J'ai
découvert un endroit formidable où camper. C'est sur la route vers
Psarades. Arrivé à un col, il y a une petite chapelle avec des
tables de pique nique disposées à l'ombre et une fontaine qui
délivre une eau un peu verdâtre qui ne m'a pas fait très bonne
impression. De là part un chemin qui longe la crête de la colline
jusqu'à un relais d'antenne à travers une forêt épaisse bien
sauvage. Le chemin est carrossable en roulant lentement, bien que ce
soit à la base un sentier de randonnée. Après un kilomètre
environ, on arrive à une zone dégagée qui offre un replat avec une
vue sur les deux lacs. Il y a une espèce de cabane de travaux en
plastique. C'est là.
Tranquillité absolue. Qui plus est, on est aux
premières loges pour effectuer la randonnée le lendemain matin.
Par contre, si le relais a l'air très proche, c'est très long pour
y arriver. Car le chemin ne cesse de faire des lacets aux longs
virages. Il ne grimpe jamais. Donc, comme à mon accoutumée, au lieu
de marcher en tournant autour du pot, je suis parti dans les herbes
folles pour couper, en faisant très attention où je mettais les
pieds, tapant du talon à chaque fois. Car je ne cesse de voir des
serpents dont je ne sais jamais s'ils sont venimeux ou non. Je
préfère ne pas tester. Ils pullulent, j'en ai même écrasé un sur
une route qui a dû mourir dans d'horribles souffrances car je l'ai
vu dans le rétroviseur se retourner pour voir pourquoi l'arrière ne
suivait plus.
![]() |
| Aghios Germanos |
Parfois je m'arrête sur le bas côté pour pisser et
en ouvrant la portière j'ai droit à une tête avec une langue
fourchue qui me regarde. Il faut avoir le cœur bien accroché. C'est
le seul danger que j'ai croisé. Car même s'il y a de nombreux
panneaux indiquant la traversée probable d'ours, je n'en ai pas vu
un seul, à ma grande déception. Ceci dit, ce n'est pas plus mal, je
n'ai pas à m'inquiéter d'une visite nocturne pendant mon sommeil.
Je
pensais avoir une vue panoramique imprenable sur les lacs du haut du
relais. Il faut se contenter d'en apercevoir que quelques pans entre
des arbres, les collines en cachant d'autres. En plus, comme on est
davantage en altitude, le bas paraît dans une brume bleutée.
L'avantage c'est de se balader dans une nature sauvage pleine de
fleurs et de chants d'oiseaux. Un petit paradis terrestre.
Descendu
de là, j'ai suivi les conseils des deux retraités d'hier et je me
suis rendu au petit village d'Aghios Germanos pour admirer cette
chapelle dont ils ne tarissaient pas d'éloge. J'ai eu du mal à en
trouver l'entrée. Il y a une petite chapelle qui jouxte un bâtiment
plus grand. J'ai cru que cette petite enclave était la nef,
construite à une époque plus ancienne. J'ai donc essayé de
pénétrer dans le bâtiment plus grand mais je n'ai pas trouvé
d'entrée qui face entrée d'église, il y avait des petites portes
comme si on rentrait dans une ferme.
Il se trouve en fait que la
chapelle à visiter c'est le petit truc, qu'il faut contourner pour
trouver une porte où il faut se pencher bien bas pour y passer.
L'intérieur est richement décoré, pas un espace n'est inutilisé.
On ne sait pas trop comment s'orienter là dedans. C’est toujours
un peu surprenant de rentrer dans une chapelle orthodoxe. Il n'y a
rien. Deux chaises et puis c'est tout, il n'y a pas d'espace dédié
à l'office comme dans les églises catholiques.
Dans
l'après midi, je suis allé visiter l'île d'Agios Ahillios, sans
doute l'endroit le plus étonnant du coin. De prime abord, on n'a pas
l'impression que ce soit une île si ce n'était le long ponton qui
permet d'y aller.
En effet, la zone étant particulièrement
marécageuse, il y a des roseaux tout du long, donnant l'impression
d'avoir une bande de terre qui relie l'île à la terre. Ces roseaux
sont l'endroit rêvé pour les oiseaux. Ils y trouvent protection et
endroit où nicher. Son hôte phare c'est un oiseau avec une huppe
noire sur la tête et des joues bruns-orangés, qui passe son temps à
plonger et en ressortir très souvent avec des poissons qu'ils gobent
vivants, en entiers. Ils doivent avoir l'estomac bien accroché pour
arriver à digérer ça, en sentant le petit poisson se débattre
dans l'estomac. Et puis après il faut évacuer le squelette. Vous me
direz, c'est étudié pour...
![]() |
| Depuis l’île |
Leurs petits sont rigolos. On dirait
des chaussettes rayées. Ils sont gris rayés de beige, ça leur fait
comme des anneaux autour du corps. On les voit rarement s'aventurer
sur le lac. Ils préfèrent rester bien protégés à l'orée des
roseaux. Avec un peu de patience et en attendant plus tard dans
l'après midi on a tout de même des chances de les voir sortir un
peu. Et j'ai été témoin d'une scène incroyable. Je me demandais
même si j'avais bien vu et si ce n'était pas un effet d'optique.
J'ai aperçu deux poussins qui se faisaient transporter par leur
mère, assis sur leur dos comme s'ils avaient pris le bateau. Et ils
piaillaient pendant ce temps pour faire avancer leur mère qui
tournait bourrique, en faisant des ronds dans n'importe quelle
direction pourvu que ça file et qu'ils s'amusent.
On a souvent
l'impression que ces bestioles se suivent et puis c'est tout.
Visiblement elles savent aussi faire preuve de connivence et jouent
en toute insouciance comme les autres bébés animaux. Tout n'est
donc pas dédié à la recherche de nourriture.
L'île
est peut être petite mais elle est grande par son histoire. Au Xe
siècle déjà, elle devint la capitale du tsar Samuel de Bulgarie,
qui étendit son emprise au delà des Balkans, non sans s'attirer les
foudres de Constantinople. Le monument le plus remarquable reste sans
conteste la basilique, qui s'étend au bord de l'eau sur la côte
est, au milieu de vertes prairies bien fleuries.
On peut passer d'un
côté à l'autre de l'île en gravissant une petite colline qui
traverse toute l'île et au bout de laquelle se trouve une chapelle
qu'on voit de loin. L'ambiance est très campagnarde. On y trouve une
taverne et deux ou trois fermes pourvues de nombreux animaux qui
vivent leur vie en toute liberté. Car ils ne risquent pas de
s'échapper bien loin. Aussi en se baladant il ne faut pas
s'inquiéter si on croise des poules, des coqs ou des cochons. Au
niveau de la basilique en ruine, il y a même des vaches qui y ont
trouvé refuge, gouttant avec délectation une herbe bien grasse qui
pousse sous quelques arbres, avec plein de fleurs des champs.
Il y a
aussi des veaux adorables qui se chamaillent et font des entrechats
entre deux séances de léchage par leurs mères. Ils sont timides
mais aussi curieux de ma présence, ils tentent quelques approches en
s'approchant puis en reculant. Leurs mères en ont vu d'autres, elles
s'en foutant et continuent à brouter, blasées par l'homme depuis
belle lurette. Mais il n'y a pas que des vaches. Alors que j'étais
occupé à photographier un veau allongé dans l'herbe, broutant ce
qu'il pouvait autour de lui en dormant à moitié, j'ai senti un truc
se radiner aux naseaux fumants. Un taureau ! Il devait trouver
pas trop à son goût que je m'approche d'un petit de si près.
Ne
tenant pas à me retrouver dans une corrida, j'ai battu en retraite
en reculant lentement pour toujours lui faire face. Ça lui a suffit,
il n'a pas essayé de me courser. J'ai eu chaud ! D'un autre
coté il n'avait pas l'air très méchant. On voit que les bêtes
sont heureuses ici. Il y en a tellement de leur espèce qui ont moins
de chance que ça compense un peu les choses.
Je
ne suis pas allé de l'autre côté de l'île, là où elle se
termine par une grande croix érigée en haut de la colline. Il y a
pourtant d'autres monuments à voir. Mais les deux vieux m'avaient
dit que ça valait moins le coup.
![]() |
| Une petite sieste... |
Et aujourd'hui il fait très chaud,
aussi je traîne la patte en n'arrêtant pas de boire. J'avais prévu
le coup en emmenant mon paréo de plage. J'en ai fait bon usage, en
m’étendant dans le pré, à l'ombre d'un arbre avec une vue
imprenable sur le lac. Il est aussi très agréable de ne rien faire
et de laisser filer le temps sans regret. Rien ne presse, c'est ma
devise. Et puis un voyage ne se résume pas qu'au nombre de choses
qu'on a pu voir mais bien aux ambiances et à ce qu'on a ressenti.
C’est surtout de ça dont on se souvient par la suite.
En
fin d'après midi, je suis retourné tranquillement à mon endroit de
bivouac où j'avais laissé les pierres aux bons endroits pour
pouvoir réinstaller la tente très facilement.
Car j'ai une tente
poids plume sans arceau ni piquet, un truc polyvalent prévu pour
passer dans un bagage cabine. Elle se dresse d'ordinaire avec un
bâton de randonnée mais comme je n'en ai pas un bout de bois coupé
à la bonne hauteur fait tout aussi bien l'affaire. Le bâton reste
ensuite en l'air, tiré d'un côté par la tente et de l'autre par un
une ficelle que je tend jusqu'au sol en l'enroulant autour d'une
grosse pierre. La tente intérieure est intégralement en tissu
moustiquaire ce qui est appréciable par temps chaud et clément.
Dormir à la belle étoile ne me gène pas, de toute façon je me
lève toujours à l'aube. En cas de pluie ou de vent frais, on peut
s'isoler un peu plus en installant la toile par dessus mais son poids
écrase un peu l’ensemble et favorise la condensation qui a
tendance à perler à l'intérieur le matin. J'aime moins.
Bref,
content de ne pas avoir à me mettre à la recherche d'un endroit
pour ce soir, j'ai été un peu vert quand j'ai vu que ma place était
prise par un van qui venait juste de se garer, laissant échapper un
couple et un chien qui marquait déjà son territoire en aboyant pour
manifester sa désapprobation de ma présence. Je leur ai demandé
s'ils comptaient rester là pour la nuit, ce qu'ils m'ont confirmé.
Apparemment ils étaient déjà venus ici une autre année et avaient
particulièrement aimé cet endroit. Tu m'étonnes ! Ils m'ont
dit que ce n'était pas un problème, que je pouvais camper tout
autour. Tu parles, avec leur chien qui n'arrête pas d'aboyer et
qu'ils n'entendent même plus, ça me donne plus envie de fuir. Je
suis donc allé m'enfoncer un peu plus haut, fuyant toujours un peu
plus la présence de toute trace humaine où passer la nuit.














Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire