Les températures
continuent sur leur lancée. Après les « que frio !» des
dernières nuits les locaux en sont à « que calor ! ».
Bref soit pas assez, soit trop, mais jamais comme il faut. Qu'à cela
ne tienne, c'est la journée idéale pour aller voir cette fameuse
plage du nord de l'île, la plus éloignée du village d'entre
toutes, et donc la moins visitée. Pour cela, je suis allé sur le
port pour louer une bicyclette. Ce n'est le choix qui manque, il y a
plusieurs sociétés qui descendent leurs vélos sur le port tous les
matins. Mine de rien, c’est un sacré boulot. Ils descendent en
pédalant avec un autre tenu à côté à bout de bras. Ils font
ainsi des allées et venues tous les jours, vélo par vélo et
rebelote le soir.
J'ai choisi une société qui a des vélos avec un
panier devant pour y loger mon fourbi. Si le périple peut au moins
pour une fois me soulager les épaules et les mains...
La première compagnie
qui est passée par là sera la bonne. La vendeuse, rompue à la
vente, a tout de suite repéré que je lorgnais du coin de l’œil
des vélos, l'air de rien. Elle m'a d'emblée proposé un des siens.
Question formalités, il vaut mieux louer un vélo qu'une voiture !
Juste un papelard où l'on met son nom et où l'on signe. Pas de
coordonnées à saisir, pas d'empreinte de carte bleue, rien, roule
ma poule ! « Vous n'aurez qu'à le laisser là en fin de
journée – A quelle heure ? – Les journées se terminent à
19 heures ».
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| C'est parti! |
Sur quoi, elle m'a remis un plan de l'île - en
allemand ! - en me conseillant d'aller faire un tour de pédales
au nord de l'île. Il va faire très chaud, me prévient-elle, aussi
il faut bien mettre de la crème et boire beaucoup. A ce titre, il
faut faire le plein au village, sur les plages là bas, il n'y a pas
de facilités. Merci, je suis au courant, c'est d'ailleurs bien pour
ça que je suis ici. Avec tout ça on en aurait oublié de payer !
C'est combien ? Elle aurait pu me dire le prix qu'elle voulait
maintenant que l'affaire était conclue et que rien n'est affiché.
Mais elles est honnête. 8 euros pour la journée, c’est correct.
Je l'ai joué tactique, pressant le pas à l'approche d'un ferry
chargé de touristes qui s'apprêtait à accoster. J'ai ainsi gagné
du temps, en étant en plus l'un des premiers sur les pistes et donc
sans intrus bouche paysage devant.
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| Playa Las Conchas |
Les fruits et la
bouteille d'eau dans le panier, ainsi que le sac à dos, le parasol
calé le long du cadre et coincé dans un câble du frein arrière,
l’appareil photo en bandoulière, me voilà prêt à en découdre.
Ça commence bien, par une montée ! Les vitesses marchent bien
heureusement. Moins le panier qui penche bizarrement beaucoup vers
l'avant et frotte la roue à chaque bosse ce qui a pour effet de me
freiner un peu. Et des bosses, il y en a beaucoup ! On ne s'en
rend pas compte quand on marche, mais le sol est plein de pierres
enfouies mais surtout de ces espèces de vaguelettes causées par les
passages réguliers des 4x4. Bonjour le dos ! C'est à en s'en
faire décrocher un plombage.
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| Playa del Ambar |
Aussi, l'astuce consiste à rouler sur
le bord de la piste. Sauf qu'ils sont parfois couverts de sable et là
c’est le gadin assuré. Le vélo commence par ralentir sec avant de
faire des embardées. Si on contrôle mal son engin il peut finir en
travers et nous désarçonner. C’est pour cela que plus que les
bosses, je me méfie des passages ensablés que j'essaye de repérer
de loin pour les esquiver.
La bifurcation pour le
nord de l'île se prend juste avant la plage de Las Conchas. J'y ai
fait un saut question de la voir encore une fois. Passer si près et
l'ignorer serait un crime. La piste pour le nord passe devant Montaña
Bermeja avant de rentrer dans une zone strictement protégée où
l'on n'a pas le droit de quitter la piste, même à pied.
Sans doute
parce que la région devient plus verte et se pare de petites
arbustes aux feuilles vert tendre minuscules et aux tiges qui ont
l'air gonflées à l'hélium. S'ensuit une zone de dunes où le sable
gagne la piste. Puis se dévoile Playa del Ambar dans une belle anse
enserrée de dunes de sable blanc qui se prolongent jusqu'au pied des
volcans. Par contre la plage n’est praticable qu'à marée haute,
comme beaucoup d'autres sur l'île. Ce qui laisse en fait seulement
deux plages propices à la baignade à toute heure de la journée :
Las Conchas et Francesa. C'est pas grave, je vais quand même y
passer un moment, question de me reposer et de boire un coup.
Il n'y
a personne sur la plage, mais je fais quand même dans la difficulté,
ayant repéré un coin de l'autre côté avec semble t-il un coin de
sable qui plonge dans la mer. Pour le rejoindre il faut continuer la
piste qui à ce stade contourne la plage en prenant un peu de
hauteur, dans les dunes, et se retrouve complètement ensablée.
Impossible de rouler là dedans, il faut pousser le vélo. Ça
n’arrête pas pour autant les jeeps d'excursions marquées
« Graciosa safari », avec des touristes à bord tout
appareil photo dehors, vêtus de chemises beiges et de chapeaux du
même acabit comme s'ils faisaient un safari dans le Sahara. Il est
vrai qu'il est n’est pas bien loin, juste en face !
Le sable des dunes est
constellé de coquillages plus ou moins fossilisés, blancs ou qui
prennent la couleur du sable congloméré dans des nuances rosées.
En marchant là dessus pour rejoindre le bord de l'eau ça crisse
sous les pieds et ça me désole de détruire un écosystème si
fragile en traînant mon vélo à côté. Sur la plage il n'y a pas
un brin de vent. Aujourd'hui il souffle de l'est et les montagnes
forment une barrière naturelle. Pas besoin donc de chercher un
relief pour poser le parasol. De toute façon il n'y en a pas, la
plage est toute plate. Ma mini crique d'accès à l'eau n'est qu'un
leurre. J'arrive pile à la fin. Le temps de faire une petite sieste
pour me remettre de la balade (1h30 que je fais du vélo quand même)
et les rochers étaient à découvert.
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| Pedro Barba |
Question baignade, trop tard.
Ce qui me fait pencher pour retourner à Las Conchas. Mais il est à
présent midi et sorti du parasol ça cogne trop pour envisager quoi
que ce soit, et surtout pas un périple à pousser un vélo dans le
sable. Il faudra donc attendre plus tard. Et puis, ainsi, je vais
déjeuner ici et me délester de quelques kilos qu'il vaut mieux
avoir dans le ventre qu'à trimbaler.
Je n'avais pas fait gaffe
mais la piste ne s'arrête pas à cette plage. En continuant elle
mène à l'autre village, Pedro Barba et permet de rejoindre Caleta
del Sebo dans une boucle qui fait le tour de La Aguja Grande. Dès
lors, l'idée me taraude. Pourquoi revenir à Las Conchas et finir la
journée en revenant sur mes pas alors que je peux continuer en
explorant des territoires que je ne connais pas encore ?
Ce
serait bête d'avoir un vélo et de ne pas en profiter. Et puis c’est
l'occasion rêvée pour visiter ce village de Pedro Barba qui est
trop loin à pied pour s'y rendre de Caleta del Sebo. La chose est
entendue, il n'y aura pas de Playa Las Conchas et donc de baignade
aujourd'hui. D'autres bains m'attendent en Crète et ailleurs, je ne
vais pas pleurer pour une journée sans baignade. Et puis comme ça,
no stress, j'attends 16 heures qu'il fasse moins chaud et que la
lumière soit plus douce pour continuer mon périple.
Et je ne regrette pas mon
choix. Pedro Barba est un petit village délicieux qui se découvre
du haut de la piste, pile face au cap de Lanzarote avec le village
d'Orzola en arrière plan.
C’est un village plongé dans une oasis
de palmiers et qui contraste fortement avec Caleta del Sebo, plus
aride. Je m'attendais à des bicoques de poupée, délabrées, avec
des pécheurs bourrus occupés à raccommoder un filet des bottes au
pied, c’est tout le contraire. Le village est un village fantôme
où seule une maison est occupée. La moins belle. Le reste est
constitué d'une dizaine de propriétés qui semblent toutes
importées des Cyclades. Visiblement ce sont des résidences
secondaires. Elles sont pleines de jardin de cactus et de
bougainvillées qui n'en peuvent plus. Tout cela semble très bien
entretenu et arrosé et pourtant il n'y a personne. Les plantes
poussent là comme elles veulent.
Pas besoin d'arroser, c'est le
jardin parfait, complètement adapté au climat de ces îles. Les
maisons sont simples mais rutilantes. Des coups de cœur assurés. Ce
sont des maisons blanches aux murs tordus, avec de belles ouvertures
et terrasses face à la mer. Il y a même un petit port sans aucun
bateau qui fait office de plage où se baignent une demie-douzaine de
cyclistes qui en profitent pour se rafraîchir. Aucun bruit à la
ronde, pas de chien, un village sans commerce. Juste un coin où
venir s'isoler au bout du monde pendant les vacances. Je me verrais
bien y vivre à demeure dans une maison pareille. J'ai bien fait de
visiter Pedro Barba. C'est une bonne surprise et ça aurait été
dommage de quitter la Graciosa sans voir ce coin.
Pour terminer la boucle
qui retourne sur Caleta del Sebo, la piste grimpe sur les flancs du
volcan. Ça grimpe sec, obligé de pousser le vélo dans la côte.
Mais de l'autre côté, ça file tout droit en descente jusqu'à un
embranchement à côté du village. Il n'y a même pas à pédaler,
juste à se laisser aller. La piste longe des jardins potagers qui me
surprennent par leur luxuriance. J'ignorais qu'il y en avait autant
sur l'île. Si ça se trouve les fruits et légumes que je déguste
le midi au pique-nique sont cultivés ici. Je suis sûr que les
guides de voyage disent qu'il n'y a rien à faire à la Graciosa,
comme ils le disent si bien de Gavdos. Ça va faire 10 jours que je
suis là et j'en découvre encore !














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