Quelle joie de retrouver
la petite île de La Graciosa qui mérité bien son nom ! Venant
de Fuerteventura sans moyen de locomotion c'est un bout du monde à
rejoindre. Il faut prendre un bateau, deux bus et encore un bateau.
Rien de bien compliqué à vue de nez mais les horaires sont rares.
Départ donc de Corralejo à 10:30 par le ferry de la compagnie
Lineas Maritimas Romero. J'ai découvert cet outsider qui propose des
tarifs abordables et deux fois moins chers que les tout puissants
Armas et Fred Olsen. Ils ont certes moins de bateaux, des horaires
plus sporadiques et n’embarquent pas les voitures mais leurs
bateaux donnent le sentiment de partir en excursion.
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| Orzola |
En 45 minutes on rejoint
Playa Blanca, au sud de Lanzarote. Là, un guichet de la même
compagnie permet d'acheter ses billets pour La Graciosa. Seulement le
port de départ est de l'autre côté de l'île, tout au nord. La
fille derrière sa caisse : « Vous avez une voiture pour
rejoindre Orzola ? - Non, mais il y a le bus . Un pour
Arrecife puis un autre pour Orzola !» Regard interloqué de la
fille d'un air de dire « il est fou » ! En effet, on
ne peut pas dire qu'il faille être pressé. Et j'étais bien le seul
touriste dans les bus. Un bus par heure de Playa Blanca à Arrecife,
il ne faut pas le louper. Le mien passera à midi. Tout est conforme
au circuit que j'avais concocté en regardant sur internet. L'arrêt
de bus est juste au dessus du port, au rond point à droite.
Il faut
prendre la ligne 6 ou 60. Reste ¾ d'heure avant le passage du bus
que j'occupe à lire un numéro du Canard Enchaîné daté … de
mi-mars !
Je suis chargé comme une
bourrique. Le gros sac à dos pour le matériel de camping et les
vêtements, un sac à dos de jour pour le bordel électronique que je
porte accroché à une épaule, un sac avec l'oreiller dans une main,
le parasol en bandoulière sur l'autre épaule et un sac à
provisions et bouteille d'eau dans l'autre main. Et pourtant je
voyage léger ! Mais c'est encore trop. Pour rentrer dans le bus
j'ai l'impression d'être une boule de bowling dans un jeu de
quilles. Je dégomme tout ce qui dépasse de l'allée centrale.
3,6
euros pour Arrecife et une heure de route pas rectiligne, pleine de
détours pour déposer des petits vieux qui vivent dans des villages
blancs au pied de volcans endormis grenats, ocres ou oranges. Le
mélange des couleurs va à ravir, avec en plus des touches de bleu
ou de vert pour les embrasures des portes et fenêtres. Rajoutez à
cela des palmiers à chaque coin de rue et vous avez la carte postale
parfaite d'un village des Canaries. Ce ne serait pas l'Atlantique, on
remplacerait les palmiers par des oliviers et on pourrait se croire
en Grèce. Avec le bus, c’est no stress. Pas de risque
d'accrochage, on peut passer tout son temps le nez à la vitre. Je
n'en perd pas une miette, m'efforçant de garder l’œil ouvert
malgré une douce torpeur qui me gagne.
La station de bus
d'Arrecife est en périphérie, il n'y a rien autour. Il est 13
heures, l’heure du déjeuner et le prochain bus pour Orzola est à
15h30. De quoi me laisser du temps pour partir en prospection d'une
cafétéria, terme différent de par chez nous, qui désigne en fait
un bar qui propose une nourriture simple pour dépanner qui
s'apparente à un snack. Au final après avoir un peu tourné en
rond dans des rues en travaux dans un quartier d'immeubles sans
commerce, j'ai fini par trouver un truc près d'un centre commercial,
dans une rue calme. La cafétéria est à la bonne franquette comme
beaucoup de restaurants en Espagne. On ne fait pas dans la déco,
tout est rustique et fonctionnel.
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| Cap nord de Lanzarote |
Des chaises et tables en bois
vernies et revernies, une télé grand écran au fond qui marche en
permanence dans l'attente du prochain match de foot et une machine
pour jouer à des jeux électroniques qui gargouillent, sifflent ou
hurlent selon le score obtenu. Deux ou trois habitués au comptoir,
occupés à lire les dernières nouvelles pendant qu'une femme est en
plein débat avec le serveur qui fait aussi cuisinier et qui délaisse
ses fourneaux une spatule à la main qu'il agite dans tous les sens
pour marquer la force de ses propos. Ces deux là ne sont pas
d'accord, ça lève le ton, ça s'engueule, pas sûr que mon plato
combinado arrive bien vite. C’est pas grave, j'ai le temps, je
suis dans l'ambiance.
J'ai commandé œuf au
plat, bacon, frites et salade le tout accompagné d'une bière.
Pour
à peine 5 euros. A ce prix en France vous n'avez même pas un
sandwich. Après le repas, j'ai profité d'un Spar dans le coin pour
m'alourdir un peu plus, question de pique niquer ce soir sur la plage
une fois que je serai arrivé à La Graciosa. J'ai débarqué dans le
supermarché avec tout mon harnachement, comme un SDF, sous l’œil
méfiant des caissières qui ne m'ont pas lâché, pensant
certainement que je venais voler quelque chose.
Autre bus, même style,
même tarif, même durée. Il ne faut pas s'inquiéter si le bus ne
suit pas la bifurcation pour Orzola et file tout droit. C'est normal,
ça fait partie du programme. L'occasion de libérer un chien en
soute qui patientait sagement en rond dans sa caisse dans laquelle il
était monté de bon cœur à Arrecife sans que son maître ne lui
dise rien.
Le clebs avait assimilé que le trajet Arrecife-sa niche
se faisait en montant dans sa caisse placée en soute ! Il
frétillait de la queue d’ailleurs tellement il était content de
rentrer chez lui. Qui a dit que les animaux n'étaient pas capables
de se projeter dans le futur ?
Orzola est un village
perdu au pied d'une haute falaise basaltique, avec des maisons basses
toutes blanches qui semblent avoir fondu sous le soleil comme une
glace à la vanille et des barcasses miniatures qui donnent au port
un air de jouet. Tout s'enchaîne bien, le ferry est 30 mn plus tard.
Compter 25 minutes de traversée. Je n'avais pas remarqué la
dernière fois mais au nord de la Graciosa il y a une autre île avec
de grandes falaises.
C'est Alegranza. Une île inhabitée sans doute,
à part par quelques oiseaux migrateurs qui font la traversée
Amérique du Sud-Europe. Si si, il y en a ! Nous sommes trois
sur le ferry. Normal, les gens qui vont à la Graciosa y vont passer
la journée. Moi, je fais tout à contre courant. Je me retrouve donc
avec les locaux. Et il n'y en a plus beaucoup !
Le petit village blanc,
Caleta del Sebo apparaît au détour d'un cap vertigineux qui marque
la pointe de Lanzarote. C'est un village de pêcheur, la capitale de
La Graciosa ! Il y en a un autre plus au nord, plus petit
encore, Pedro Barba, que je ne manquerai pas cette fois de visiter.
En 10 jours je vais bien trouver le temps.
D'ailleurs je ne pense
même pas louer une bicyclette. Le plus loin à marcher se rejoint en
moins de deux heures. Et puis l'île est recouverte de sable où le
vélo reste souvent bloqué. Mais pour l'heure, direction Playa del
Salado, au sud-ouest du village où se trouve le seul camping de
l'île, administré par les parcs nationaux espagnols. Pour réserver
un emplacement, il suffit d'aller sur leur site et de remplir un
formulaire. Les emplacements prennent place au milieu de petites
dunes avec des arbustes épineux ras. Le camping y est gratuit et à
l'entrée on trouve un bloc de sanitaires à la Tarutao, avec eau
froide et chiottes déglinguées aux portes vermoulues. Je pensais y
être quasiment seul, c'est en fait comme une petite communauté qui
vit là, bien implantée. On est une trentaine.
L'ambiance me
rappelle beaucoup Gavdos, le décor aussi. C’est un des ces coins
de robinsonnade que j'affectionne. L'emplacement 44 que j'ai réservé
est bien là. Il est dans un angle, en limite de plage et j'ai
installé ma tente moustiquaire dans le creux d'une dune. Je vais y
être bien. J'ai trouvé un autre petit bout du monde où l'on se
retrouve en harmonie avec soi même et la nature, bercé par le
clapotis des vaguelettes, le froissement d'une aile d'hirondelle et
le cri d'un goéland au loin qui cherche son poisson. Et le cadre !
Avec les falaises géantes de Lanzarote toutes proches qui semblent
nous veiller comme des dieux. Je sais pourquoi j'avais envie de
revenir à La Graciosa. J'ai mes adresses fétiches !











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