À côté de cette agitation j'ai l'impression d'être complètement décalé. Je suis assis sur un rocher, le téléphone en l'air pour enregistrer les picverts qui se répondent. Enfin, quand les gamins ont fini de brailler et les clebs d'aboyer. C'est un va-et-vient incessant aussi de motos qui pétaradent. C'est leur sortie du dimanche, ça leur plaît à eux de rouler pour rien. J'ai l'impression d'être sur un circuit de formule 1. Je ne reconnais plus chez moi. J'essaie de faire abstraction je m'allonge par terre je fais quelques exercices, je lis sur la chaise face au soleil, pieds nus en short et t-shirt.
Quand soudain je sens une présence dans mon dos. Je me retourne et quelqu'un en treillis avec un insigne m'informe que je suis sur un chemin forestier et que je dois partir. C'est un garde forestier, c'est bien ma veine. Il me dit que ce chemin n'est autorisé que pour la randonnée, qu'il y a des chemins où on a le droit de rouler et qui sont balisés en bleu. Pile avant l'heure du déjeuner je suis donc obligé de tout ranger, fait chier! Faut dire que je me suis bien étalé aussi, je ne range plus rien je l'aisse tout dehors j'ai même tiré un fil pour aérer mes affaires. Du coup j'en ai oublié la règle d'or du camping sauvage : arriver à la nuit, partir au petit jour et éviter de toujours rester au même endroit. Ça m'apprendra, en même temps ça m'embête.
Où aller? 2 km plus loin la route est barrée on ne peut que descendre. Je comptais partir demain matin c'est vraiment pas de chance, à quelques heures près... Je trouve un endroit un peu plus loin à côté de la route à un endroit où il y a des gens garés et qui s'en vont randonner. Mais dès la porte ouverte l'endroit ne me plaît pas, avec le passage des voitures et des motos c'est très bruyant. Je déteste errer comme ça alors que j'étais si bien là-bas et que je ne faisais de mal à personne. Finalement je m'arrête pour déjeuner à un autre endroit un peu en contrebas qui mène à un camp de scout.
Il y a un petit parking avec une quinzaine de voitures, au moins on ne pourra rien me dire ici. Mais c'est loin d'être tranquille. C'est plein de familles qui ont posé une nappe par terre avec des gamins qui trépignent d'un pied sur l'autre en faisant crises de nerfs et caprices les uns derrière les autres. Une fois la salade finie, je mets le dessert dans mon sac, j'irai manger ça plus loin. Il y a un sentier très joli qui descend jusque sur la côte. Mais on entend encore beaucoup la route qui grimpe en lacets. J'essaie de faire une sieste mais il n'y a pas moyen.
Tant pis je décide de repartir. En passant devant l'intersection la barrière est toujours là. C'est fermé que dans le sens de la montée, la descente c'est une caravane de bagnoles qui se suivent à la queue leu leu on dirait le tour de France. Il y a 2 types en gilet fluo qui sont là, je me demande ce qu'ils font. Peut-être que ça va rouvrir il est déjà 16h. Normalement ça doit rouvrir à 22h mais sait on jamais... Je reste 20 minutes comme ça pour voir ce qu'ils font mais rien ne se passe. C'est quand même sacrément crétin cette décision qui fait que les gens se rabattent dans la forêt au lieu qu'ils soient dilués sur le reste de l'île.
J'essaie de trouver un point de vue sur El Teide où je pourrais rester jusqu'au coucher du soleil. Mon but c'est de retourner où je me suis fait déloger pour dormir, une fois tous les gens partis et le soleil couché. Il y en a marre d'être conciliant. La probabilité pour que le garde repasse là-bas en pleine nuit est quasi nulle, surtout qu'il a bien attendu de voir que je partais. Mais le problème, j'ai beau errer dans les bois aucun point de vue, que des troncs. Du coup j'ai pris une piste qui descend vers la côte, balisée en bleu et fléchée Las Lagunetas 12 km plus loin. Question de voir s'il n'y aurait pas un terre-plein où je puisse passer la nuit.
Et j'ai trouvé au bout de 500 m. La piste est praticable. A l'entrée il y a marqué qu'elle n'est autorisée qu'aux 4x4. Ça commence à bien faire toutes ces interdictions! Qu'à cela ne tienne, je remonte chercher la voiture. Je vais passer la nuit là, c'est pas mal je suis exposé plein ouest même si je ne vois pas le sommet. Petit à petit la déception de ce matin s'estompe. Je me suis trop imprégné du lieu où j'étais, ce n'est pas forcément très bien parceque tous les autres endroits ont tendance à ne plus trouver grâce. Alors qu'ils sont bien aussi, même si c'est différent. Il faut briser les habitudes et la routine. Et ne rien regretter quand on part de quelque part. D'autres aventures m'attendent ailleurs...
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