Je croyais qu'il n'y
avait pas de faune sur l'île autre que des oiseaux (mouettes,
goélands, tourterelles, hirondelles et un oiseau venu du Brésil
pour nicher) mais ce matin en ramenant la tente au camping j'ai fait
peur à un tout petit lapin gris comme la cendre. Ces derniers jours
le temps a évolué, pas en bien. C’est la raison pour laquelle
j'étais resté bien silencieux. Pendant deux jours on a eu un ciel
couvert par une bande de nuages qui arrivaient du nord et que les
falaises de Lanzarote déroutaient de leur parcours pour nous les
envoyer. Le reste de Lanzarote jouissait ainsi d'un temps ensoleillée
radieux.
De plus, avec le micro climat qui sévit sur ces îles, les
nuages se délitaient dès qu'ils avaient dépassé la Graciosa. Un
peu rageant. Avec un vent qui soufflait très fort, pas moyen d'aller
à aucune des plages. Du coup je m'étais réfugié au lagon de Playa
del Salado où je squatte un emplacement entouré de murets de
pierre, derrière une petite dune pile dans le sens du vent. On ne
peut pas s'y baigner car à cet endroit ce sont des rochers, mais ça
permet au moins de se reposer du vent, de lire et de laisser ses
pensées s'évader. Ça, c'est le matin. A midi, changement de cap,
le vent souffle d'est pour finir par le sud en fin de journée puis
rebelote l'est dans la nuit.
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| La Aguja Grande |
C'est la direction la pire, celle des
tempêtes de sable qui vous fouettent les chevilles et rentrent dans
la tente. On ne compte plus les tentes en charpies qui claquent au
vent comme un drapeau en lambeaux. Impossible de fermer l’œil,
même ma tente qui n’est qu'une moustiquaire me colle au sac de
couchage en claquant comme pour mieux me réveiller. J'ai donc pris
les mesures qui s'imposent. J'ai dégoté hier un coin sur la plage,
en contrebas d'une dune de sable aggloméré et érodée par la mer
qui a formé de petites falaises. Il y avait là un abris à vent en
ruine, je l'ai restauré et rehaussé. J'ai procédé aussi à un
nivellement et à un terrassement. Ça m'a bien demandé une heure
d'efforts à soulever des dalles de pierres presque insoulevables
mais la mission est accomplie.
La nuit dernière j'ai dormi dans mon antre et pas un brin de vent. Du coup, j'ai même eu trop chaud. En effet ce changement de climat coïncide avec des températures qui n'ont rien à voir avec celles des Canaries, qui d’ordinaire – et en plein mois d’août – ne dépassent jamais 27 degrés. Ici on a 33. Ça rend les mouches folles. Une fois qu’elles se sont posées sur vous (prédilection pour le trou de l'oreille, du nez ou le coin de l’œil), elles ne vous lâchent plus. Vous avec beau les chasser elles reviennent aussi sec pour se poser au même endroit. Un vrai cauchemar qui rend fou !
Enfin, question cauchemar, il y en a de bien plus grands. Cela fait maintenant 20 mois que j'ai arrêté de travailler, préférant aussi me désinscrire du chômage et rendre service à Hollande pour être plus libre d'aller où je veux sans avoir de comptes à rendre. C'est bien beau de voyager mais après tout ce temps tout cela me paraît presque normal. On s'habitue à tout, ainsi va la vie. J'en suis même venu à envisager de rechercher un travail au début de l'année prochaine. Si si. Oh, juste pour un an ou un an et demi, question de mettre uniquement de l’argent de côté et de repartir pour un tour de chômage en plus.
J'essaye de m'imaginer assis à un bureau, à subir les ordres, impératifs et brimades de supérieurs, le tout dans un temps chronométré et productif, avec le matin et le soir des transports en communs bondés, qui puent et qui sont là pour vous compliquer la vie. En imaginant, je me vois presque avoir la force d'endurer cela, si je sais que c’est pour un temps déterminé. Sauf que la nuit dernière j'en ai rêvé. Et là c’est de recrutement dont il était question. D'entretiens à poser des questions sous un œil de rapace qui vous scrute mieux qu'une machine à rayons X d’aéroport, pour me déstabiliser et juger de mes compétences techniques et managériales par des jeux de mises en situation dans lesquels je plongeais dans de grands silences ou bégaiements.
Une horreur totale qui se soldait pas une crise de stress et un échec évidemment. Je me suis réveillé dans une crise d'angoisse, heureux d'être au bord de l'eau derrière mon muret coupe vent. Depuis, c'est comme si de nouvelles vacances s'ouvraient à moi. Bref, rien de sûr de ce que je ferai par la suite.
La nuit dernière j'ai dormi dans mon antre et pas un brin de vent. Du coup, j'ai même eu trop chaud. En effet ce changement de climat coïncide avec des températures qui n'ont rien à voir avec celles des Canaries, qui d’ordinaire – et en plein mois d’août – ne dépassent jamais 27 degrés. Ici on a 33. Ça rend les mouches folles. Une fois qu’elles se sont posées sur vous (prédilection pour le trou de l'oreille, du nez ou le coin de l’œil), elles ne vous lâchent plus. Vous avec beau les chasser elles reviennent aussi sec pour se poser au même endroit. Un vrai cauchemar qui rend fou !
Enfin, question cauchemar, il y en a de bien plus grands. Cela fait maintenant 20 mois que j'ai arrêté de travailler, préférant aussi me désinscrire du chômage et rendre service à Hollande pour être plus libre d'aller où je veux sans avoir de comptes à rendre. C'est bien beau de voyager mais après tout ce temps tout cela me paraît presque normal. On s'habitue à tout, ainsi va la vie. J'en suis même venu à envisager de rechercher un travail au début de l'année prochaine. Si si. Oh, juste pour un an ou un an et demi, question de mettre uniquement de l’argent de côté et de repartir pour un tour de chômage en plus.
J'essaye de m'imaginer assis à un bureau, à subir les ordres, impératifs et brimades de supérieurs, le tout dans un temps chronométré et productif, avec le matin et le soir des transports en communs bondés, qui puent et qui sont là pour vous compliquer la vie. En imaginant, je me vois presque avoir la force d'endurer cela, si je sais que c’est pour un temps déterminé. Sauf que la nuit dernière j'en ai rêvé. Et là c’est de recrutement dont il était question. D'entretiens à poser des questions sous un œil de rapace qui vous scrute mieux qu'une machine à rayons X d’aéroport, pour me déstabiliser et juger de mes compétences techniques et managériales par des jeux de mises en situation dans lesquels je plongeais dans de grands silences ou bégaiements.
Une horreur totale qui se soldait pas une crise de stress et un échec évidemment. Je me suis réveillé dans une crise d'angoisse, heureux d'être au bord de l'eau derrière mon muret coupe vent. Depuis, c'est comme si de nouvelles vacances s'ouvraient à moi. Bref, rien de sûr de ce que je ferai par la suite.
J'ai ainsi rejoint la
tribu de ces voyageurs au long cours, ces gars à dreadlocks qui
vivent d'air et d'eau et qui vont là où le vent les pousse. Il y en
a quelques uns sur le camp, déjà là avant que je n'arrive. Un
noyau dur bien différent de ceux au look conformiste qui viennent le
temps d'un week-end ou pour quelques jours.
Il y a un australien de Cairns, une française, un polonais. L'un va ensuite au Sénégal, l'autre au Cap-Vert. Quand le cycle aura tourné sans doute. Au final, plutôt que de végéter quelque part en ville à faire la manche sur une plaque de bouche de métro à côté d'un gros chien qui pue ou au fond d'un HLM de banlieue hostile et morne sur fond de RSA, ils préfèrent s'exiler et vivre dans des contrées où la vie est moins chère. Ils ont bien raison. Ici je vis avec 15 euros par jour. Comme en Thaïlande. Certes je ne mange qu'une fois par jour. Non par souci d'économies mais parce que j'ai quelques kilos à perdre mal placés. Pour les alternatifs, ils finissent pour les plus riches d'entre eux à la bocateria, un genre de snack qui offre sandwichs, fajitas, hamburgers et platos combinados pour trois fois rien.
Pour ma part je préfère finir sur le port, à la Meson de la Tierra, à côté de mon pot de basilic. Les serveurs me reconnaissent à chaque fois et ne me servent même plus la carte mais me détaillent le menu du jour. Il est toujours convenable. Le menu est à prendre ou à laisser car il est sans choix possible mais un coup c’est potaje de lenteja ou ensalada mixta, suivis d'un pollo a la plancha ou d'un pescado empenado, pour finir en dessert par helado a la vanilla ou melon. Et chaque fois il y a match de foot. Ça débâtait sec hier soir entre Madrid et Barcelone, les frères ennemis.
Il y a un australien de Cairns, une française, un polonais. L'un va ensuite au Sénégal, l'autre au Cap-Vert. Quand le cycle aura tourné sans doute. Au final, plutôt que de végéter quelque part en ville à faire la manche sur une plaque de bouche de métro à côté d'un gros chien qui pue ou au fond d'un HLM de banlieue hostile et morne sur fond de RSA, ils préfèrent s'exiler et vivre dans des contrées où la vie est moins chère. Ils ont bien raison. Ici je vis avec 15 euros par jour. Comme en Thaïlande. Certes je ne mange qu'une fois par jour. Non par souci d'économies mais parce que j'ai quelques kilos à perdre mal placés. Pour les alternatifs, ils finissent pour les plus riches d'entre eux à la bocateria, un genre de snack qui offre sandwichs, fajitas, hamburgers et platos combinados pour trois fois rien.
Pour ma part je préfère finir sur le port, à la Meson de la Tierra, à côté de mon pot de basilic. Les serveurs me reconnaissent à chaque fois et ne me servent même plus la carte mais me détaillent le menu du jour. Il est toujours convenable. Le menu est à prendre ou à laisser car il est sans choix possible mais un coup c’est potaje de lenteja ou ensalada mixta, suivis d'un pollo a la plancha ou d'un pescado empenado, pour finir en dessert par helado a la vanilla ou melon. Et chaque fois il y a match de foot. Ça débâtait sec hier soir entre Madrid et Barcelone, les frères ennemis.
Ces derniers jours, comme
le temps était maussade, j'ai exploré les moindres recoins et
ruelles de Caleta del Sebo. Il y a bien des jardins dans les
courettes intérieures. On voit des arbustes fleuris et des palmiers
en sortir. Certains ont même couvert leur devant de porte de
bougainvillées, de lys, de jasmin, d’amaryllis et de géraniums
qui n'en peuvent plus. Ceux dont le pas de porte donne à l'ouest.
C'est apparemment le seul sens où le vent ne souffle pas. J'ai
regardé aussi comment ils construisent les maisons. Tout est fait
par des locaux. Ce sont des parpaings qu'ils recouvrent ensuite d'un
enduit fait maison. Il vont chercher du sable sur la plage qu'ils
ramènent dans des brouettes avant de le jeter à l'aide d'une pelle
dans la bouche d'une bétonneuse qui tourne poussivement en un
cliquetis proche de rendre l'âme, alimentée par un moteur à
essence.
Ils sortent de là une espèce de ciment qu'ils étalent à la taloche ce qui donne le relief si décoratif des murs des maisons. Ensuite une couche de peinture blanche et le tour est joué.
Ils sortent de là une espèce de ciment qu'ils étalent à la taloche ce qui donne le relief si décoratif des murs des maisons. Ensuite une couche de peinture blanche et le tour est joué.
En continuant mon tour je
suis tombé sur une discothèque ouverte le week-end et sans doute en
saison. Un truc bien insolite. J'ai trouvé aussi une boucherie Don
Cochon. Si si ! Ou encore une vieille voiture des années 20 sur
le toit plat d'un restaurant. Drôle d'idée ! Sinon j'ai trouvé
le postier. Il œuvre sur un quad de nain, on dirait un gag. Pour
finir ce tour des trouvailles, j'ai pris la direction du chenil pour
voir de quoi il retournait. C'est en fait la ferme du village.
C'est
un fourbi de cabanes délabrées, ou l'on tient captif un cheval, des
poules, des chèvres et un clebs enfermé dans un local sans fenêtre.
Les chèvres sont dans un petit enclos de terre battue et rebattue et
cherchent l'ombre au coin d''un muret. Elles sont toutes venues vers
moi dans un concert de bêlements de toutes tonalités. Ça allait du
cri aiguë strident à celui grave d'un vieux fumeur. Et au milieu
gisait fièrement des poules et un coq juché sur une queue de pelle
en chantant pendant que le clebs aveugle répondait depuis son trou
lugubre. Au début tout cela m'a amusé. Ça me rappelait panique à
la ferme de Gavdos. Mais quand j'ai vu l'état des chèvres, je me
suis plus senti dans un camp de concentration.
Visiblement elles ne reçoivent pas beaucoup de visite et de soins. Elles ont le poil hirsute et teigneux, et certaines sont maigres au point qu'elles n'ont plus qu'un ventre creusé qui se termine par les os de la colonne vertébrale et des gigots qui ont fondu. Elles ne venaient pas pour me dire bonjour mais parce qu'elles crèvent la dalle. J'avais envie de leur ramener un truc. Mais elles étaient une bonne cinquantaine et ça aurait été une goutte d'eau dans le désert de leur vie. Je ne comprends pas qu'on puisse détenir des animaux dans de telles conditions. Au moins les chèvres de Crète rachètent les autres des mauvais traitements. Elles vont à leur guise dans les montagnes et broutent ce qu'elles veulent.
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| Las Caletas |
Visiblement elles ne reçoivent pas beaucoup de visite et de soins. Elles ont le poil hirsute et teigneux, et certaines sont maigres au point qu'elles n'ont plus qu'un ventre creusé qui se termine par les os de la colonne vertébrale et des gigots qui ont fondu. Elles ne venaient pas pour me dire bonjour mais parce qu'elles crèvent la dalle. J'avais envie de leur ramener un truc. Mais elles étaient une bonne cinquantaine et ça aurait été une goutte d'eau dans le désert de leur vie. Je ne comprends pas qu'on puisse détenir des animaux dans de telles conditions. Au moins les chèvres de Crète rachètent les autres des mauvais traitements. Elles vont à leur guise dans les montagnes et broutent ce qu'elles veulent.
J'ai aussi eu dans l'idée
de visiter l'autre village de l'île, Pedro Barba, parce qu'il ne
reçoit la visite d'aucun touriste et doit donc être très
authentique. Mais j'ai rebroussé à mi chemin, fatigué de longer
une côte rocheuse en plein vent, harnaché comme à mon accoutumée.
Je voulais passer la journée à la plage de Las Caletas, question de
toutes les faire. Elle est située entre les deux villages. Seulement
elle est en plein vent, offre une langue de sable mince pour un accès
à un rivage bordé de rochers. Pas vraiment d'intérêt. Mais le
spectacle de La Aguja Grande derrière vaut le détour et offre une
paysage plein de nuances. Après avoir fait demi tour, je suis
retourné à Playa Francesa, exténué. Mais au moins là bas on peut
s'y baigner facilement dans une eau toujours aussi délicieuse et
cristalline.














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