Les Météores sont un
lieu unique situé au centre de la Grèce continentale, au sud ouest
du Mont Olympe, entre Grevena et Trikala. On y accède par une route
de quelques kilomètres qui part de la petite ville de 10.000
habitants de Kalampaka. C'est là que j'ai établi ma résidence pour
deux jours, le temps qu'un rayon de soleil finisse par percer et que
je puisse prendre quelques photos. Car le lieu est de renommée
mondiale, classement au patrimoine de l'Unesco oblige. Sa
particularité est autant géologique, patrimoniale que religieuse.
En effet on trouve là de vieux rochers gris qui forment des pinacles
en haut desquels de nombreux monastères se retrouvent suspendus au
dessus du vide, comme autant de nids d'aigle.
Presque chaque pinacle
a son monastère. On peut effectuer une visite, les monastères étant
ouverts au public. Mais comme à Amorgos, on se doit d'avoir une
tenue correcte en respect pour les moines qui vivent à demeure. Dans
mon cas, n'ayant emporté qu'un short pour tout vêtement, je suis
interdit de visite même si j'ai déjà la barbe qui pourrait faire
penser que je suis déjà l'un des leurs. Cela ne m'a pas empêché
de gravir quelques escaliers raides jusqu'à la porte des monastères
qui ressemblent à de petits châteaux forts. Après, bien sûr je ne
pouvais pas pousser la porte, ce que d'autres n'hésitaient pas à
faire, pourtant plus vulgaires que moi mais avec un jean, entrant là
dedans comme dans un saloon.
Il est vrai que la décence se résume à
un pantalon... C'est un lieu très touristique et des flots de bus se
déversent là à longueur de journée d'où jaillissent des hordes
de tchèques, polonais, et autres slaves bruyants qui ne semblent pas
très raccord avec l'ambiance paisible et de silence qu'on s'attend à
trouver dans un lieu de retirement et de méditation.
Les Météores tirent
leur nom du grec « meteoros » qui signifie « suspendu
dans les airs ». Au XIe siècle des moines ermites
vivaient dans des grottes mais au XIVe siècle, sous l'ère
Byzantine et alors que les turques envahissaient la Grèce, les
moines cherchèrent à se réfugier de toute cette tourmente et
trouvèrent dans les rochers des Météores l'endroit parfait pour
vivre reclus dans un lieu inaccessible où l'on ne risquerait pas de
venir les embêter.
Les premiers monastères furent alors construits.
Il y en a 24 mais seuls sont 6 sont actuellement habités. A l'époque
pour y pénétrer il fallait être invité par les moines qui
tiraient alors une corde du haut du monastère sur laquelle il
fallait se hisser. Il aura fallu attendre seulement les années 1920
pour que des escaliers soient taillés dans la roche. A la même
période une route fut tracée pour relier chaque site. Désormais il
en est donc fini de la douce quiétude des moines, progrès oblige !
Aux Météores il y en a
pour tous les goûts. Alors que la plupart butinent les monastères
les uns après les autres, casquette vissée sur le crâne et
appareil photo en bandoulière, une autre catégorie de touristes a
sa place, de jeunes routards au sac à dos et aux grosses grolles qui
envahissent les nombreux campings alentours avant de partir la
journée en randonnée ou faire de l'escalade.
Ce sont surtout des
anglais de ce que j'ai pu voir. L'endroit est reconnu comme la mecque
des grimpeurs de toute l'Europe depuis des décennies. Il y en a pour
tous les niveaux, à choisir parmi 700 voies qui couvrent 120 tours
de pierre. D'autres choisissent d'immortaliser leur mariage, juchés
en haut d'un rocher au bord du précipice avec les montagnes
derrière. Car le massif du Pinde n'est pas très loin. C'est une
chaîne de montagnes qui traverse la Grèce du nord au sud en partant
de l'Albanie. Ses sommets culminent à plus de 2000 mètres et
forment une contrée sauvage peuplée de loups, d'ours et de chamois.
C'est d'ailleurs là que j'ai choisi de passer les prochains jours.
Il y a beaucoup à explorer.
Alors que j'attendais une sortie timide
du soleil en ville, j'en ai profité pour aller un peu sur internet
et la consultation de la météo locale a révélé que demain il
ferait beau. Le temps en montagne étant particulièrement incertain,
il fallait donc que je profite de cette fenêtre de tir pour me
rendre là bas au plus vite, surtout pour visiter les gorges de
Vikos, les plus profondes au monde, avec plus de 900 mètres de
profondeur.
Pour cela, j'ai choisi
d'emprunter de petites routes de montagne défoncées, soumises au
gel et dégel, aux glissements de terrain et chutes de pierre en tout
genre.
![]() |
| Le lac d'Aoos |
Attention donc où l'on roule, il y a des pans entiers de
route effondrées et d'autres fissurés qui attendent le prochain
automobiliste avant de s'effondrer. Sans compter les blocs de pierre
qu'il faut éviter soigneusement en espérant qu'un autre ne se
détache pas au moment où l'on passe. Il y avait une route avec un
panneau sens interdit qui venait d'être rajouté sur une file mais
que j'ai quand même prise car sinon j'aurais dû faire un grand
détour en redescendant dans la vallée. C'est la route qui part de
Panaghia et permet de rejoindre Milia. J'avais peur d'être bloqué à
un endroit, devant une crevasse au beau milieu de la chaussée mais
rien de cela ne se produisit.
J’eus en revanche le plaisir d’être
tout seul sur cette route gravissant crête sur crête avant de
redescendre dans de profondes forêts vierges, passant le long de
lacs sans traverser le moindre village, le tout dans une ambiance
apocalyptique de ciel noir, de brumes et d'averses torrentielles.
Plus sauvage tu meurs ! Dire qu'à l'origine je voulais aller en
Norvège, pas besoin, les vikings sont là ! En plus il fait un
froid glacial et à plusieurs reprises j'ai craint me retrouver face
à un névé à force de grimper. En tout cas ce choix d'itinéraire
à rallonge à force de tournicoter vaut le détour et c'est le cas
de le dire.









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