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mardi 20 mai 2014

Les Météores

Les Météores sont un lieu unique situé au centre de la Grèce continentale, au sud ouest du Mont Olympe, entre Grevena et Trikala. On y accède par une route de quelques kilomètres qui part de la petite ville de 10.000 habitants de Kalampaka. C'est là que j'ai établi ma résidence pour deux jours, le temps qu'un rayon de soleil finisse par percer et que je puisse prendre quelques photos. Car le lieu est de renommée mondiale, classement au patrimoine de l'Unesco oblige. Sa particularité est autant géologique, patrimoniale que religieuse. En effet on trouve là de vieux rochers gris qui forment des pinacles en haut desquels de nombreux monastères se retrouvent suspendus au dessus du vide, comme autant de nids d'aigle. 
Presque chaque pinacle a son monastère. On peut effectuer une visite, les monastères étant ouverts au public. Mais comme à Amorgos, on se doit d'avoir une tenue correcte en respect pour les moines qui vivent à demeure. Dans mon cas, n'ayant emporté qu'un short pour tout vêtement, je suis interdit de visite même si j'ai déjà la barbe qui pourrait faire penser que je suis déjà l'un des leurs. Cela ne m'a pas empêché de gravir quelques escaliers raides jusqu'à la porte des monastères qui ressemblent à de petits châteaux forts. Après, bien sûr je ne pouvais pas pousser la porte, ce que d'autres n'hésitaient pas à faire, pourtant plus vulgaires que moi mais avec un jean, entrant là dedans comme dans un saloon. 
Il est vrai que la décence se résume à un pantalon... C'est un lieu très touristique et des flots de bus se déversent là à longueur de journée d'où jaillissent des hordes de tchèques, polonais, et autres slaves bruyants qui ne semblent pas très raccord avec l'ambiance paisible et de silence qu'on s'attend à trouver dans un lieu de retirement et de méditation.
Les Météores tirent leur nom du grec « meteoros » qui signifie « suspendu dans les airs ». Au XIe siècle des moines ermites vivaient dans des grottes mais au XIVe siècle, sous l'ère Byzantine et alors que les turques envahissaient la Grèce, les moines cherchèrent à se réfugier de toute cette tourmente et trouvèrent dans les rochers des Météores l'endroit parfait pour vivre reclus dans un lieu inaccessible où l'on ne risquerait pas de venir les embêter. 
Les premiers monastères furent alors construits. Il y en a 24 mais seuls sont 6 sont actuellement habités. A l'époque pour y pénétrer il fallait être invité par les moines qui tiraient alors une corde du haut du monastère sur laquelle il fallait se hisser. Il aura fallu attendre seulement les années 1920 pour que des escaliers soient taillés dans la roche. A la même période une route fut tracée pour relier chaque site. Désormais il en est donc fini de la douce quiétude des moines, progrès oblige !
Aux Météores il y en a pour tous les goûts. Alors que la plupart butinent les monastères les uns après les autres, casquette vissée sur le crâne et appareil photo en bandoulière, une autre catégorie de touristes a sa place, de jeunes routards au sac à dos et aux grosses grolles qui envahissent les nombreux campings alentours avant de partir la journée en randonnée ou faire de l'escalade. 
Ce sont surtout des anglais de ce que j'ai pu voir. L'endroit est reconnu comme la mecque des grimpeurs de toute l'Europe depuis des décennies. Il y en a pour tous les niveaux, à choisir parmi 700 voies qui couvrent 120 tours de pierre. D'autres choisissent d'immortaliser leur mariage, juchés en haut d'un rocher au bord du précipice avec les montagnes derrière. Car le massif du Pinde n'est pas très loin. C'est une chaîne de montagnes qui traverse la Grèce du nord au sud en partant de l'Albanie. Ses sommets culminent à plus de 2000 mètres et forment une contrée sauvage peuplée de loups, d'ours et de chamois. C'est d'ailleurs là que j'ai choisi de passer les prochains jours. Il y a beaucoup à explorer. 


Alors que j'attendais une sortie timide du soleil en ville, j'en ai profité pour aller un peu sur internet et la consultation de la météo locale a révélé que demain il ferait beau. Le temps en montagne étant particulièrement incertain, il fallait donc que je profite de cette fenêtre de tir pour me rendre là bas au plus vite, surtout pour visiter les gorges de Vikos, les plus profondes au monde, avec plus de 900 mètres de profondeur.

Pour cela, j'ai choisi d'emprunter de petites routes de montagne défoncées, soumises au gel et dégel, aux glissements de terrain et chutes de pierre en tout genre. 
Le lac d'Aoos
Attention donc où l'on roule, il y a des pans entiers de route effondrées et d'autres fissurés qui attendent le prochain automobiliste avant de s'effondrer. Sans compter les blocs de pierre qu'il faut éviter soigneusement en espérant qu'un autre ne se détache pas au moment où l'on passe. Il y avait une route avec un panneau sens interdit qui venait d'être rajouté sur une file mais que j'ai quand même prise car sinon j'aurais dû faire un grand détour en redescendant dans la vallée. C'est la route qui part de Panaghia et permet de rejoindre Milia. J'avais peur d'être bloqué à un endroit, devant une crevasse au beau milieu de la chaussée mais rien de cela ne se produisit. 
J’eus en revanche le plaisir d’être tout seul sur cette route gravissant crête sur crête avant de redescendre dans de profondes forêts vierges, passant le long de lacs sans traverser le moindre village, le tout dans une ambiance apocalyptique de ciel noir, de brumes et d'averses torrentielles. Plus sauvage tu meurs ! Dire qu'à l'origine je voulais aller en Norvège, pas besoin, les vikings sont là ! En plus il fait un froid glacial et à plusieurs reprises j'ai craint me retrouver face à un névé à force de grimper. En tout cas ce choix d'itinéraire à rallonge à force de tournicoter vaut le détour et c'est le cas de le dire.

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