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mercredi 6 mai 2015

Playa Francesa

On en découvre tous les jours ! Après le lagon d'hier qui ne porte pas de nom et ne figure même pas sur les cartes, j'ai découvert une autre plage après, Playa Francesa. C'est là où j'avais vu des voiliers au mouillage. Qui plus est, derrière ma forteresses de flibustier, j'avais été témoin des allées et venues de touristes pressés. De quoi attiser ma curiosité. Bien m'en a pris.

Mais avant, retour au village pour la préparation d'un pique-nique qui n'en finit plus d'être frugal. Aujourd'hui c'est panne de courant généralisée, à moins que cela soit comme ça tous les jours et qu'ils ne branchent le groupe électrogène que le soir venu. Je suis donc rentré dans une épicerie, ou plutôt dans une caverne devrais-je dire. 
J'ai attendu plusieurs minutes pour que mes yeux s'habituent à l'obscurité. Pour pas grand chose au final. Ils ne vendent que des produits de dépannage, des conserves, et autres trucs à faire cuire. Au rayon frais on trouve quelques pauvres pots de yaourts. Les fruits se résument à des oranges fripées, des mandarines trop dures et quelques bananes sur l'étal depuis trop longtemps et qui restent dans les mains quand on cherche à en trouver de plus convenables parmi le régime. Il est loin le supermarché Mercadona où j'avais l'habitude d'aller à Fuerteventura et dont je ressortais avec des salades prêtes à consommer et un petit pavé de pain frais aux olives kalamata.
Tant pis, j'ai pris les moins moches des bananes. Seulement la caissière m'a fait comprendre que ce n'était pas possible, me montrant d'un air désolé sa balance muette. Évidemment, sans électricité... Qu'à cela ne tienne, j'ai plus d'un tour dans mon sac. Curieusement Caleta del Sebo a une demie-douzaine d'épiceries. Toutes du même acabit. On se demande bien pourquoi ! Ils feraient mieux d'en faire qu'une avec plus de choix. L'avantage est qu'on peut en rechercher une autre dotée de balance à piles. Ah du temps des poids on n'avait pas ce souci ! Ils feraient bien d'y revenir. Tout est un cycle, le système n'était pas aussi débile que cela. 
J'entends déjà les progressistes crier au scandale en levant les bras au ciel pour me dire : « et pourquoi pas le boulier tant qu'on y est ? ». Ah le bonheur des choses simples et indétraquables ! Autre époque, on préfère le jetable, le Made in China, qu'on devrait rebaptiser Made in Chia ! Pour la petite histoire j'en suis à mon deuxième parasol. Le premier n'a survécu que deux jours au vent des Canaries. Une baleine cassée dès le premier jour suivi par le piquet tordu en l'enfonçant dans le sable le second. Ça, c'est le progrès !

Caleta del Sebo dispose d'une école, si j'en juge les cris des mouflets derrière un mur blanc qui donne l'impression d'une enceinte d'hôpital. 
Ils n'ont pas l'air de beaucoup étudier là dedans ! Même à plusieurs centaines de mètres de là je les entendais encore. On ne voit pourtant pas beaucoup de locaux. Les rues sont toujours désertes, à part aux arrivées des bateaux. Le soir il y a bien une cafétéria sur le port qui ne désemplit pas. Le lieu de socialisation de l'île, où la terrasse est plongée dans un brouhaha de préau pendant que les anciens regardent assis sur un banc, imperturbables comme des nains de jardin, et que les gamins jouent au ballon sur la mini place d'à côté en cognant dans les murs. Ce soir c’était match de foot. Pour cela ils ont rebranché le courant ! Tout le monde tournait le dos à la mer et au coucher de soleil pour scruter la télé accrochée au mur. 
Les restaurants ont été vidés de leurs tables pour ne garder que les chaises, alignées en rang comme au cinéma. De restaurant en restaurant les clameurs se propageaient comme une vague à chaque but ou coup raté, les gens s’embrassant ou se prenant la tête entre les mains. Même les touristes, excités par l’ambiance avaient retourné leurs chaises en terrasse pour regarder à travers la fenêtre, laissée grande ouverte pour l'occasion. Tous, sauf moi ! Je préfère le ballet des mouettes qui s'en foutent royalement...

Playa Francesa est une plage délicieuse qui vous fera oublier qu'on se trouve en Atlantique. Ce sont deux anses de sable presque blanc et aux eaux turquoises d'où l'on jouit d'une vue fabuleuse sur Lanzarote.
Ah ces falaises ! Sans elle le spectacle serait moins beau. J'aime les plages où l'on a quelque chose à regarder au loin, autre que l'horizon. L'eau y est très calme. Les habitants de La Graciosa ont d'ailleurs surnommé ce détroit entre les deux îles El Rio. Et si on se lasse de regarder devant soi, on peut toujours regarder derrière. Il y a un beau volcan, Montaña Amarilla, au sommet tout plat, rouge en haut pour tirer vers le beige vers sa base. Il est parcouru de sillons comme autant de vallées de larmes. Je suis sûr qu'il doit y avoir moyen de l'explorer. J'y reviendrai un autre jour, chaque chose en son temps, chaque jour sa découverte.
Pour l'heure je suis tellement bien sur cette plage que je n'ai plus envie de bouger. Malheureusement je ne suis pas le seul à trouver le coin beau. Un énorme catamaran est arrivé sur les coups de 13 heures, déchargeant dans l'autre anse des flots de touristes en faisant des allers et retours de la plage vers le bateau en annexe. En moins de 20 minutes tout le monde avait débarqué, à grand renfort de cris stridents, de gosses en pleine crise de nerfs et de relents de crème solaire. Pourquoi n'y a-t-il que moi pour acheter des crèmes sans parfum ? Évidement, comme un chien qu'on sort de sa niche, les plus téméraires d'entre eux ont osé marcher plus de 100 mètres pour finir dans mon anse, pour plus de quiétude. 
Pour eux. Mais pas pour moi. J'ai donc déménagé à plusieurs reprises. Les gens aiment bien se mettre les uns à côté des autres. Ça doit les rassurer. J'ai beau être à poil, ça ne les empêche pas pour autant. Le dernier naturiste a foutu le camp devant cette invasion. Moi je tiens bon. J'étais là avant la masse, ils ne me feront pas remettre le maillot. De toute façon je n'en ai pas. Heureusement à 15 heures la procession a fait chemin inverse et le catamaran a levé l'ancre, disparaissant derrière un cap avec sa musique et ses cris. La marée montante a effacé leurs traces sur le sable et les mouettes ont pu revenir. Signe que la plage était à nouveau à moi...

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