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samedi 9 mai 2015

Montaña Amarilla

A force d'écrire le matin toujours au même endroit, j'ai fini par me faire repérer. D'abord discret les jours précédents, me jaugeant du haut de son toit blanc et plat, c'est un chat qui m'a accueilli ce matin dans une effusion de câlins. Il était tout chaud, ça m'a bien réchauffé du petit vent frais du matin. Si je suis fâché avec les chiens, ce n'est pas le cas des chats qui m'adorent et sentent bien que je les aime. C'est un bon gros chat fauve et rayé, un garfield, qui ne demande rien d'autre que de l'affection. Son truc, c'est le grattouillage de tête. Il n'en finit plus de se la frotter à une main, un bras, une hanche, tout ce qui offre une protusion, en se contorsionnant pour plus de plaisir. 
A l'heure où j'écris il est en position du sphinx, blotti contre moi. J'ai un polaire transformé en ces espèces de brosses adhésives pour enlever les poils. C'est comme si j'avais une doublure fourrure. Un chat affectueux certes, mais qui perd ses poils. C’est pas de sa faute s'il a le poil trop long. Mais il doit crever de chaud là dedans, surtout aux Canaries !

Le sud de la Graciosa n'en finit plus de remporter mes faveurs. Il faut dire que le vent souffle du nord depuis plusieurs jours et ne me pousse pas trop pour l'instant à aller voir ce qui se passe du côté nord. Je termine l'exploration du sud aujourd'hui par la Montaña Amarilla, ce volcan de 172 mètres d'altitude que vous avez pu apercevoir les autres jours sur les clichés puisque que c'est le volcan du bout de l'île, celui que l'on voit derrière Palaya Francesa ou plus encore qui surplombe directement Playa de la Cocina.  


Playa Francesa
Tout comme sa sœur la Montaña Bermeja au nord ouest qui domine Playa de las Conchas, c'est une montagne rougeoyante mais qui ne dispose pas de sentier officiel pour y grimper. Qu'à cela ne tienne, je me fie à mon intuition. Il suffit de repérer le côté par là où c’est le moins pentu. Pour ce faire il faut traverser l'île en franchissant de nombreuses ravines, directement dans la caillasse. Après, une fois sur l'épine dorsale de La Graciosa, les choses deviennent plus évidentes car on repère aisément une trace.

L'ascension est l'occasion d’apprécier le paysage dans toute sa splendeur. L'île offre ses atours sur 360 degrés. Playa Francesa et ses eaux translucides étincelle en contre-bas tandis que le lagon de Playa del Salada se déploie avec le village de Caleta del Sebo juste derrière avec au fond les falaises de Lanazarote. 
C'est de ce sommet que vous aurez la plus belle vue sur l'île. Le sentier est très érodé et ce n'est que du petit gravillon de roches volcaniques, léger et qui vole sous le pas. Encore une occasion de se casser la gueule. A la montée ça va, c’est à la descente que les chose se gâtent, comme c’est souvent le cas. Il n'y a pas de sommet à proprement parler sur cette montagne. Ce qui semble être une table d'en bas n'est en fait qu'un demi anneau tout plat, avec le centre du cratère effondré côté ouest. Il ne reste donc plus qu'un demi volcan. La couronne n'est pas bien large, juste de quoi avancer comme sur un fil, après ça descend en pente abrupte d'un côté comme de l'autre. 


Le vent souffle de plus en plus à mesure qu'on se rapproche de la pointe de l'île (Punta del Pobre), de sorte que j'ai préféré ne pas aller au bout, des bourrasques m'ayant déjà déstabilisé à plusieurs reprises.

Pendant que je contemple l'île tel un aigle, je pense à ceux qui sont restés en bas sur la plage. L'ascension n'a rien de très terrible, ils ne savent pas ce qu'ils ratent. Les gens viennent à la Graciosa pour les plages mais en oublient de visiter ses volcans qui font pourtant tout son charme. Ce manque de curiosité m'a toujours étonné. En une heure et demie à peine j'avais fait l'aller et retour depuis Playa Francesa. 
Et puis ça coupe une journée plage, offrant plus de fantaisie que les allées et venues serviette-baignade. Mais bon, tant mieux pour moi, ça me permet de me retrouver seul là haut à méditer dans une quiétude absolue. Il y a juste le souffle du vent et le le bruit des vagues que l'on perçoit d'ici dans un murmure.

Pour Playa Francesa il y a aussi un service de jeeps pour déposer les gens. C'est fâcheux. Ça va attirer de plus en plus de monde. Certes c'est tentant pour un pécheur de l'île, ça lui permet de mettre du beurre dans les poulpes. En plus tout cela est à la bonne franquette, chacun propose sa jeep et à mon avis tout se fait au black. 
Mais ce que j'ai peur, c'est qu'avec le temps des mini bus s'installent avec deux lignes : une pour Playa Las Conchas et l'autre pour Playa Francesa, les deux plus visitées. Et là ce sera la mort du caractère si particuliers de cette petite île. Déjà le village s'est nettement étendu en 5 ans et ils continuent à bâtir de nouvelles maisons. Je crains que d'ici quelques années, ce petit paradis perde son âme comme un peu partout dans le monde...

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