J'ai bien fait d'avoir
opté pour la randonnée vers l'Amphithéâtre hier car aujourd'hui
ça aurait été râpé. L'orage d'hier a laissé la place à un ciel
gris bien plombé et c'est général. En regardant vers l'est, tout
le pays semble plongé dans la grisaille et pas seulement le
Drakensberg. J'ai eu une chance inouïe car si j'étais arrivé
aujourd'hui je n'aurais rien pu voir et Dieu va savoir maintenant
quand le beau temps reviendra. Du coup avec cette météo et le fait
que nous ne sommes plus un week-end, les gens sont rentrés. On n’est
plus qu'une poignée dans le camp et les bungalows à la ronde sont
tous vides. Je les ai vus faire hier avant d'entamer la randonnée,
beaucoup chargeaient les victuailles dans leur coffre de voiture.
C'est très calme ici,
tellement que je suis retourné ce matin à la réception pour
prolonger d'une nuit. Je crois que je partirai demain. Aujourd'hui,
je pense que je vais faire une randonnée facile, la tournée des
cascades, genre qui se prête bien à une journée grise où les
panoramas sont moins à l'honneur.
Ensuite je m'en irai vers la côte
à Saint Lucia. Je ne devais y arriver que le 31 au soir mais je ne
vois pas ce qu'il me reste à faire ici. Les autres endroits
d’intérêt du Drakensberg avaient l'air pas très loin les uns des
autres sur la carte mais après avoir testé la route de Harrismith
jusqu'ici je n'ai pas trop envie de continuer des dizaines de
kilomètres sur ce style de route. Et puis le Royal Natal national
park est décrit comme le must du Drakensberg. Alors je n'aurai pas
trop de regrets.
A la réception j'ai été
reçu par une personne différente d'hier. Ma carte bleue fonctionne
toujours... Du coup j'en ai profité pour acheter un petit livre sur
la région. Et une bière pour ce soir par la même occasion. Je suis
bien ici finalement, c'est reposant et on se sent en osmose avec la
nature. On n'est pas dérangé, ou alors c'est par de drôles de
gallinacées comme ce matin où j'ai commencé par apercevoir un cou
qui ondulait par dessus la côte. Une procession de ces volatiles a
suivi.
Toute une famille, cousins et oncles inclus ! Trois ou
quatre petits poussins beiges se faufilaient entre leurs pattes. Je
ne sais pas ce que c'est, c'est gris avec un plumage tacheté de
ronds blancs et ça a une tête colorée de rouge et de bleu. Ça a
surtout l'air très con ! C'est ma première bestiole locale. Ou
presque, car peu avant, pendant que je prenais le petit déjeuner, un
truc tout en long au museau pointu style écharpe d'hermine sur
pattes a traversé la pelouse ventre à terre avant de disparaître
dans un fourré.
Le type de la réception
m'a demandé où j'allais aujourd'hui. Je lui ai alors parlé des
cascades et il m'a dit que je pouvais les rejoindre à partir du camp
mais que pour le retour, il faudrait que je fasse du stop car ça
finit au niveau d'un autre hébergement du parc, le Mahai, qui est à
quelque kilomètres par la route du Tendele.
J'avais choisi le
Tendele car il est tout au bout de la route et le Mahai n'est en fait
qu'un camping qui abrite 400 places, aussi j'avais peur qu'il y ait
du monde et que ce soit bruyant. Quand j'ai laissé le
réceptionniste, j'ai vu qu'il écrivait quelque chose sur le
registre des randonnées. Serait-ce pour moi ? On peut dire que
je ne joue toujours pas le jeu ! D'ailleurs je n'ai même pas
écouté les conseils du gars car à peine j'avais commencé à
quitter le bungalow que j'ai réalisé que j'aurais plus vite fait
d'aller aux cascades depuis Mahai, en faisant un aller/retour. J'ai
donc pris la voiture. Et bonne nouvelle, j'ai testé le siège
passager : il se rabat complètement à 180 degrés, gêné
seulement par les sièges arrières que je vais bien arriver à
enlever quand l'occasion se présentera. Ça me laisse donc confiant
pour la suite car si je ne parvenais pas à trouver de coin où
planter la tente, j'ai toujours la possibilité de dormir dans la
voiture.
![]() |
| Le site du camping Mahai |
Quoique... Car là où je vais, au niveau de la mer, il fera
forcément plus chaud et si je veux éviter le sauna je ne pourrai
pas me permettre de laisser une vitre ouverte. Pas seulement à cause
des agressions mais surtout à cause de celles commises par une
petite bestiole dont je devrai me méfier. Vers Saint Lucia, il y a
du paludisme et évidemment j'ai oublié mon traitement que je
m'étais trimbalé l'an dernier partout sans jamais m'en servir.
La randonnée vers les
cascades est un petit parcours qui prend 30 minutes depuis le parking
du Mahai. Une promenade de santé en quelque sorte ! Mais je ne
compte pas m’arrêter de si tôt, d'autres cascades se trouvant un
peu plus haut, pouvant faire un parcours de 9 kilomètres. De toute
façon je ne peux pas trop marcher, j'ai choppé des ampoules au
niveau du pied, en pleine zone d'appui, à l'avant. Ça fait un mal
de chien quand je pose le pied par terre.
Le Mahai est un camping
vide où je m'y serais très bien vu. Il est à l'ombre de grands
pins bizarres complètement différents de ceux qu'on trouve par chez
nous. Il dispose de barbecues et de blocs sanitaires. Le site est
charmant, en pleine nature et au bord d'un cours d'eau qui glougloute
et qui aurait pu bercer mes nuits. On a beau être en plein été, ça
ne doit pas encore être les vacances scolaires, ou alors elles sont
déjà finies. Car un camping vide en France l'équivalent d'un 28
juillet, vous en connaissez beaucoup vous ? En général je fuis
les campings comme la peste. Le dernier en date - ça remonte -
c'était en Espagne au mois d’août et on ne pouvait dormir que de
4 heures à 6 heures du matin, le temps que les fêtards soient
rentrés et que les lèves-tôt commencent leur journée. Ça s'était
terminé par une belle étoile dans la garrigue à errer en plein
cœur de la nuit en pyjama ! Depuis je ne jure que par le
camping sauvage. Je pensais qu'ici ce serait facile, dans les
montagnes... Mais les montagnes sont dans un parc national avec une
barrière et des gardes qui patrouillent. A l'entrée, dans le
règlement il est même stipulé que c'est une offense de passer la
nuit en dehors des lieux désignés. Et puis, pas question de dormir
en lisière du parc, les rares chemins qu'il y a mènent à des
lodges avec des clôtures tout le long des routes. Ça me rappelle la
Nouvelle-Zélande sur ce coup là...
A la première cascade se
trouve un groupe de gardes, en uniforme pantalon bleu et polo jaune.
Ils glandent. Les hommes discutent, les femmes roupillent en formant
un tas. Personne ne me remarque à part un gars que je salue. Tout de
suite je repère au delà une cascade secondaire qui tombe le long
d'une paroi et qui forme un rideau à travers lequel on peut voir la
cascade principale. Comme j'ai désormais un filtre neutre pour me
permettre de réduire la vitesse d'exposition, spécialement acheté
pour l'occasion, c’est l'occasion rêvée pour m'en servir. Mais
pour accéder à cet endroit, il faut marcher sur un rebord étroit
et glissant, que je passe sans encombre pour y aller. Ce qui n'est
pas le cas dans l'autre sens. Je me retrouve con comme un chat
perché. Ça ne doit pourtant pas être sorcier, si je l'ai fait dans
un sens, je dois bien pouvoir le faire dans l'autre ! Plus
j'essaye, plus je perds de l'assurance : le rebord est devenu
glissant comme une savonnette et le pied que j'avance pour tester se
dérobe illico. Pas question d'engager le poids de mon corps sur un
appui pareil sinon je risque de me retrouver à la flotte. Pour le
coup tout le monde a fini sa sieste.
![]() |
| Tiger falls |
Je suis devenu l'attraction et
les doudous hilares se roulent par terre en se tenant le ventre.
J’avais bien besoin de spectateurs. Il faut dire, je vois la scène
de loin, enlevant le sac à dos, l'appareil photo, le cul en arrière,
penché en avant, les pieds en canard, avançant une jambe folle qui
fait du patin. Finalement, alors que j'essaye une énième tactique
j'en entends un qui siffle dans mon dos. Je me retourne et un type
goguenard me désigne un parcours en sautant de pierre en pierre à
travers le torrent. Les pierres sont sèches donc sûres mais j'ai
les jambes qui tremblent tellement suite à mes essais infructueux
que je ne passe pas pour un jeune premier sur les pierres. La
sénilité guette. Ça me fait honte, moi qui était un spécialiste
avec mon frère pour le saut de rocher en rocher. C'était même
notre jeu favori à la mer, de franchir les rochers en courant et
sautant de l'un à l'autre. Jusqu'à ce qu'un rocher un peu trop
moussu sonne le glas de ce genre de jeu quelque part dans le Var à
la faveur d'un crâne recousu....
Je continue sur ma lancée
en reprenant le sentier et en partant à l'assaut de la montagne.
Prochain arrêt : Tiger Falls. Les nuages aussi ont pris de la
hauteur, permettant d'admirer les cimes alentours. Le temps a beau
être gris, ça reste envoûtant et ça donne même une ambiance
particulière de bout du monde. Le chemin grimpe raide à travers le
bush, entre herbes plus hautes que moi et arbustes calcinés. A un
moment j'arrive à un replat, Lookout Rock, gros rocher où l'on a
taillé des marches pour permettre de l'escalader aisément. D'en
haut le panorama est grandiose et embrasse la vallée qui se perd
dans le vert des herbes. Le coin est assez pelé mais ça ne
l'empêche pas d'être très vert. Aux abords du parc je pensais que
c’était dû à l'agriculture ou l'élevage mais à l'intérieur
d'un parc national ce n'est pas possible. J'ai toujours eu tendance à
penser que la forêt recouvrirait le monde si l'homme ne l'avait pas
détruite. Il semblerait que j'ai tort, sans doute est-ce une
question de pauvreté de sol ou de climat trop rude l'hiver.
![]() |
| Alors, le panorama? |
Je voulais aller voir
deux autres cascades, Tiger Falls et Gudu Falls mais finalement je ne
me suis rendu qu'à Tiger Falls, pas très loin du point de vue. Rien
de bien spectaculaire à signaler, la balade pour y aller est plus
intéressante, longeant le flanc d'une montagne. Pour Gudu Falls j'ai
essayé d'y parvenir mais un gué à passer à eu raison de ma
détermination, d'autant plus que ma carte ne prévoit pas de sentier
pour y mener, même si je sais qu'il en existe un d'après ce que
j'ai lu ce matin sur mon guide de randonnées dédié au Drakensberg.
Je suis donc retourné au rocher point de vue pour me reposer un peu
et pique niquer. J'étais en train de grignoter un paquet de biscuits
pour tout repas quand deux gars sont arrivés. Deux jeunes israéliens
avec qui j'ai bavardé un moment. Eux sont à un backpacker et font
le parcours opposé au mien. Ils sont partis du Cap direction
Johannesburg. Ils m'ont conseillé en route de faire Addo national
park dans lequel ils ont aperçu tous les animaux qu'ils voulaient
voir, la malaria en moins. Car d'autres parcs plus réputés sont en
zone de malaria, comme là où je vais être dans 3 jours, à
iMfolozi. J'ai bien prévu d'aller à Addo mais je veux voir le parc
iMfolozi, c'est le plus ancien d'Afrique du Sud et on y rencontre
toutes les bêtes du parc Kruger, la cohue en moins. En plus il n’est
pas loin de la côte et du parc humide de Saint Lucia qui regorge de
crocodiles et de rhinocéros...
Une fois qu'ils m'ont
laissé pour se rendre à Tiger Falls, j'en ai profité pour faire
une petite sieste allongé sur une pierre plate, avant de
redescendre. Arrivé au parking, alors qu'un groupe était amassé à
attendre d'autres personnes, je suis monté dans la voiture par le
côté gauche, fort étonné de ne pas y trouver un volant. Pendant
un bref instant j'ai même pensé qu'on me l'avait piqué ! Je
ne pense pas que ce sera la dernière fois que ça m'arrive...
Au bungalow ce soir j'ai
un peu le cafard de partir. J'y étais bien, avec sa chambre salon
garnie de deux lits jumeaux disposés à côté d'un grand poêle
pour se réchauffer les froids d'hiver. Le plafond est très haut. En
fait il n'y a pas de plafond. La charpente est à même la pièce
avec un toit de chaume visible. Ça donne un côté rustique bien
chaleureux. J'y avais déjà mes habitudes. Mais le plus triste est
que je me dis que je n'y reviendrai sans doute jamais. Je déteste
avoir ce genre de pensées qui font que certaines personnes
s'attachent et retournent en vacances chaque année au même endroit.
Pour me faire penser à autre chose, j'ai pris à nouveau un bain.
Tandis que l'orage est revenu en force puissance 1000. On est mieux à
l'intérieur...












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