Pas de problème pour sortir du port, aucun contrôle. Heureusement que j'ai Waze car pour trouver son chemin dans la capitale c'est toute une affaire.
Changement d'île, changement d'ambiance. Ça grouille dans tous les sens avec des immeubles haut de 20 étages, des échangeurs où on doit passer d'une file à l'autre en frôlant l'accident et des gens qui conduisent à toute vitesse. Je n'ai qu'une envie c'est m'extraire de ça au plus vite et grimper dans les montagnes. Mais avant cela, passage au supermarché. Mon but est de rester là-haut au moins une semaine. La côte surpeuplée, je leur laisse. Il y a vraiment deux mondes à Ténérife. La partie centrale est inhabitée et couverte de forêt. C'est justement ce que je viens chercher.
Je cherchais à me ravitailler en eau à la station-service pour être bien autonome mais il fallait mettre un jeton, j'ai trouvé ça assez mesquin. Malheureusement je n'ai pas trouvé d'autre station-service avant de quitter la civilisation. Tant pis, je ferai avec mes 40 litres de réserve.
À mesure que la route s'élève après La Esperanza, les habitations se font de plus en plus rares, le trafic également. Les premiers pins des Canaries font leur apparition. Leur odeur puissante aussi. Quelle joie d'être à nouveau ici ! Je ne peux pas vivre sans forêt. Lanzarote c'est bien mais les arbres me manquaient cruellement. En forêt je me sens protégé. Protégé des éléments du vent et de la folie des hommes. Je me sens tout de suite plus apaisé l'effet est immédiat et indescriptible.
La corona forestal est comme son nom l'indique une couronne forestière qui entoure toute l'île tout autour du parc national del Teide. C'est une forêt merveilleuse qui prend place sur un relief accidenté. Les pins sont très serrés les uns aux autres il n'y a jamais plus de 2 mètres entre deux pins. J'adore le pin des Canaries avec ses branches jusqu'en bas, tarabiscotées, et ses longues aiguilles qui forment des touffes au bout des rameaux. Et le sous-bois est très joli. Il n'y en a pas en fait, les aiguilles de pin forment un tapis tout doux couleur miel.
Cette année j'ai de la chance : El Teide est recouvert de neige, il est encore plus beau comme ça. Aujourd'hui je ne m'en approcherai pas plus que ça. Pas question de traverser la forêt sans m'arrêter, à la différence de tous les autres, pressés d'arriver au pied du volcan. El Teide, à 40 km de là, peut bien attendre encore un peu.
Car j'ai un petit coin fabuleux où j'ai dormi l'an dernier. L'avantage est que je n'ai pas à chercher je sais déjà où aller. Il y a un petit chemin forestier qui part derrière une tour de guet. En s'enfonçant un peu on n'entend plus du tout la route, plus que le vent dans les pins.
L'endroit est magique, on est sur une ligne de crête. En marchant un peu on voit les côtes est et ouest de Tenerife. Et on distingue les habitations en bas qui ont l'air tout près mais en même temps si loin, un peu comme si on était en avion.
Sur le chemin à la faveur d'un virage, il y a une petite plate-forme d'où l'on voit l'océan à travers les arbres.
Il y a un petit sentier qui mène à un promontoire, un nid d'aigle où des gens ont construit une vraie cabane dans laquelle on peut tenir debout. Et au sol il y a un épais tapis d'aiguilles de pin; je pense que l'été des gens doivent dormir là. Le seul son que j'entend à part le vent dans les pins c'est celui langoureux d'un pic vert. Qu'est-ce que je suis bien ici !
Tout est perfection.
J'ai installé mon camp, je peux même tendre le hamac juste devant. Ceci dit j'ai eu la visite d'une famille bruyante qui se promenait avec une dizaine de clebs hagards à la recherche d'une mauvaise odeur à trouver. Vas-y que je pisse sur un tronc, l'un d'eux a commencé à lever la patte sur la route de la voiture, j'ai gueulé et je lui ai lancé une pigne, ça ne lui a pas plu il s'est mis à aboyer.
Là-dessus sa maîtresse est arrivée pour m'engueuler, comme quoi ses chiens n'étaient pas méchants. Elle a dû m'insulter aussi en espagnol, un "coño" a dû fuser. Je lui ai rétorqué que le chien pissait sur la roue. Elle m'a répondu : et alors, ça part avec de l'eau ! Incroyable. J'aurais dû faire pipi sur sa voiture pour voir si elle m'aurait dit la même chose. Toute façon je le sais les gens avec leur chien sont hystériques. Faut surtout rien dire ou faire, ils y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Réprimander leur chien est vécu comme un affront, une agression, une violation de leur intimité voire une négation de leur propre existence. Passons...
Là où je suis, à 1300 m, j'ai perdu 7 degrés par rapport à en bas. Au lieu de 25 je me retrouve à 18. Mais ça ne me dérange pas, on s'habille un peu plus chaudement, au contraire même je préfère. Et puis pas besoin de frigo, c'est le retour des yaourts, du jus d'orange, du lait de riz, du fromage et de la bière fraîche le soir ! J'ai plus envie de partir. Et encore moins de rentrer en France !
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