par ici. Les gens leur préfèrent l'aventure et la liberté. Il y a aussi des vieux briscards qui voyagent en solo en combi Volkswagen, aménagé en camping car. 
La route pour Geiranger
On trouve même des routards, à pied, sac à dos avec tente et sac de couchage empilés sur leur sommet. Ça, il faut oser. Avec la pluie qui tombe le plus souvent, ça doit vite tourner en galère. Au moins la journée je peux me réfugier dans la voiture et mettre le chauffage. En tout cas aujourd'hui il n'y en a pas besoin. Le temps est détraqué aussi ici et dans l'après midi on a eu une pointe à 22 degrés. J'ai dû finir en T shirt et enlever mes chaussures.
Les suédois de la voiture devant moi sont venus me demander si je parlais anglais afin que je leur traduise ce que pouvait bien signifier le panneau « Geiranger grotli stengt » peint en orange virant sur le rouge. Ils m'ont pris pour un Norvégien ! Comme évidemment je n'ai pas pu les aider, ils sont allés demander au type qui vendait les billets puis ils ont fait demi tour. 
Geiranger en contrebas
J'ai du coup eu une petite appréhension au moment de monter dans le ferry. Et si la route de Geiranger était fermée et que le ferry permettait seulement la desserte du village de l'autre côté du fjord ? Pourtant les autres touristes devant moi ont embarqué, aussi on verra bien. Tous les bateaux portent le même nom : Fjord1 ! Je pensais au début que c'était le nom du navire, que j'allais croiser Fjord2, Fjord3 et compagnie mais non j'ai toujours le même bateau. En fait je pense plutôt que c’est le nom de la compagnie. Dans ce cas, pourquoi ne pas l'avoir appelée simplement Fjord ?
Il n'y avait pas d'inquiétude à avoir, la route pour Geiranger est bien ouverte, bien que l'on franchisse une montagne pour passer de l'autre côté. Au moment où l'on arrive au col, une aire de pique nique permet de savourer une vue magnifique sur le fjord en contrebas dont on n'aperçoit d'ici qu'un bout, faisant penser à un petit lac. 

Geiranger

Croisière sur le fjord
Par contre on est très haut et je crois bien que je n'ai pas encore vu de fjord si encaissé. Pas étonnant qu'il soit classé au patrimoine mondial de l'Unesco. En descendant, une aire de point de vue avec plateforme high-tech rutilante offre le plus beau point de vue sur le fjord. Arrêt obligatoire. Le paysage est à couper le souffle. On se demande comment tout cela tient debout. On reste admiratif devant le travail de la nature et la force de corrosion des glaciers. Car un fjord n’est qu'en fait que le reste d'une vallée glaciaire dont le glacier a fini par disparaître et où la mer s'est engouffrée. On a l'impression d'un monde englouti. A Geiranger il y a un centre d'information sur les glaciers. Je voulais le visiter, avide d'en connaître un peu plus et d'assister à des projections mais le temps de pique niquer et le centre était fermé. Les portes sont closes à 15 heures, il faut le savoir.
Hornindal
En montant sur les hauteurs du village, en continuant la route 63 qui mène vers Stryn et que j'aurais dû emprunter à l'aller si elle n'avait pas été fermée par la neige, on jouit d'une vue plongeante sur le village et le fjord où vient se jeter un torrent fougueux qui a dessiné une gorge abrupte. Le temps semble s'être arrêté ici. Curieusement les touristes restent peu nombreux, on doit être à peine une vingtaine. Vue la difficulté d'accès de l'endroit en cette saison cela peut aussi s'expliquer. Tout comme le long du fjord où j'ai dormi la nuit dernière, un micro climat domine Geiranger. Les feuilles sont sorties, on s'attendrait presque à voir les vergers en fleurs. Pour cela il faudra repasser dans quelques semaines je pense. Ce doit aussi être un spectacle à ne pas râter.

Le Sunnylvsfjorden à gauche et le Geirangerfjorden à droite

Pratique une flaque d'eau gelée pour faire la vaissell
Le prochain ferry qui permet une croisière sur le fjord et d'atteindre Sunnylven (autrement appelée ici Hellesylt) est à 17 heures, ce qui me laisse une heure pour flâner dans le village, ou plutôt dans une boutique de souvenirs qui propose du troll en veux tu en voilà. Je trouve mon bonheur en compulsant l'un des ouvrages sur la Norvège. J'en ai trouvé un qui offre un bon survol de la Norvège, pas trop orienté gens, coutumes, villes et histoire mais faisant la part belle aux paysages. Il faut dire aussi que l'on vient surtout en Norvège pour cela. L'ouvrage possède une édition française, ça tombe bien. Les photos sont jolies bien que la maquette, la disposition du texte et sa police fasse très cheap, en gros caractères très moches non alignés qui lui donne un air de livre pour enfant. Surtout, il y a un chapitre sur le nord sauvage. Cela va nourrir mes rêves et fomenter des désirs de voyage à mon retour...
Un abri tombé du ciel à Ullsheim!
La croisière sur le fjord dure 65 minutes et nous ne sommes que deux voitures à faire la traversée. Naviguer sur le Geirangerfjorden est un moment unique, où le fjord semble avoir fendu la montagne en deux pour se frayer un passage. On dirait qu'on a pris une épée pour ouvrir la voie au bateau. Les innombrables cours d'eau n'ont d'autre option que de se jeter en cascades tout le long des flancs du fjord. Je n'ai pas vu cette heure passer. Par contre le temps s’est nettement refroidi, le soleil ayant disparu à nouveau sous un voile qui ne cesse de s'épaissir. Ce soir j'ai trouvé un endroit idéal pour camper, sur la route d'Hornindal à Stryn. En son milieu, il faut bifurquer vers la station de ski de fond Ullsheim. Tout le coin se trouve au milieu des pins. C’est très joli. Par contre je n'ai pas trouvé de coin dans la forêt où disposer la tente, les sols moussus sont gorgés d'eau et les chaussures s'enfoncent au moindre pas en faisant « chloc chloc ». Aussi, je donne le tuyau, juste de l'autre côté du parking, après le stand de tir (on se demande ce que ça fait là), il y a un abri à pique nique flambant neuf qui sent bon la résine et qui permet de passer une excellente nuit à l'abri du vent et de la pluie qui s’est mise de nouveau à tomber.

Drôle de troll!

4 commentaires:

  1. "63 Geiranger - grotli stengt "
    <=> La route 63 entre Geiranger et Grotli est fermé.
    itinéraire Geiranger Grotli

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    1. Je le savais, d'où le détour par Stranda et le retour en ferry. Quelle épopée pour voir ce fjord!

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  2. En lisant ça j'ai cru que tu ne savais pas:
    "Les suédois de la voiture devant moi sont venus me demander si je parlais anglais afin que je leur traduise ce que pouvait bien signifier le panneau « Geiranger grotli stengt » peint en orange virant sur le rouge. Ils m'ont pris pour un Norvégien ! Comme évidemment je n'ai pas pu les aider"

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    Réponses
    1. CAC40, j'avais peur que la route soit bloquée avant Geiranger, mais c'était après et ça je l'avais vu en arrivant dans l'autre sens.

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