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| Timfi |
Afin de parfaire ma virée
dans le Pinde, j'ai choisi de prendre une route qui monte à l'est de
Konitsa et qui passe entre le Timfi et le Smolikas version nord.
L'occasion de voir un sommet de plus. Mais c'est surtout la carte du
parc national qui m'a décidé. En effet cette route passe au cœur
du parc et comme je suis tombé plutôt amoureux du secteur, c'est
l'occasion ou jamais d'en voir plus. Et si c'est dans le parc c'est
forcément qu'il y a quelque chose à voir. A défaut il y aura
toujours les grands espaces, un paysage intact et un sentiment de
solitude à éprouver. Je n'en demande pas plus. Mon but est
d'ensuite de bifurquer vers le nord, tout de suite après le Smolikas
pour prendre la direction de Kastoria puis plus loin le lac de
Prespa.
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| Smolikas |
Ca vient de tomber, je n'avais prévu de me rendre à cet
endroit en venant en Macédoine mais c'est le Lonely Planet qui m'a
décidé. Sans compter que c'est aussi un parc national.
Pour l'heure je ne
regrette pas du tout d'avoir pris cette petite route de montagne. Ça
ne fait que tournicoter mais on passe à travers une magnifique forêt
de pins noirs, une espèce du coin. J'ai toujours aimé les conifères
en montagne. C'est comme la neige et les petits lacs d'altitude ça
va ensemble. Pour l'instant de ce que j'ai vu du Pinde, comme j'étais
toujours côté adret, c'étaient surtout des feuillus que je
rencontrais. Mais maintenant avec cette route qui serpente sur l'ubac
du Timfi, j'en ai pour mon argent. Nouveau style de paysage donc.
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| Timfi |
Il
faut prendre la route qui monte à travers Konitsa indiquée
Pighi/Elefthero. Après, ça se gâte. Enfin, côté indications. En
effet les noms varient d'une pancarte à l'autre entre alphabet
romain et alphabet grec et on n'y comprend plus rien. Les lettres
n'ont rien à voir. On essaye tant bien que mal de remplacer les
hiéroglyphes par des lettres qu'on connaît et qui leur ressemblent
mais ça donne des noms de villages qui ne sont pas sur la carte !
Je devrais sans doute apprendre les équivalences de l'alphabet grec,
ça m'éviterait bien des déconvenues. Car depuis que je suis arrivé
je ne compte plus les détours et les rebrousse chemins inopinés, me
rendant compte tardivement, et parfois trop tard, du mauvais
embranchement pris.
Bref à un moment c'est fléché Πηγή
(soit Pighi!), il ne faut pas prendre ça mais Eλεύϑερo
(Elefthero quoi!). Évident, hein ? Parfois c’est bien pire,
il y a des panneaux où ils indiquent 6 ou 7 noms de villages et
hameaux sur le même truc, là où la carte ne fait figurer qu'un
village et avec le nom latinisé. Je ne compte plus le nombre de fois
où je pile après le panneau, perplexe, faisant marche arrière pour
mieux l'étudier de longs instants, me demandant si je suis toujours
sur la même planète. Il y a des fois où j'en viendrais à
regretter de ne pas avoir un GPS pour ne pas avoir à lire - ou
plutôt déchiffrer - les panneaux. En tout cas ça fait partie du
charme de l'aventure à la grecque !
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| Timfi |
La
route après Pighi descend dans une vallée, avec le Timfi très
enneigé sur la droite, qui fait paraître la montagne plus haute que
ce qu'elle n'est ; et le Smolikas sur la gauche, enneigé aussi
mais bien moins, adret oblige. Pourtant le Smolikas est plus haut :
2631 mètres là où le Timfi fait 2467 mètres à son point le plus
haut. C'est une vallée adorable, très alpine et complètement
perdue. Les villages sont des confettis de quelques maisons posés
comme un flocon de neige, sans épicerie ni café ni rien. J'ai vu un
reportage juste avant de venir qui était passé il y a peu sur Arte.
Ça racontait le quotidien d'un camion épicier qui faisait la
tournée de ces villages reclus du Pinde que l'équipe avait suivi
durant les quatre saisons.
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| Smolikas |
Ça m'avait bien mis dans l'ambiance. On a
du mal à le croire mais ce camion est le seul lien avec la
civilisation. Le chauffeur en vient du coup à dépanner les
gazinières, réchauds, et autres poiles encrassés devant le
désarroi des petits vieux qui racontent leur malheur en venant
acheter deux oignons et trois tomates.
Juste
après Armata, j'avais prévu de contourner le Smolikas vers Samarina
pour de là couper au nord et rejoindre la route de Kastoria au
niveau d'Epatachori. J'étais sûr de mon coup. A un détail près,
c'est que la route que j'avais prévue de prendre est un chemin de
terre qui s’enfonce dans les montagnes pendant 19 kilomètres.
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| Timfi |
Quand on voit l'état des routes bitumées, ça ne donne pas trop
envoie de tester un standing plus bas. Les routes ne sont plus
entretenues, l'état n'a plus de sous, tout le monde le sait !
Elles partent en ruine, parfois le revêtement a complètement
disparu sur quelques dizaines de mètres et la route devient piste.
On ne parlera pas des nids de poule qui sont une seconde nature mais
il y a aussi les routes dont une file a disparu au fond du ravin.
Qu’adviendra-t-il quand ce sera le tour de l'autre ? Parfois
il ne reste même plus que la moitié de l'autre file, obligeant à
rouler dans l'herbe à gauche. Donc les chemins de terre, je
n'essaierai même pas. Ça m'apprendra, je me suis fait avoir par la
carte du parc qui mentionne cet itinéraire comme une route.
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| Smolikas |
J'aurais
dû plus croire ma carte qui la dessine en jaune, ce que la légende
dépeint comme « route mineure non goudronnée ». Du
coup, il a fallu que je continue sur ma lancée, en faisant un grand
tour jusqu'à la station de ski de Vasilitsa, au pied de la montagne
du même nom qui culmine à 2248 m et qui est la dernière la plus à
l'est du Pinde. Ne vous attendez pas à Val Thorens, c'est une
station qui comprend 4 ou 5 télésièges avec des pistes en pente
douce très courtes. Sans doute les mêmes qu'on doit trouver dans
les Vosges. Avec ce détour, je regarde la jauge d'essence qui
m'inquiète. Je ne suis pas près d'être sorti des montagnes, c'est
comme si elle me retenait en otage. Et comme je le disais les
villages ne sont d'aucun secours, ils ne servent à rien. Je me
demande du reste comment les fermiers font pour mettre de l'essence
dans leur pick up et leur tracteur. C'est le camion épicier qui leur
livre ?
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| Bivouac pour la nuit |
Ma
dernière tentative pour quitter le Pinde à la verticale du Smolikas
fut vaine elle aussi. Route jaune oblige. J'ai donc dû retourner sur
mes pas à une dizaine seulement plus loin que Konitsa. J'ai planté
la tente le long d'une rivière, peu après Aghia Paraskevi, en
contrebas de la route sur laquelle pas une seule voiture n'est
passée. Au final, même si je suis épuisé à force d'avoir conduit
plus de 100 kilomètres toujours en seconde à cause des virages tous
les 100 mètres interdisant toute pointe de vitesse de plus de 40 à
l'heure pour ne pas quitter la route, cette balade au raccourci loupé
m'aura valu de traverser le Pinde au milieu de trois de ses sommets.
Je ne m'attendais pas à tant !









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