Demandez le programme du
jour ! Pour mon dernier jour complet je termine par des sites
incontournables les plus proches de Reykjavík, et donc les plus
célèbres. A savoir : les geysers de Geysir, la cascade de
Gulfoss et le parc national de Thingvellir, inscrit au patrimoine
mondial de l'Unesco. Au fait, afin de ne pas froisser quelques
islandais qui me liraient, leur alphabet comporte quelques lettres
qui nous sont inconnues, dont l'une d'entre elles ressemble à notre
« b » mais se traduit par « th ». Aussi les
jours précédents quand je parlais de Bosmork, il fallait lire
Thorsmork. En une heure de temps depuis Hella, je suis arrivé à
Geysir, village qui n'en est pas un et contient deux trois fermes, un
parking, un hôtel et un grand centre des visiteurs. En y arrivant on
sait tout de suite où l'on a mis les pieds : de la fumée sort
des fossés des deux côtés de la route. Par contre j'ai raté
l'arrêt, m'attendant à quelque chose de plus grand alors que
j'avais déjà quitté Geysir.
Geysir est un parc géothermique qui
doit sa réputation à plusieurs geysers qui ont tous leur nom gravé
sur une pierre . Il y en a de tous les caractères : on trouve
le petit hésitant, qui fait des babillages ; un autre, sorte de
trou d'eau frémissant ; un fainéant, Geysir, qui a cessé son
activité depuis les années 50, victime des touristes qui jetaient
dedans des pierres, croyant provoquer le courroux du geyser mais qui
l'ont bouché. Pas très malin, surtout que ce geyser donnait des
projections d'eau hautes de 80 mètres ! Du coup – et les
islandais n'aiment pas trop le dire – ils ont creusé un trou à
côté, créant un nouveau geyser, Strokkur, qui est celui que tout
le monde vient admirer à l'heure actuelle et qui projette ses
colonnes d'eau toutes les 10 minutes à une hauteur pouvant aller
jusqu'à 30 mètres. Geysir, lui, se contente de fumer.
Au cas où
vous ne l'auriez pas remarqué, le mot geyser vient justement du nom
de Geysir (et non l'inverse), le site ayant donné son nom à toutes
les manifestations du même type. L'endroit, qui pourtant attire des
milliers de visiteurs qui déboulent pas bus entiers, est gratuit,
tout comme les autres merveilles de la nature islandaise. Pour cela,
je tiens à féliciter les islandais. Je connais beaucoup d'autres
pays qui auraient tout barricadé afin de passer devant une
billetterie. Je pense à ce site, la lagune de Jokulsarlon et
d'autres cascades où cela pourrait se faire aisément. Ils ont
choisi de rendre la nature libre et je les remercie chaudement. Ces
cadeaux n'ont pas à être mercantilisés.
Je suis resté un long
moment à côté de Strokkur. L'éruption ne dure pas très
longtemps, à peine 5-6 secondes et elle commence toujours par un
trou d'eau frémissant, avant que le niveau ne se mette à gonfler,
créant une gigantesque bulle bleutée qui éclate pour former le
geyser, éclaboussant tout sur son passage.
J'ai attendu 5 ou 6
manifestations pour m'essayer à toutes les prises de vue : la
photo classique, un film, une photo de la bulle, une photo effet en
mode pose longue, une série de photos de rafales; plus quelques
autres essais ratés. Évidemment l'apparition du geyser est un
phénomène aléatoire. Parfois Strokkur semblait être pris de
hoquets, victime d'une gastro, vomissant ses geysers les uns à la
suite des autres. Le coup d'après il a fallu attendre une éternité
qui semblait ne jamais avoir de fin (sic). Des français arrivés à
côté de moi au moment où Strokkur se reposait avaient fini par
s'impatienter, plaisantant avec le phénomène, le doigt crispé sur
la gâchette. Ils y allaient de « Bon, allez, on se casse ! »
ou « qui c'est qui fout la poisse qu'on le vire ? ».
A la fin, le moindre mouvement de surface de l'eau provoquait des
exclamations et un bombardement de clichés. Pour rien, fausse
alerte ! Et des fausses alertes, il y en avait plein, de sorte
que tout le monde avait fini par baisser les bras, moi le premier,
victime de crampes à tenir l'appareil photo et de fatigue oculaire à
force de regarder par l'objectif. Quand enfin pépère s'est décidé
à émettre son vent après une bonne vingtaine de minutes, ça a été
la délivrance !
A Geysir il n'y a pas que des geysers à voir.
Il y a aussi de nombreux trous qui émettent des colonnes de vapeur
d'eau et de grandes flaques bleutées aux bords orangés avec des
dépôts jaunes ou blancs de soufre qui débordent elles aussi d'une
eau entre 90 et 100 degrés si l'on en croit les panneaux qui
invitent à ne pas y mettre un doigt !
L'autre site
incontournable, à peine à 10 minutes en voiture de là est la
cascade de Gulfoss. En arrivant le site ne paye pas de mine, et on se
demande ce qu'il y a à voir dans une prairie. Mais en fait la
cascade est une brèche dans ce plateau, où s'engouffre l'eau dans
un vacarme assourdissant, projetant des embruns qui s'élèvent haut
dans les airs et que l'on aperçoit depuis le parking. C'est l'une
des cascades les plus spectaculaires du pays. Et pourtant, elle a
bien failli disparaître, sacrifiée sur l'autel du profit.
En 1907,
un anglais s'intéressa à Gulfoss pour la production d'énergie
électrique. Tomas Tomasson, alors fermier à Brattholt, déclina
l'offre en répondant « Je ne vends pas mon ami » !
Mais peu de temps après, Gulfoss tomba entre les mains des agents
opérant pour le compte d’intérêts étrangers qui avaient un
contrat de location de Gulfoss. Sigridur Tomasdottir, la fille du
fermier de Brattholt, essaya d'obtenir l'annulation de ce contrat, en
vain, et la famille perdit son procès. Heureusement, les travaux de
construction de la centrale électrique ne furent pas réalisés, les
investisseurs ayant cessé d'honorer le bail. Le contrat de location
fut donc annulé et Sigridur lutta infatigablement et seule pour
sauvegarder la chute. Elle ne ménagea ni son temps ni sa peine,
n'hésitant pas à se lancer dans de longs déplacements par les
routes de montagne et les gués des rivières, en toutes saisons,
pour consulter tous les fonctionnaires de Reykjavík.
En souvenir de
son action, Sigridur est souvent appelée la première écologiste
d'Islande. En 1975, la chute fut donnée à la nation qui, pour la
sauver définitivement, fit classer le site en réserve naturelle.
Ouf !
Une autre merveille de la
nature située à une heure de route de Gulfoss, c'est le parc
national de Thingvellir, premier du pays et le plus petit aussi. Il
a été créé afin de préserver un site spectaculaire où se
dessine un rift entre les deux plaques continentales, qui s'élargit
ici jusqu'à former un ravin au fond duquel on peut se promener et où
coule une rivière à certains endroits. Le site a été classé au
patrimoine mondial de l'humanité car c'est à cet endroit que les
vikings fondèrent le premier parlement démocratique en 930, dont il
ne reste plus aucun vestige.
Quand les vikings arrivèrent de
Scandinavie en Islande, ils ne voulurent plus entendre parler de roi
et instaurèrent ici des assemblées locales, appelées « thing »,
donnant ainsi le nom au parc national qui signifie « plaine du
parlement ». Si c'est à cet endroit un peu reculé que tout se
joua c'est que le site était à la croisée de plusieurs chemins et
au bord d'un lac très poissonneux, le Thingvallavatn, qui longe la
faille. Le centre des visiteurs propose un très large choix de
livres dont certains plus dédiés au volcanisme. J'en ai acheté un,
une merveille aux photos incroyables, intitulé « Eyjafjallajokull
on fire », qui couvre l'éruption de 2010 comme si l'on y
était. En tout cas le photographe y était et en a délivré des
clichés invraisemblables qui lui a valu de gagner de prestigieuses
récompenses.
On y voit des éruptions zébrées d'éclairs, un
paysage apocalyptique mais Dieu que c'est beau. Une autre façon de
voir cette éruption dont on a entendu tellement de mal en Europe en
raison des effets sur le trafic aérien, occultant au passage la
magnificence de ce qui se passait là bas. Le photographe est renommé
dans sa profession, localement puisqu'il est le photographe officiel
de Reykjavík et de la présidence, mais aussi mondialement, ayant
conclu des contrats avec les plus grands tels New York Times,
National Geographic, Toyota... De quoi se sentir bien humble et
provoquer des complexes à faire m’arrêter la photographie de
suite ! Il a aussi un autre ouvrage bien plus imposant et qui
couvre toutes les éruptions d'Islande : « Magma ».
Une idée cadeau au passage...
Tout comme un autre livre remarquable
«Volcano Island ». Bref, l’Islande n'inspire pas que moi et
je trouve ici des ouvrages exceptionnels qui me font passer de longs
moments dans les rayonnages.
Comme le temps à partir
de 15 heures est devenu extrêmement maussade, sans aucune éclaircie,
j'ai décidé vers 17 heures de quitter Thingvellir pour me rendre à
la péninsule de Reykjanes afin de me rapprocher de l'aéroport pour
demain et des sites que je compte visiter le matin, comme le Blue
Lagoon. Finalement, après les bains du Landamannalaugar, je me suis
décidé à casser la tirelire pour m'y rendre, ce site étant quand
même l'une des vitrines de l’Islande. C'est comme être à Paris
et ne pas voir la tour Eiffel. De Reykjavik je n'aurai vu qu'une
succession de ronds points assortis à des centres commerciaux.
De
toute façon toutes les villes occidentales sont les mêmes, mélange
de stress et de privation d'espace, aussi je n'avais qu'une hâte :
sortir de l'agglomération le plus vite possible pour retrouver la
paix de mes champs de lave. Pendant que je conduisais je me demandais
bien pourquoi il pleut autant en Islande. Pour un pays sans
végétation, c'est un peu mal fichu !
Je me suis installé ce
soir au bout de la péninsule de Reykjanes, au pied des falaises de
Valahnukur, délaissant une fois de plus le dîner pour monter en
haut d'un rocher afin de capter le moment où le soleil est sorti de
derrière un nuage pour offrir un coucher de soleil sur un joli
rocher semblant flotter en pleine mer comme un iceberg. Je vais finir
par croire aux trolls. J'ai l’impression que les rochers de lave
qui m'entourent, m’épient et bougent quand je leur tourne le dos.
Plus le jour décline et plus je le sens. Je m'attends d'une minute à
l'autre en avoir un cogner au carreau. Paraît qu'ils ne sont pas
aimables. Je vous raconterai ça...











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