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samedi 14 septembre 2013

Cascades, failles et geysers


Demandez le programme du jour ! Pour mon dernier jour complet je termine par des sites incontournables les plus proches de Reykjavík, et donc les plus célèbres. A savoir : les geysers de Geysir, la cascade de Gulfoss et le parc national de Thingvellir, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Au fait, afin de ne pas froisser quelques islandais qui me liraient, leur alphabet comporte quelques lettres qui nous sont inconnues, dont l'une d'entre elles ressemble à notre « b » mais se traduit par « th ». Aussi les jours précédents quand je parlais de Bosmork, il fallait lire Thorsmork. En une heure de temps depuis Hella, je suis arrivé à Geysir, village qui n'en est pas un et contient deux trois fermes, un parking, un hôtel et un grand centre des visiteurs. En y arrivant on sait tout de suite où l'on a mis les pieds : de la fumée sort des fossés des deux côtés de la route. Par contre j'ai raté l'arrêt, m'attendant à quelque chose de plus grand alors que j'avais déjà quitté Geysir. 
Geysir est un parc géothermique qui doit sa réputation à plusieurs geysers qui ont tous leur nom gravé sur une pierre . Il y en a de tous les caractères : on trouve le petit hésitant, qui fait des babillages ; un autre, sorte de trou d'eau frémissant ; un fainéant, Geysir, qui a cessé son activité depuis les années 50, victime des touristes qui jetaient dedans des pierres, croyant provoquer le courroux du geyser mais qui l'ont bouché. Pas très malin, surtout que ce geyser donnait des projections d'eau hautes de 80 mètres ! Du coup – et les islandais n'aiment pas trop le dire – ils ont creusé un trou à côté, créant un nouveau geyser, Strokkur, qui est celui que tout le monde vient admirer à l'heure actuelle et qui projette ses colonnes d'eau toutes les 10 minutes à une hauteur pouvant aller jusqu'à 30 mètres. Geysir, lui, se contente de fumer. 
Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, le mot geyser vient justement du nom de Geysir (et non l'inverse), le site ayant donné son nom à toutes les manifestations du même type. L'endroit, qui pourtant attire des milliers de visiteurs qui déboulent pas bus entiers, est gratuit, tout comme les autres merveilles de la nature islandaise. Pour cela, je tiens à féliciter les islandais. Je connais beaucoup d'autres pays qui auraient tout barricadé afin de passer devant une billetterie. Je pense à ce site, la lagune de Jokulsarlon et d'autres cascades où cela pourrait se faire aisément. Ils ont choisi de rendre la nature libre et je les remercie chaudement. Ces cadeaux n'ont pas à être mercantilisés.
Je suis resté un long moment à côté de Strokkur. L'éruption ne dure pas très longtemps, à peine 5-6 secondes et elle commence toujours par un trou d'eau frémissant, avant que le niveau ne se mette à gonfler, créant une gigantesque bulle bleutée qui éclate pour former le geyser, éclaboussant tout sur son passage. 
J'ai attendu 5 ou 6 manifestations pour m'essayer à toutes les prises de vue : la photo classique, un film, une photo de la bulle, une photo effet en mode pose longue, une série de photos de rafales; plus quelques autres essais ratés. Évidemment l'apparition du geyser est un phénomène aléatoire. Parfois Strokkur semblait être pris de hoquets, victime d'une gastro, vomissant ses geysers les uns à la suite des autres. Le coup d'après il a fallu attendre une éternité qui semblait ne jamais avoir de fin (sic). Des français arrivés à côté de moi au moment où Strokkur se reposait avaient fini par s'impatienter, plaisantant avec le phénomène, le doigt crispé sur la gâchette. Ils y allaient de « Bon, allez, on se casse ! » ou « qui c'est qui fout la poisse qu'on le vire ? ». A la fin, le moindre mouvement de surface de l'eau provoquait des exclamations et un bombardement de clichés. Pour rien, fausse alerte ! Et des fausses alertes, il y en avait plein, de sorte que tout le monde avait fini par baisser les bras, moi le premier, victime de crampes à tenir l'appareil photo et de fatigue oculaire à force de regarder par l'objectif. Quand enfin pépère s'est décidé à émettre son vent après une bonne vingtaine de minutes, ça a été la délivrance ! 
 A Geysir il n'y a pas que des geysers à voir. Il y a aussi de nombreux trous qui émettent des colonnes de vapeur d'eau et de grandes flaques bleutées aux bords orangés avec des dépôts jaunes ou blancs de soufre qui débordent elles aussi d'une eau entre 90 et 100 degrés si l'on en croit les panneaux qui invitent à ne pas y mettre un doigt !
L'autre site incontournable, à peine à 10 minutes en voiture de là est la cascade de Gulfoss. En arrivant le site ne paye pas de mine, et on se demande ce qu'il y a à voir dans une prairie. Mais en fait la cascade est une brèche dans ce plateau, où s'engouffre l'eau dans un vacarme assourdissant, projetant des embruns qui s'élèvent haut dans les airs et que l'on aperçoit depuis le parking. C'est l'une des cascades les plus spectaculaires du pays. Et pourtant, elle a bien failli disparaître, sacrifiée sur l'autel du profit. 
En 1907, un anglais s'intéressa à Gulfoss pour la production d'énergie électrique. Tomas Tomasson, alors fermier à Brattholt, déclina l'offre en répondant « Je ne vends pas mon ami » ! Mais peu de temps après, Gulfoss tomba entre les mains des agents opérant pour le compte d’intérêts étrangers qui avaient un contrat de location de Gulfoss. Sigridur Tomasdottir, la fille du fermier de Brattholt, essaya d'obtenir l'annulation de ce contrat, en vain, et la famille perdit son procès. Heureusement, les travaux de construction de la centrale électrique ne furent pas réalisés, les investisseurs ayant cessé d'honorer le bail. Le contrat de location fut donc annulé et Sigridur lutta infatigablement et seule pour sauvegarder la chute. Elle ne ménagea ni son temps ni sa peine, n'hésitant pas à se lancer dans de longs déplacements par les routes de montagne et les gués des rivières, en toutes saisons, pour consulter tous les fonctionnaires de Reykjavík. 
En souvenir de son action, Sigridur est souvent appelée la première écologiste d'Islande. En 1975, la chute fut donnée à la nation qui, pour la sauver définitivement, fit classer le site en réserve naturelle. Ouf !
Une autre merveille de la nature située à une heure de route de Gulfoss, c'est le parc national de Thingvellir, premier du pays et le plus petit aussi. Il a été créé afin de préserver un site spectaculaire où se dessine un rift entre les deux plaques continentales, qui s'élargit ici jusqu'à former un ravin au fond duquel on peut se promener et où coule une rivière à certains endroits. Le site a été classé au patrimoine mondial de l'humanité car c'est à cet endroit que les vikings fondèrent le premier parlement démocratique en 930, dont il ne reste plus aucun vestige. 
Quand les vikings arrivèrent de Scandinavie en Islande, ils ne voulurent plus entendre parler de roi et instaurèrent ici des assemblées locales, appelées « thing », donnant ainsi le nom au parc national qui signifie « plaine du parlement ». Si c'est à cet endroit un peu reculé que tout se joua c'est que le site était à la croisée de plusieurs chemins et au bord d'un lac très poissonneux, le Thingvallavatn, qui longe la faille. Le centre des visiteurs propose un très large choix de livres dont certains plus dédiés au volcanisme. J'en ai acheté un, une merveille aux photos incroyables, intitulé « Eyjafjallajokull on fire », qui couvre l'éruption de 2010 comme si l'on y était. En tout cas le photographe y était et en a délivré des clichés invraisemblables qui lui a valu de gagner de prestigieuses récompenses. 
On y voit des éruptions zébrées d'éclairs, un paysage apocalyptique mais Dieu que c'est beau. Une autre façon de voir cette éruption dont on a entendu tellement de mal en Europe en raison des effets sur le trafic aérien, occultant au passage la magnificence de ce qui se passait là bas. Le photographe est renommé dans sa profession, localement puisqu'il est le photographe officiel de Reykjavík et de la présidence, mais aussi mondialement, ayant conclu des contrats avec les plus grands tels New York Times, National Geographic, Toyota... De quoi se sentir bien humble et provoquer des complexes à faire m’arrêter la photographie de suite ! Il a aussi un autre ouvrage bien plus imposant et qui couvre toutes les éruptions d'Islande : « Magma ». Une idée cadeau au passage... 
Tout comme un autre livre remarquable «Volcano Island ». Bref, l’Islande n'inspire pas que moi et je trouve ici des ouvrages exceptionnels qui me font passer de longs moments dans les rayonnages.
Comme le temps à partir de 15 heures est devenu extrêmement maussade, sans aucune éclaircie, j'ai décidé vers 17 heures de quitter Thingvellir pour me rendre à la péninsule de Reykjanes afin de me rapprocher de l'aéroport pour demain et des sites que je compte visiter le matin, comme le Blue Lagoon. Finalement, après les bains du Landamannalaugar, je me suis décidé à casser la tirelire pour m'y rendre, ce site étant quand même l'une des vitrines de l’Islande. C'est comme être à Paris et ne pas voir la tour Eiffel. De Reykjavik je n'aurai vu qu'une succession de ronds points assortis à des centres commerciaux. 
De toute façon toutes les villes occidentales sont les mêmes, mélange de stress et de privation d'espace, aussi je n'avais qu'une hâte : sortir de l'agglomération le plus vite possible pour retrouver la paix de mes champs de lave. Pendant que je conduisais je me demandais bien pourquoi il pleut autant en Islande. Pour un pays sans végétation, c'est un peu mal fichu !
Je me suis installé ce soir au bout de la péninsule de Reykjanes, au pied des falaises de Valahnukur, délaissant une fois de plus le dîner pour monter en haut d'un rocher afin de capter le moment où le soleil est sorti de derrière un nuage pour offrir un coucher de soleil sur un joli rocher semblant flotter en pleine mer comme un iceberg. Je vais finir par croire aux trolls. J'ai l’impression que les rochers de lave qui m'entourent, m’épient et bougent quand je leur tourne le dos. Plus le jour décline et plus je le sens. Je m'attends d'une minute à l'autre en avoir un cogner au carreau. Paraît qu'ils ne sont pas aimables. Je vous raconterai ça...

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