Demandez le programme, il
n'y en a pas ! Je vais au gré de ma fantaisie. Après la
lessive du matin question d'avoir un T-shirt propre, je me suis
d'abord dirigé vers Caleta del Sebo, ce village d'un plan si pur
qu'on en en mangerait. C'est là, le dos accolé aux murs de chaux,
assis en tailleur, que j'ai commencé à rédiger l'épisode d'hier.
Après quoi je me suis baladé dans les rues du village. Pas de
risque de se perdre, il y a trois rues parallèles qui mènent toutes
au port. C'est le point vital du village, tout tourné vers la pêche
et doté d'un port artificiel où mouillent aussi bien les petits
ferrys pour Lanzarote que des barques au ras de l'eau en passant par
les voiliers de quelques aventuriers en partance pour l'Amérique du
Sud.
Car les Canaries, avec le Cap Vert, sont une plaque tournante
pour quiconque veut traverser l'Atlantique. C'est le dernier bout de
terre, la dernière occasion de faire un brin de ravitaillement et de
réparations avant le grand saut. C'est une aventure que j'aimerais
bien tenter une fois, une route mythique peuplée de légendes et de
frissons avant de découvrir le Nouveau Monde.
Ce que j'aime avec ce
village c'est qu'il est envahi par le sable. Plutôt que de repousser
la nature, on fait avec. Ils n'ont jamais goudronné les ruelles. On
a donc des maisons qui surgissent du sable, comme des champignons de
Paris.
![]() |
| Montaña del Mojon |
Ce sont des cubes au toit plat avec peu d'ouvertures. Il n'y a
pas de jardin extérieur mais je soupçonne leur existence dans des
coures intérieures. A chaque pas que l'on fait on découvre une vue
sur le port, une sur les falaises de Lanzarote si proches qu'on
pourrait presque y aller à la nage, ou encore une jeep digne du
Paris-Dakar a moitié enfouie dans le sable. Caleta del Sebo, c’est
peut être le village que je connais qui soit le plus hors des
schémas européens. On se sent vraiment ailleurs. Pas étonnant que
les gens y viennent à la journée. Chaque arrivée de ferry est
l'occasion de décharger un peu plus de touristes qui s’empressent
de louer un vélo. Ils n'ont pas beaucoup de temps, il faut faire
vite.
Je ne les blâme pas, moi même quand j'ai découvert ce petit bout de paradis j'étais dans ce schéma. Mais la Graciosa mérite bien plus que ce traitement expéditif. Il faut s'imprégner de son mystère. Aussi, dès que je suis passé à une petite épicerie question d'acheter des noix et des bananes pour en faire un pique-nique, je me suis mis en mode exploration. Où aller ? Sans programme, pourquoi ne pas tenter d'abord l'ascension d'un de ces volcans juste au dessus du village, situés au centre de l'île et entre lesquels les gens passent pour se rendre de l'autre côté où se trouve Playa de las Conchas, réputée pour être la plus belle d'Europe ?
Je ne les blâme pas, moi même quand j'ai découvert ce petit bout de paradis j'étais dans ce schéma. Mais la Graciosa mérite bien plus que ce traitement expéditif. Il faut s'imprégner de son mystère. Aussi, dès que je suis passé à une petite épicerie question d'acheter des noix et des bananes pour en faire un pique-nique, je me suis mis en mode exploration. Où aller ? Sans programme, pourquoi ne pas tenter d'abord l'ascension d'un de ces volcans juste au dessus du village, situés au centre de l'île et entre lesquels les gens passent pour se rendre de l'autre côté où se trouve Playa de las Conchas, réputée pour être la plus belle d'Europe ?
![]() |
| Playa de las Conchas |
Ils viennent tous
pour elle. Pour l'instant je préfère aller hors des sentiers battus
et voir des endroits que personne ne verra. Et pour cela, on ne peut
pas faire mieux : il n'y a pas de sentier visible qui grimpe là
haut. Pas plus sur la carte. Qu'à cela ne tienne, La Graciosa ne
brille pas pour sa végétation, je n'ai qu'à tracer dans la
caillasse et on verra bien ce qui se passe.
Et puis ces deux volcans
endormis ne sont pas bien hauts, 188 mètres pour l'un, 266 pour
l'autre. Sauf qu'une fois au pied, j'ai bien vite laissé tomber le
plus haut des deux, La Aguja Grande. C'est en fait presque un
monolithe tout poli avec de grandes lignes qui se perdent en
circonvolutions et lui donnent l'aspect d'un bonbon.
![]() |
| Aguja Grande |
Montaña del
Mojon grimpe quant à elle en pentes plus douces. Je suis sûr que de
la haut on doit avoir une vue imprenable sur toute l'île et le
village en bas. La base de la montagne est entaillée de petits
ravins tracés par les crues dès qu'une pluie se manifeste, ce qui
ne doit pas être souvent. En attendant, je voulais grimper de biais,
c'est impossible. Je n'ai dès lors plus d'autre option que
d'attaquer directement au flanc. Seulement, la pente devient
forcément plus abrupte et le sol instable a tôt fait de me faire
déraper. Cela devenant dangereux, avec rien pour me freiner si je
venais à glisser complètement, je cherche à nouveau le moyen de
grimper en lacets. Cette fois est la bonne. Les ravines sont
terminées.
C'est alors que je remarque un peu plus bas ce qui
ressemble à un sentier et qui grimpe par une voie plus facile qui
rejoint une selle au niveau d'un col. Il y a beau ne pas avoir un
poil d'arbre ni d'ombre, le décor est absolument magnifique. J'aime
les paysages volcaniques, remplis de désolation où l'on sent encore
plus la force de la nature nous remettre à notre petite place
d'individu qui a tendance à péter plus haut que de raison. Et puis
les pentes des montagnes sont couvertes d'une drôle de plante au
feuillage rouge, qui surgit telle quelle de la roche et donne de
petites fleurs blanches. Une belle plante de rocaille. Il y a aussi
des lichens chevelus assoiffés qui crissent sous le pas.
Le col, qui n'est qu'en
fait que le bord d'un ancien cratère, permet de voir ce qui se passe
de l'autre côté. C’est une drôle de cuvette toute verte, avec
des arbustes et un amas de pierres en forme de coquille d'escargot,
sans doute pour désigner un point d'eau. Le chemin doit probablement
dater de l'époque où les gens du village venaient y chercher un peu
d'eau douce. Du col, le sentier se perd alors pour rejoindre un point
plus en hauteur d'où l'on jouit d'une vue à 360 degrés. Toute La
Graciosa est là. Le village et les falaises de Lanzarote à l'est ;
un autre volcan au sud, au pied duquel quelques voiliers ont jeté
l'ancre dans des baies ; ![]() |
| Cap au sud |
la côte à l'ouest, battue par des
vagues qui s’écrasent avec fracas contre des rochers ; et au
loin au nord, la plage de las Conchas, au pied d'un autre volcan aux
flancs de pierres rougeoyantes avec en toile de fond les petits îlots
de la Montaña Clara, du Roque del Oeste et au delà l'île
d'Alegranza.
Un amas de pierres marque
le sommet de la Montaña del Mojon. C'est parfait pour s'y poser et
contempler le panorama. C'est alors que j'entends aboyer. Quoi, un
chien dans le secteur ? Un berger par là ? Mais il n'y a
pas de chèvres sur l'île. Et pour cause : elles n'auraient
rien à manger. En fait ça vient par intermittence. En m'approchant
de mon sac posé à terre, je me rends compte que ça aboie davantage
et plus fort.
Si je m'éloigne, ça se calme un peu. Qu’est-ce que
c'est que cette affaire ? Qu’est-ce qui peut bien être sous
ce tas de pierres volcaniques ? On ne le saura jamais. Soit une
bestiole pas contente de ma présence, de la taille d'une souris -
mais je n'en connais pas qui aboient ! - ou plus probablement le
vent qui en s'engouffrant entre les pierres ciselées a donné
naissance à l'imitation parfaite d'un chien qui aboie. C'est ma
théorie.
Après la théorie, place
à la pratique. Monter en haut d'une montagne pour un panorama, c'est
bien, mais je ne me trimbale pas un parasol en vain. Avec ma vue
d'aigle, j'ai repéré un coin que je ne connaissais pas, formé
d'une espèce de plaine de sable comme un lac asséché tout au bord
de l'eau.
Un désert d'eau au milieu du désert. A vol d'oiseau j'y
serais en un coup d'aile. A pied, c’est plus compliqué, il faut
redescendre par là où je suis passé en prenant garde de ne pas
déraper sur ces pierres volcaniques toutes légères qui ont la
fâcheuse tendance à se dérober sous le pas. Ensuite, il faut
traverser la pampa, en contournant des petits buissons d'une plante
toute en grains. C'est un ensemble de boules vertes, grasses,
accrochées les unes aux autres comme sur un collier de perles. Et ça
fait des arbustes qui font des buissons larges parfois d'une dizaine
de mètres et hauts de plus de deux mètres.
La plaine de sable est en
fait formée d'un sable boueux qui colle à la tong, façon sable
mouvant. J'ai pris soin de contourner la chose pour me retrouver sur
une bande sableuse où d'autres ont aménagé des abris anti-vent
comme en on trouve un peu partout aux Canaries. Ce sont des espèces
de murets de pierres qui forment une enceinte au milieu de laquelle
on s'allonge. Ça coupe bien du vent, un peu trop parfois car on y
cuit alors, grillé par la réverbération des pierres volcaniques,
noires comme il se doit. Il n'empêche, cela me permet d'être aux
premières loges pour le spectacle de la marée montante.
La plaine
de sable se retrouve alors submergée pour former un délicieux lagon
fermé par la langue de sable où je me trouve. De quoi être
subjugué. Sans compter un cône volcanique qui orne les falaises de
Lanzarote comme une couronne juchée sur un coussin.
La fin d'après midi
offre un nouveau spectacle, celui de falaises dont on découvre
toutes les failles, toutes les nuances de couleur. Le village semble
écrasé en bas et on pourrait même penser que Lanzarote n'est que
la suite de la Graciosa. Mais de retour au village, le port nous
rappelle qu'on est bien sur une petite île. C’est la meilleure
heure pour les photos, celle où l'on peut jouir du dernier coucher
de soleil alors que tout le reste de l'Europe est déjà plongé dans
la nuit.














Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire