Une gorge de plus !
Tirez la langue, faites « Ahh », c'est moi l'ortho-rhino.
Trêve de plaisanterie, aujourd'hui c'est une nouvelle randonnée
pour une nouvelle gorge que nous explorerons par le fond. Le chemin
se prend au niveau de Konitsa et s'ouvre par un de ces fameux ponts
anciens qui se ressemblent tous mais qui font chaque fois leur effet.
Le but de la randonnée est d'arriver au monastère de Moni Stomiou,
construit au XVe siècle et qu'on atteint après 1h30 de
marche, selon les informations dispensées par le centre du WWF que
j'ai visité hier à Papingo. Il faut compter 4,5 kilomètres et
autant au retour.
Je l'ai entamée de bon matin mais à cette heure
là le soleil est face à soi, ce qui rend le paysage à contre jour
pas tellement top question photo, et ce d'autant plus que le panorama
est spectaculaire, avec des falaises qui montent en étage jusqu'à
de hautes montagnes enneigées dont on se demande comment tout cela
tient debout sans se casser la gueule au fond de la gorge. C'est
proprement vertigineux. D'ailleurs juste derrière au sud, c'est le
mont Astraka. Le monastère se trouve juste à son niveau mais on
n'aperçoit jamais le sommet tellement c'est encaissé. Quoi qu'il en
soit c'est quand même le matin qu'on a le plus de chance d'avoir de
soleil.
J'ai remarqué que dès 11h le ciel s'obscurcit
progressivement pour ne plus laisser passer du tout le soleil vers
midi, bouché par de gros nuages gris qui restent à tournicoter
autour des sommets. C'est le climat de montagne. Tout cela s'évanouit
comme par miracle après 17 heures et un cycle recommence le
lendemain.
Le premier tiers de la
randonnée s'effectue le long des berges de la rivière. Ses eaux
sont d'un bleu turquoise, quoique moins prononcé que celles de sa
cousine Vikos. On suit un chemin poussiéreux qu'un pick-up pourrait
emprunter. Sans doute pour permettre l'accès au monastère.
D'ailleurs en me garant à l'entrée de la gorge j'ai croisé un pope
à barbe poivre et sel qui se faisait conduire. Ils se ressemblent
tous ces popes, sortes de père noëls tout en noir et robe longue !
Par contre, le chemin devient ensuite sentier, longeant des parois
abruptes, montant et descendant tout en offrant différents points de
vue sur la gorge et ses flancs. Les moines qui vivent là doivent
donc marcher. Et cela semble sans fin quand soudain, au détour d'un
virage on aperçoit le monastère qui domine la rivière du haut d'un
rocher bien suspendu. Pour y parvenir ça grimpe raide. Qu’est ce
qui a bien pu les pousser à construire ça là ? Et comment
tout cela a été bâti ?
Il n'y avait pas d’hélicoptère
pour apporter les matériaux. Imaginez transporter les pierres, les
poutres, le mobilier, les fourneaux, les lits... enfin tout ce qui
compte comme éléments de vie et de confort au sein d'une grande
bâtisse comme ça. C’est de la folie. En revanche ils ne risquent
pas d'être embêtés. Tout de même pour se ravitailler ce ne doit
pas être commode. A moins qu'ils soient complètement autonomes. Il
y a un potager tout autour du monastère, très grand avec plein de
différentes cultures. Ils doivent manger de bons produits sains et
savoureux, en se délectant de l'eau pure et fraîche qui coule à
foison. Et ils sont dans un parc national.
Au final, c'est peut être
moine que je devrais être, pour pouvoir vivre loin de toute
agitation et de tout bruit. Ici rien ne vient troubler le silence.
Juste le glou-glou de la rivière et le vent dans les pins. Le site
qu'ils ont choisi est exceptionnel, dominé par de très belles
aiguilles. La porte du portail est grande ouverte (encore un truc
qu'il a bien fallu amener!), comme pour nous inciter à rentrer. J'ai
lu que l'intérieur des monastères était très joli, orné de plein
de trésors. Vous ne le verrez jamais, avec mon short pourri troué
au cul...
Après être monté
jusque là, il faut redescendre. Cumulée à la balade d'hier, la
randonnée m'a tué.
Avec ma technique de zapper les virages, je me
suis flingué un genou hier et chaque fois que je dois le plier ça
me fait un mal de chien. Ça me le fait à la montée mais surtout à
la descente. Jamais sur le plat. C’est très curieux. Ça m'oblige
à boiter en gardant la jambe raide. Enfin, tant que ça avance... Je
n'avais pas remarqué à la montée, mais il y a sur le parcours de
nombreux points de recueillement, avec des icônes, de l'eau bénite,
parfois la photo d'un illustre inconnu avec l'année de sa mort et
des fleurs en plastique. Entre ça, les chapelles en modèle réduit
qui ornent le bord des routes et de grandes croix érigées sans
Jésus dessus, on voit qu'en Grèce ils sont très fervents, bien
plus que les catholiques.
Les gens se trimbalent souvent avec un
genre de chapelet à la main, un truc avec des boules en bois que les
doigts caressent en marmonnant. Même les jeunes ont ça, ça dépasse
toujours de la poche d'un pantalon.
Au final, la gorge d'Aoos
est peut être moins spectaculaire que celle de Vikos, mais il ne
faut pas les comparer, elles sont très différentes l'une de l'autre
et offrent donc une parfaite complémentarité. Après toute cette
balade, j'ai choisi de me rassasier à une taverne au bord de la
rivière, après m'être rendu dans le centre ville de Konitsa où je
n'y ai trouvé que du bruit, pas de possibilité de se garer et des
cafés en nombre mais jamais de taverne.
Après le calme du monastère
je suis redescendu là. Et qu'importe si j'étais le seul client. La
carte s'est retrouvée réduite de plus des deux tiers. L'aubergiste
ne parlait pas un mot d'anglais, on s’est compris par le biais
d'onomatopées, comme deux gogoles. Par bonheur la carte était
traduite en anglais mais elle me disait les noms des plats en grec,
en me disant « ne, ne ». Pas évident de trouver un truc
de disponible, ce qu'elle me pointait sur la carte je ne savais
jamais si ça voulait dire que c'était disponible ou le contraire !
Mais j'ai fini par trouver mon bonheur. Un fromage frit et un steak
de veau. Je n'étais pas le seul à contempler la rivière s'écouler
en rapides. Un chien du voisinage s'est radiné et a posé son
derrière sur la berge, comme ces chiens de pierre qui ornent
certains jardins. Je suis tombé sur un chien contemplatif, il fixait
le paysage, la rivière et ses parois, sagement assis ! Moi qui
croyait que ces bestioles là passaient leur temps à aboyer et à
renifler des trucs qui puent...









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