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vendredi 29 janvier 2021

Las Cuevitas

Las Cuevitas, c'est l'endroit où je bivouaque depuis lundi. En fait c'est plus exactement entre ça et Pinar de Chio, l'aire récréative à quelques centaines de mètres plus bas. Le tout est aux alentours de 1800 m. J'ai tellement peur de me faire piquer la place que je ne bouge plus depuis hier midi. J'ai tout ce qu'il faut ici. Une vue imprenable, de l'ombre, un petit cratère de volcan dans lequel je vais poser ma chaise au pied d'un pin pour lire, bien abrité du vent. Et quand j'en ai assez d'être assis je mets ma serviette par terre et je fais une sieste. J'ai tendu un fil à côté de la voiture où je mets mes habits à aérer, j'ai des pierres que j'ai rassemblées auxquelles j'adosse le panneau solaire et je laisse tables et chaises à demeure. Un vrai camp. C'est rare que du monde passe par là ou alors à vélo pour aller se balader le long de la piste. 
Quoique un soir j'ai eu la visite d'un randonneur qui avait toute sa maison sur le dos et qui partait gravir le Teide mais qui voulait avant passer la nuit à la zone de camping plus bas, pensant y trouver de l'eau. Ça me donne l'idée d'aller voir. Il me dit : "t'es où demain?" Je n'ai pas compris le sens de la question et l'ai fait répéter. "Ici", je lui dis. La réponse a dû le surprendre, il me rétorqua : "Ah..." Eh oui, le tracer pour tracer c'est pas mon truc. Je préfère contempler. Je connais toutes les formes de pins autour de moi. Aucun n'est pareil. Il y en a un c'est le roi du bosquet. Qu'est-ce qu'il est beau avec ses branches jusqu'en bas! Il est symétrique, bien proportionné et on sent qu'il pète le feu.
Pendant que je dîne il y a un petit oiseau bleu gris, qui fait froufrou dans un froissement d'ailes pour me signifier qu'il est là. Il est dodu il fouine partout autour de ma table. Il se contentait des miettes, du coup comme le soleil allait disparaître, je lui ai donné un morceau de pain multicéréales. C'est gourmet ça a commencé par le meilleur : les graines : lin, tournesol ou encore de courge. Il se couchera heureux et repu ce soir.
Je suis allé voir l'aire récréative de Pinard de Chio. Du moins je suis allé en excursion : au cas où il y aurait bien de l'eau, j'ai emporté avec moi quelques habits à laver, la lessive et une bassine gonflable. Oui j'ai une bassine gonflable! On va me dire qu'est-ce que c'est cet engin. C'est un peu comme ces espèces de bateau pneumatiques pour gamins. Sauf qu'il n'y a que le haut du bord qui est gonflable, de façon à lui donner sa forme. J'avais acheté ça depuis pas mal de temps je ne m'en suis jamais servi car pas besoin. Ça contient 8 litres c'est pas mal. Je suis parti aussi avec une bonbonne d'eau minérale vide, question d'en ramener pour la douche.
La zone récréative est assez jolie même si je préfère mon coin. C'est au fond d'une cuvette avec des pins partout et une vue imprenable sur la Gomera. C'est dingue chaque jour j'ai l'impression que l'île se rapproche, je la vois de plus en plus distinctement. Il y a de très nombreuses tables éparpillées sur différents niveaux. Il y a aussi de grands barbecues en pierre avec des grilles, et un point d'eau toutes les 3 tables. Yes! J'ai essayé les deux premiers qui ne donnaient qu'un filet d'eau, avec ça j'allais y passer la journée. La troisième fontaine fut la bonne. Il y a marqué que l'eau n'est pas potable. En y réfléchissant je me demande bien pourquoi, c'est forcément de l'eau d'ici et vu que c'est un parc national plus haut elle doit être très pure. 
Il y a un cyclotouriste qui a planté la tente pour la nuit et qui est sur le départ. Le randonneur belge a déjà décampé, 10h du matin c'est trop tard pour commencer à partir en balade. Il y a une toilette au fond de la zone, une petite cabane aux portes vertes. Une entrée pour les dames, une entrée pour les messieurs s'il vous plaît. J'ouvre une porte, un délicat fumet s'en échappe et un type sur le trône le pantalon sur les chevilles me regarde surpris. J'éclate de rire et je referme la porte. Je ne m'attendais pas à trouver quelqu'un là-dedans, lui non plus d'ailleurs vu qu'il n'avait pas fermé. C'était le gars au vélo. Du coup je suis allé chez les dames. Paraît-il que pour ce genre d'affaire la meilleure position c'est d'être accroupi, position anatomique que l'homme a adoptée pendant des milliers d'années avant que l'on invente la cuvette de toilettes. Sauf que moi ça me bloque parce que je sais que le temps est compté. Je ne peux pas maintenir la position longtemps car je fatigue, même accroché à une branche, un rocher ou un bâton. Du coup comme je sais que ça doit être tout de suite et maintenant ça ne vient pas c'est très pénible! Alors là, la toilette des dames je savoure. Et tant pis si la position n'est pas physiologique!
En sortant de là j'ai trouvé un gros corbeau qui retournait les vêtements le bec dans ma bassine à linge cherchant ce qui se trouve dessous. Il commençait à donner des coups de becs, manquait plus qu'il me la troue! Je l'ai fait décamper, ça ne lui a pas plus il croassait de plus belle pour mieux revenir par derrière. C'est curieux, culotté et rusé! Et pas du tout farouche. On aurait dit un animal domestique. Je savais que les corbeaux étaient parmi les oiseaux les plus intelligents même si ce n'est pas les plus beaux ni les plus mélodieux! 
Je suis remonté à mon camp lesté d'une bonbonne d'eau de 8 kg et d'une bassine à linge qui devait en peser autant. Je ne referai pas ça tous les jours. Mais maintenant que je sais qu'il y a de l'eau par là ça me sauve la vie. Plus besoin de me rationner pour la vaisselle ni me demander quand je vais faire la prochaine lessive. Et encore mieux : je peux me laver au gant tous les jours !


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