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mercredi 30 janvier 2013

iSimangaliso National Park


C'est fou comme la jungle vit sa vie la nuit ! J'avais mis ma tente dans un coin mais c'était aussi le coin des oiseaux insomniaques, des trucs qui furètent, d'insectes qui sifflent, de grenouilles plaintives et de crabes de terre qui retournent les feuilles faisant des bruits de pochon à sucreries au cinéma. Dans ces conditions un peu dur de trouver le sommeil. A minuit 25, j'ai regardé ma montre, pensant que le jour allait se lever. Quelle ne fut pas ma déception ! N'y tenant plus j'ai donc changé la tente de place pour la laisser au beau milieu de l'emplacement, un coin de sable sans rien autour ni arbre au dessus. Et j'ai bien fait, car à peine la manœuvre effectuée, la pluie s'est invitée parmi nous. Ce n'étaient plus les bestioles qui m'ont dérangé mais les gouttes s'écrasant sur la toile. De toute façon à partir de ce moment là tout ce petit monde s'est trouvé mouillé et ça leur a gâché leur soirée. Je ne les ai plus entendus. 
Cape Vidal
L'effet bénéfique du déplacement aura finalement été de ne pas avoir les arbres qui s'égouttent sur la tente entre deux averses. Mais ça m'aura valu de me retrouver seul dans la tente avec un insecte tout en antennes qui eu grand plaisir à me couvrir le visage ou les jambes, disparaissant quand j'allumais ma torche. Il m'aura fallu du temps et de l'énervement pour le chasser, il ne voulait pas sortir. Tu penses, il avait enfin trouvé un coin au sec !

A peine levé j'ai fait un tour sur la plage. Enfin, ça c'était après l'écriture. J'ai réalisé que j'y passais beaucoup de temps, trop de temps d'ailleurs pour une activité non rémunérée ! Voyez plutôt : sur les 7 mois de mon tour du monde, à raison de 3 heures par jour, ça donne 90 heures par mois soit 630 heures sur la période ou encore 42 jours complets à raison de 15 heures par jour (il faut bien dormir)... 
Sur les 7 mois j'en aurai donc passé 1 et demi affairé sur l'ordinateur. Et ici c'est pareil. Lever à 5 heures certes mais je ne commence réellement à crapahuter que vers 8 heures. Au mieux. De toute façon ce n'est pas une contrainte, que ferais je d'autre à part glander le soir et au petit jour ?
La plage, disais-je, est très sauvage. Il y a beaucoup de vagues et l'eau est maronnasse sur une bande large de plusieurs dizaines de mètres. La faute à l'estuaire. C'est encore pire à mesure qu'on se rapproche de Saint Lucia. Ici on est quand même à 35 kilomètres de l'embouchure. Ça ne donne pas trop envide de s'y baigner. Je laisse la boue aux hippopotames. En revanche la température de l'eau est très bonne, équivalente à ce que je pourrais trouver en pays tropical, les lagons en moins. Par contre il paraît que l'on trouve quand même des coraux. De nombreuses tortues de mer viennent aussi pondre. J'avais lu que vers le Cap l'été il fait beau mais qu'on ne peut pas se baigner car l'eau est trop froide, alors que là où je suis on peut se baigner mais il pleut tout l'été. Il faut choisir...
Ce matin les grosses bestioles ont remplacé les petites sur le camp. Les bambis sont toujours là à tournicoter le museau passant l'aspirateur dans les moindres recoins. Je ne les trouve pas bien fichus. 
C'est tout maigre, ça a une tête toute fine, un gros bide, un gros cul et pas de queue. On dirait de gros dindons. Les singes aussi s'amusent. On ne les voit que le matin et le soir. J'ai appris que c'était le singe samango, rare et en voie de disparition. Pas ici apparemment. Le camp est semble-t-il protégé. Il y a un panneau à l'entrée qui dit : « Warning. This accomodated area is protected by an electric fence but you could encounter dangerous animals such as hippo, elephant, leopard, rhino, buffalo and crocodile! ». Mouais... Moi je l'ai pas vu la clôture électrique. Ils ont dû la piétiner. Rappelons le, ils sont chez eux et c'est nous les intrus. Pour preuve, il y a des chemins de traverse partout qui sortent des bosquets avec de la boue, de grosses empreintes et une odeur de bouse. On est invité à rester dans le camp la nuit et de ne jamais s'aventurer au delà après la tombée de la nuit. Quand bien même, à la réception on est informé que la direction décline toute responsabilité si l'on passe de vie à trépas !
Après avoir réglé ma note pour le camping, j'ai pris la voiture pour aller visiter les recoins du parc. Il y a la route principale qui mène à Cape Vidal mais aussi des pistes sur lesquelles ont est invité à suivre les circuits de découverte. Je n'ai pas une jeep mais ça ne m’empêche pas de faire un safari. Et puis c’est pratique, sur le toit j'ai des espèces de rambardes destinées à accrocher quelque chose et qui me servent à me tenir quand je me mets debout à la portière. Une de ces piste mène le long d'un gigantesque lac où je m'arrête un instant. A peine descendu, j'entends alors des grognements. Sûrement des hippopotames. J'emprunte un des ces sentiers de leur passage, évitant de penser que je vais peut être me trouver nez à nez avec un spécimen de leur espèce. Il paraît que ce n'est pas commode un hippopotame, que c'est même mortel comme un éléphant ou un crocodile. 
Ça fait beaucoup de dangers tout ça. Il y a des panneaux « attention à » avec effigie des ces trois bêtes dessus. En ville. Pas ici. Car là on vient pour ça ! Et je suis tout seul alors pourquoi mettre un panneau au milieu de la jungle que personne ne lira ? L'hippopotame a beau être une grosse bestiole, ça ne l'empêche pas d'être craintif, car à mesure que je me rapprochais des grognements et bien que je ne faisais aucun bruit, j'ai fini par ne plus rien entendre. J'essayais de scruter une oreille ou un œil parmi les lianes mais rien. Disparu !
En reprenant la voiture je me suis alors retrouvé à cheval entre deux lacs, sur un promontoire. Et là en contrebas, je les ai vus ! Deux hippopotames avachis comme une pièce montée ratée, à côté d'une mare de boue. Ils ressemblaient plus à des lions de mer affalés sur leur rocher. 
Saint Lucia et l'Océan Indien
Fallait savoir que c'était des hippopotames. Impossible du reste de savoir si on avait l'avant ou l'arrière de la créature. Un gros tas, quoi ! Deux jeunes se chamaillaient dans l'eau, reprenant juste leur respiration avant de replonger et de se mordre sous l'eau. La seule chose que j'ai pu avoir en photo c'est des mâchoires ou deux yeux qui dépassent avec deux petites oreilles. J'ai continué ainsi sur cette piste à la recherche d'autres trouvailles. Je chasse le rhinocéros. Mais il se fait rare. Ou alors il se repose, bien à l'abri de la chaleur. En revanche ces espèces de gnous, j'en vois à la pelle. C'est les moins trouillards. Ils vaquent sur la route, on peut les approcher à moins de 10 mètres. Pour les zèbres c'est une autre paire de manches ; dès qu'ils me voient, même au loin, ils détalent. Après tout un zèbre, c'est quoi ? Ce n'est rien de moins qu'un cheval peinturluré !
Comme la piste m'attire Dieu sait où (il y en a 18 kilomètres comme ça!), je décide de faire demi tour comme je peux, en évitant de tomber dans le lac ! La manœuvre est serrée. 
S'il m'arrive quoi que ce soit ici, on retrouvera mon cadavre des jours après. Et encore, si les bestioles ne m'ont pas trouvé en premier ! Je suis étonné par tous les animaux que je vois. J'étais venu ici pour un séjour balnéaire, au final je fais un safari. Je n'ai pas trouvé le moyen de prendre un seul bain, trop occupé à traquer du lourd. Et puis sur les coups de midi j'ai pris la direction de Saint Lucia pour espérer chercher un point wifi quelque part, déjeuner par la même occasion et acheter des vivres pour ce soir. Pour sortir du parc il faut présenter tous les papiers, le permis, dire qu'on va revenir... Et malheur à vous si vous perdez le permis, il vous en coûtera 400 rands. Je l'ai donc dans la boîte à gants, bien en sécurité. On ne sait jamais, avec les vitres ouvertes, j'ai déjà des papiers qui se sont envolés. Ils ont peur qu'on leur vole des bêtes ou quoi ? Pourtant sortir de là avec un zèbre, ça ne passe pas inaperçu !

L'estuaire le plus grand d'Afrique

A Saint Lucia, j'ai tourné dans une zone de riches blancs pleine de résidences secondaires et de lodges luxueux avec des murs électrifiés et des gardes. Et j'ai perçu un signal wifi non sécurisé et qui ne demandait pas de code. J'ai passé plus d’une heure ainsi, sous un arbre pour ne pas être en pleine chaleur, assis sur l'herbe au milieu de crottin qu'on avait disposé pour faire engrais. Les gens passaient se demandant ce que je faisais là, les voisins me regardaient d'un œil suspicieux par dessus leur mur. J'avais surtout peur qu'on me fasse déguerpir, accusé de voler un accès internet. Du coup il était à présent trop tard pour aller au restaurant et perdre encore une heure. J'ai pris ce qu'il me restait dans la voiture : deux bananes dont une verte malgré sa couleur jaune et un fond de paquet de biscuits. Et ce soir il ne va pas falloir s'attendre à ce que ce soit plus élaboré. 
J'ai bien un réchaud mais je n'ai pas trouvé au supermarché de bonbonne de gaz. A vrai dire ici ils ne jurent que par le barboc. Ça a même un nom, le brai ou un truc du style. C'est le nec plus ultra. Ils ne manquent pas de l'écrire parmi les attributs d'un hébergement comme d'autres affichent chez nous la présence d'une piscine. Le barbecue c'est sacré. C'est comme en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Ce doit être les mêmes descendants, je dirais plus proche des néo-zélandais, ils ont le même accent qu'on ne comprend pas et la mâchoire galloise !
Je me suis rendu à la plage de Saint Lucia. C’est toujours aussi sauvage mais l'eau est encore plus boueuse et il y a un vent de fou. Plus loin se trouve l'estuaire qui se perd en fait en lacs avec plein d'oiseaux dedans. On est invité à ouvrir l’œil pour apercevoir des flamants roses et à se tenir à plus de 30 mètres des hippopotames et des crocodiles. 
Je me suis mis en recherche de crocodiles mais ils doivent roupiller quelque part. Rien du tout, pas même un flamant rose, à moins qu'ils se soient déjà fait tous bouffer ! A la place j'ai eu droit à un jeune du Mozambique qui est venu me voir pieds nus pour me vendre des photos qu'il avait roulées dans sa main. Il voulait de l'argent, je n'avais rien à lui offrir et je n'en menais pas large avec tout mon attirail photographique, seul dans ce soin perdu. Il aurait tout aussi pu m'envoyer en pâture aux crocodiles !
Quand je suis revenu dans le parc, vers 16 heures, les safaris se terminaient. Ce sont des espèces de jeeps surélevées avec de gros vieux tout blancs dessus affublés d'une casquette, de jumelles et de gros appareils photos. On dirait la chaise du pape. Ils ont l'air grotesques. Le jour touche à a sa fin, les animaux sont de sortie. Il y en a partout, mais toujours pas de rhinocéros. 
Par contre j'ai droit aux sangliers mais c'est chiant car c'est court sur pattes et il n'y a que l'échine qui dépasses des herbes. D'ailleurs ils n'ont pas de succès. Photo ratée garantie ! Quand je suis arrêté et qu'une voiture vient à passer, le conducteur ralentit toujours pour vérifier ce qui se passe. Dès qu'on voit que je traque le sanglier, la voiture repart toujours illico en pétaradant, déçue de s’être arrêtée pour ça. C'est le désespoir du photographe. Moi je persévère. La conduite est est un peu folklorique. Les voitures sont arrêtées comme elles peuvent. Il n'y a plus de code de la route qui soit. Tout le monde fait comme moi, se mettant en travers de la route s'il le faut pour avoir un meilleur point de vue sur les bêtes. Certains n'hésitent pas à s'arrêter juste en contrebas d'une côte ou même de rouler à droite (un comble!), quand ce n'est pas en marche arrière ! Bref le danger est sur la route, pas avec les animaux. Mais ça ils ont oublié de l'écrire à l'entrée.
Les buffles sont à nouveau à l'honneur ce soir et c'est un troupeau entier qui bloque la route comme autant de vaches. Mais il n'y a pas de berger. Les mâles se reconnaissent par le fait qu'ils ont de plus grosses cornes qui leur donnent l'impression d'avoir sur la tête un casque de soldat de la première guerre mondiale. Les grenouilles sont aussi en transe. Ici elles ne croassent pas, elles font un bruit qui va entre un robinet qui goutte et le bip électronique d’ouverture des portes de voiture. Avant la tombée de la nuit j'ai fait un tour sur la plage pour voir l'ambiance. Les crabes sont en goguette et ont pris possession de la plage. Ils ont bien le droit de se baigner aussi. D'autres en profitent aussi pour faire du surf quand une vague arrive. On ne voit alors que leurs petits yeux qui sortent de l'écume. J'aurais bien piqué une tête également mais l'inconvénient du camping est qu'il faut vivre avec le jour. 
Ça se bouscule au camping!
Et j'ai encore une douche à prendre et le repas à préparer. Pour ce dernier ce sera vite fait, ça va encore être une salade grecque achetée au supermarché ainsi qu'une salade à base de pois et de légumes pour avoir un peu de protéines, le tout dégusté sur le siège côté passager, perdu dans mes pensées le regard plongé dans les ténèbres. Dans le noir la mixture oscille entre noir et gris foncé. Mais je préfère ça et avoir la porte ouverte que de mettre la lumière en étant obligé de fermer la portière à cause des moustiques et de mourir de chaleur. Dans la vie tout est question de choix...

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