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lundi 4 mai 2015

Destination La Graciosa !

Quelle joie de retrouver la petite île de La Graciosa qui mérité bien son nom ! Venant de Fuerteventura sans moyen de locomotion c'est un bout du monde à rejoindre. Il faut prendre un bateau, deux bus et encore un bateau. Rien de bien compliqué à vue de nez mais les horaires sont rares. Départ donc de Corralejo à 10:30 par le ferry de la compagnie Lineas Maritimas Romero. J'ai découvert cet outsider qui propose des tarifs abordables et deux fois moins chers que les tout puissants Armas et Fred Olsen. Ils ont certes moins de bateaux, des horaires plus sporadiques et n’embarquent pas les voitures mais leurs bateaux donnent le sentiment de partir en excursion.
Orzola
En 45 minutes on rejoint Playa Blanca, au sud de Lanzarote. Là, un guichet de la même compagnie permet d'acheter ses billets pour La Graciosa. Seulement le port de départ est de l'autre côté de l'île, tout au nord. La fille derrière sa caisse : « Vous avez une voiture pour rejoindre Orzola ? - Non, mais il y a le bus . Un pour Arrecife puis un autre pour Orzola !» Regard interloqué de la fille d'un air de dire « il est fou » ! En effet, on ne peut pas dire qu'il faille être pressé. Et j'étais bien le seul touriste dans les bus. Un bus par heure de Playa Blanca à Arrecife, il ne faut pas le louper. Le mien passera à midi. Tout est conforme au circuit que j'avais concocté en regardant sur internet. L'arrêt de bus est juste au dessus du port, au rond point à droite. 
Il faut prendre la ligne 6 ou 60. Reste ¾ d'heure avant le passage du bus que j'occupe à lire un numéro du Canard Enchaîné daté … de mi-mars !
Je suis chargé comme une bourrique. Le gros sac à dos pour le matériel de camping et les vêtements, un sac à dos de jour pour le bordel électronique que je porte accroché à une épaule, un sac avec l'oreiller dans une main, le parasol en bandoulière sur l'autre épaule et un sac à provisions et bouteille d'eau dans l'autre main. Et pourtant je voyage léger ! Mais c'est encore trop. Pour rentrer dans le bus j'ai l'impression d'être une boule de bowling dans un jeu de quilles. Je dégomme tout ce qui dépasse de l'allée centrale. 
3,6 euros pour Arrecife et une heure de route pas rectiligne, pleine de détours pour déposer des petits vieux qui vivent dans des villages blancs au pied de volcans endormis grenats, ocres ou oranges. Le mélange des couleurs va à ravir, avec en plus des touches de bleu ou de vert pour les embrasures des portes et fenêtres. Rajoutez à cela des palmiers à chaque coin de rue et vous avez la carte postale parfaite d'un village des Canaries. Ce ne serait pas l'Atlantique, on remplacerait les palmiers par des oliviers et on pourrait se croire en Grèce. Avec le bus, c’est no stress. Pas de risque d'accrochage, on peut passer tout son temps le nez à la vitre. Je n'en perd pas une miette, m'efforçant de garder l’œil ouvert malgré une douce torpeur qui me gagne.
La station de bus d'Arrecife est en périphérie, il n'y a rien autour. Il est 13 heures, l’heure du déjeuner et le prochain bus pour Orzola est à 15h30. De quoi me laisser du temps pour partir en prospection d'une cafétéria, terme différent de par chez nous, qui désigne en fait un bar qui propose une nourriture simple pour dépanner qui s'apparente à un snack. Au final après avoir un peu tourné en rond dans des rues en travaux dans un quartier d'immeubles sans commerce, j'ai fini par trouver un truc près d'un centre commercial, dans une rue calme. La cafétéria est à la bonne franquette comme beaucoup de restaurants en Espagne. On ne fait pas dans la déco, tout est rustique et fonctionnel. 
Cap nord de Lanzarote
Des chaises et tables en bois vernies et revernies, une télé grand écran au fond qui marche en permanence dans l'attente du prochain match de foot et une machine pour jouer à des jeux électroniques qui gargouillent, sifflent ou hurlent selon le score obtenu. Deux ou trois habitués au comptoir, occupés à lire les dernières nouvelles pendant qu'une femme est en plein débat avec le serveur qui fait aussi cuisinier et qui délaisse ses fourneaux une spatule à la main qu'il agite dans tous les sens pour marquer la force de ses propos. Ces deux là ne sont pas d'accord, ça lève le ton, ça s'engueule, pas sûr que mon plato combinado arrive bien vite. C’est pas grave, j'ai le temps, je suis dans l'ambiance.
J'ai commandé œuf au plat, bacon, frites et salade le tout accompagné d'une bière. 
Pour à peine 5 euros. A ce prix en France vous n'avez même pas un sandwich. Après le repas, j'ai profité d'un Spar dans le coin pour m'alourdir un peu plus, question de pique niquer ce soir sur la plage une fois que je serai arrivé à La Graciosa. J'ai débarqué dans le supermarché avec tout mon harnachement, comme un SDF, sous l’œil méfiant des caissières qui ne m'ont pas lâché, pensant certainement que je venais voler quelque chose.
Autre bus, même style, même tarif, même durée. Il ne faut pas s'inquiéter si le bus ne suit pas la bifurcation pour Orzola et file tout droit. C'est normal, ça fait partie du programme. L'occasion de libérer un chien en soute qui patientait sagement en rond dans sa caisse dans laquelle il était monté de bon cœur à Arrecife sans que son maître ne lui dise rien. 
Le clebs avait assimilé que le trajet Arrecife-sa niche se faisait en montant dans sa caisse placée en soute ! Il frétillait de la queue d’ailleurs tellement il était content de rentrer chez lui. Qui a dit que les animaux n'étaient pas capables de se projeter dans le futur ?
Orzola est un village perdu au pied d'une haute falaise basaltique, avec des maisons basses toutes blanches qui semblent avoir fondu sous le soleil comme une glace à la vanille et des barcasses miniatures qui donnent au port un air de jouet. Tout s'enchaîne bien, le ferry est 30 mn plus tard. Compter 25 minutes de traversée. Je n'avais pas remarqué la dernière fois mais au nord de la Graciosa il y a une autre île avec de grandes falaises. 
C'est Alegranza. Une île inhabitée sans doute, à part par quelques oiseaux migrateurs qui font la traversée Amérique du Sud-Europe. Si si, il y en a ! Nous sommes trois sur le ferry. Normal, les gens qui vont à la Graciosa y vont passer la journée. Moi, je fais tout à contre courant. Je me retrouve donc avec les locaux. Et il n'y en a plus beaucoup !
Le petit village blanc, Caleta del Sebo apparaît au détour d'un cap vertigineux qui marque la pointe de Lanzarote. C'est un village de pêcheur, la capitale de La Graciosa ! Il y en a un autre plus au nord, plus petit encore, Pedro Barba, que je ne manquerai pas cette fois de visiter. En 10 jours je vais bien trouver le temps. 
D'ailleurs je ne pense même pas louer une bicyclette. Le plus loin à marcher se rejoint en moins de deux heures. Et puis l'île est recouverte de sable où le vélo reste souvent bloqué. Mais pour l'heure, direction Playa del Salado, au sud-ouest du village où se trouve le seul camping de l'île, administré par les parcs nationaux espagnols. Pour réserver un emplacement, il suffit d'aller sur leur site et de remplir un formulaire. Les emplacements prennent place au milieu de petites dunes avec des arbustes épineux ras. Le camping y est gratuit et à l'entrée on trouve un bloc de sanitaires à la Tarutao, avec eau froide et chiottes déglinguées aux portes vermoulues. Je pensais y être quasiment seul, c'est en fait comme une petite communauté qui vit là, bien implantée. On est une trentaine. 
L'ambiance me rappelle beaucoup Gavdos, le décor aussi. C’est un des ces coins de robinsonnade que j'affectionne. L'emplacement 44 que j'ai réservé est bien là. Il est dans un angle, en limite de plage et j'ai installé ma tente moustiquaire dans le creux d'une dune. Je vais y être bien. J'ai trouvé un autre petit bout du monde où l'on se retrouve en harmonie avec soi même et la nature, bercé par le clapotis des vaguelettes, le froissement d'une aile d'hirondelle et le cri d'un goéland au loin qui cherche son poisson. Et le cadre ! Avec les falaises géantes de Lanzarote toutes proches qui semblent nous veiller comme des dieux. Je sais pourquoi j'avais envie de revenir à La Graciosa. J'ai mes adresses fétiches !

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