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samedi 26 janvier 2013

De Johannesburg au Drakensberg

C'est une longue route qui m'attend aujourd'hui, je dois récupérer la voiture puis prendre la direction du parc national du Royal Natal classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Une valeur sure à laquelle on peut se fier ! D’après les renseignements que j'ai glanés sur internet, il faut compter 300 kilomètres et 2h30 de route. Ce parc national se trouve dans la chaîne montagneuse du Drakensberg qui délimite le Lesotho, ce petit pays tout rond coincé à l'intérieur de l'Afrique du Sud. Le Drakensberg est jugé comme l'une des curiosités naturelles de l'Afrique du Sud les plus spectaculaires. Ce sont des montagnes qui s'affichent à plus de 3000 mètres d'altitude. On peut les rejoindre au départ de Johannesburg ou de Durban, c'est à peu près équidistant. Au début je pensais que c'était plus près de Durban, c'est la raison pour laquelle j'avais réservé un billet d'avion Johannesburg-Durban, à prendre une heure après mon arrivée à Johannesburg. Mais j'ai changé mes plans. J'ai jugé que j'arriverais plus tôt à destination qu'en transitant par Durban.
On ne peut pas dire que je sois très frais ce matin. L'A380 a beau être tout neuf, j'ai eu droit à un siège un peu détraqué qui s'inclinait pour ainsi dire pas quand celui devant moi n'en finissait plus de me tomber sur les genoux. Déjà que je n'arrive pas à dormir en avion, on peut dire que si j'ai somnolé deux heures c'est déjà bien ! Au moment de l'atterrissage, je regardais dehors. Bonne nouvelle, il fait très beau. Et surtout c’est le retour du vert ! Les feuilles et les fleurs ont resurgi comme sous l'effet d'une baguette magique. Ou plutôt sous l'effet magique de l'avion. Adieu grisaille et morosité ! Bon il y a bien une horrible centrale nucléaire juste à côté qui fume avec ses 4 cylindres en béton, mais je ne vais pas m’éterniser ici.
Enfin, c’est ce que je pensais ! Car tout comme avec le vol de mon retour de Singapour, le débarquement d'un A380 est très long, surtout la récupération des bagages qui tombent au compte goutte sur le tapis roulant. De quoi se prendre une crampe de nuque le temps de scruter la ponte. Tout ça pour récupérer une tente, je ne sais pas si ça en vaut bien la peine, si ça se trouve je ne pourrai peut être jamais m'en servir. Tout le monde me met en garde que c'est un pays dangereux et mon entourage est très inquiet de me voir partir avec l'intention de faire du camping sauvage.
Au niveau de l'immigration j'ai un petit doute, j'ai oublié de regarder avant s'il fallait s'enregistrer sur un site spécial ou s'il fallait un visa. Mais le douanier qui me reçoit me pose juste deux questions : quel est le sujet de ma visite et combien de temps je reste. Même pas de cellule de quarantaine et d’inspection des bagages. J'aurais pu faire entrer sur le territoire n'importe quoi.
En me dirigeant vers le loueur de voiture je regarde si je trouve un distributeur de billets. Rien, à part des agents de change. Comme j'ai l'air perdu, tout un tas de larbins me proposent leurs services, pour faire rouler ma valise que je garde bien solidement agrippée. Ils ont beau avoir un insigne « porter », on ne sait jamais. Et puis je n'ai pas envie de leur filer une pièce, de toute façon je n'ai rien ! C'est pire qu'en Inde, il a fallu qu'il y en ait un qui m'escorte jusqu'à l'agence Hertz que j'aurais trouvé de moi même. Je prends donc la voiture en remettant à plus tard la récupération des devises. Je trouverais bien un distributeur en chemin...
Pour quitter l'aéroport pour le Drakensberg, il ne faut pas s'attendre à voir son chemin fléché ! Seules options : Johannesburg ou Pretoria. Même si j'ai un atlas routier que j'ai acheté avant mon départ, pas facile de me repérer. Il faut que je prenne la N3 - l'autoroute qui va à Durban - mais elle n'est pas indiquée. Et puis la chaleur accablante n'aide pas. Il fait bien plus chaud que lorsque j'ai l'habitude d'arriver en pays tropical. Même si je m’étais habillé en fonction hier, j'ai toujours le pantalon en toile qui est de trop et qui me colle aux cuisses. Pas le temps de m’arrêter pour mettre un short. De toute façon où pourrais-je m’arrêter, je suis sur des périphériques stressants, occupé à scruter les panneaux et concentré à ne pas louper la sortie N3 que je finis par repérer. En attendant je pousse un peu la climatisation. Je ne comprends pas bien leur système d'autoroute, il y a des panneaux partout marqués avec le prix à payer mais pas de station de péage. A la place, des mentions avec un site internet et un truc marqué e-ticket. J'ai l'impression qu'il va falloir payer sur une site internet et j'ai intérêt à me renseigner là dessus.
L'autoroute est un peu spéciale. Il n'y a pas de barrières, les voitures s’arrêtent sur le bas côté prendre des gens avec des sacs ou des valises, des individus traversent la route en courant pendant que d'autres marchent sur la bas côté alors qu'il n'y a rien à la ronde. Juste après Heidelberg, alors que je roule déjà depuis une heure dans un paysage de champs sans l'ombre d'un arbre qui pourrait faire penser à la Beauce, un péage finit par faire son apparition. Il faut débourser 34 rands (3 euros environ). Je tends ma carte bleue à la préposée nonchalante, un peu inquiet car il y a un signe « no debit card ». Mais entre les debit card et les credit card, je n'ai jamais bien compris comment les anglo-saxons faisaient. Verdict : card denied. Je tends alors encore plus inquiet une nouvelle carte que j'ai depuis mon retour (suite à mes déboires en Australie), une mastercard. Bilan : pareil, elle n'en veut pas. Je donne alors l'american express dont elle ne veut pas entendre parler. Du coup, comment on fait ? Je luis explique que je viens d'arriver, que tout ce que j'ai c'est des euros et que je n’ai pas trouvé de distributeur à l'aéroport. Pour 3 euros elle ne va pas commencer à me faire chier la connasse ! Eh bien si ! Elle ne veut pas que je passe, me demande de faire demi tour et d'aller trouver une ville avant avec un distributeur dedans ! Je lui suggère alors d'essayer d'utiliser un autre lecteur mais elle me répond que le problème viens de ma carte : «It's not the machine, it's your card. I've never seen a card like this before and its written : Card denied ». On nage en plein délire. Ce n'est pas parce qu’une machine dit un truc que la machine a raison. Bon c'est l'Afrique... Bienvenue ! Il ne faut pas s'attendre à discuter...
Je fais donc demi tour au péril de ma vie, avec toutes les voitures qui arrivent derrière moi ou en sens inverse. Direction Heidelberg où je finis par trouver un distributeur. Fébrile, j'insère ma carte : « card denied ». Au secours, ça recommence ! Il y a beau y avoir tous les logos Visa, Mastercard et tout le reste, je ne comprends pas. C'est quoi ce pays ? Comment je vais faire ? Je suis bon pour retourner en France tout de suite ! Au bord de l'attaque, sonné par le voyage, une nuit sans sommeil, la chaleur et baignant dans mon jus, j’abats ma dernière carte, sans y croire une seconde. Il y a à côté une autre machine qui a l'air un peu différente et qui offre plus d'opérations, comme la remise de chèque. J'insère ma carte, passe les menus, en faisant une petite prière au passage. Le système me demande de rentrer mon code. Il y a progrès ! Chaque étape passée est une victoire. Finalement je demande 5000 rands (près de 500 euros). Car si le problème doit se reproduire, il faut que je tienne avec ça jusqu'à ce que j’en ai fini avec le Drakensberg. La machine se perd en cliquetis et en bruits d'aspirateur. C’est que je lui demande une sacrée somme mais qu’elle finit enfin par me donner. Ouf, sauvé ! Je reprends alors la route direction le péage où je tends mon billet tout neuf un brin narquois : « Hello again ! ». Cette petite histoire m'a fait perdre 30 minutes, j'avais bien besoin de ça !
Avec tout ça il est 14h15 heures locales (une heure de décalage avec la France seulement), j'ai très faim et pas le temps de m’arrêter. Encore 180 kilomètres avant de quitter la N3 puis après une petite route à prendre pour sans doute 100 nouveaux kilomètres. Internet dit vraiment n'importe quoi, c’est bien plus long que prévu. Dans 120 kilomètres il y a Warden. C’est donc là que je m’arrêterai manger un peu, j'aurais fait plus de la moitié de la route. Sauf que Warden est un bled paumé, qu'il faut quitter l'autoroute et que ça va me rallonger, tout ça pour ne rien trouver peut être. Car à mesure que je m'enfonce vers le Lesotho, c’est de moins en moins « moderne », même si le paysage est toujours aussi moche, si on peut parler de paysage. La fatigue gagne, je me suis même surpris à me reprendre en sursaut car j'avais les paupières fermées un bref instant sans m'en rendre compte. Je continue donc ma route jusqu'à Harrismith où je dois de toute façon sortir.
Il est 15h40 quand j'y arrive enfin. Ça commence bien, je vois une voiture foncer vers moi, le temps de réaliser que je conduis sur la mauvaise file. Un loupé de la conduite à gauche ! Je fais alors demi tour promptement afin d'éviter un accident et dans la précipitation, je tente la manœuvre en un coup pour aller plus vite. Mais la voiture ne braque pas et je finis par râper le trottoir. Avec ces voitures qui ressemblent désormais plus à des chasses neiges qu'autre chose, me voilà coincé. Il faut que je fasse une marche arrière et ça grince de plus belle. A mon avis l'avant tout en plastique est mort ou défoncé. Un stress de plus ! Je pénètre alors dans Harrismith à la recherche d'un supermarché. C'est ma dernière occasion pour faire le plein de nourriture car là où je vais il n'y a rien et au lodge il n'y a pas de restaurant. Seulement celle ville est un repère d'estropiés, de mendiants, de va nus pieds (au sens propre du mot) et d'individus pas nets ! Rien ne se tient, tout est rouillé et délabré et ressemble à un township. Manquerait plus qu'une agression, tiens !
Le bungalow numéro 2
J'ai fini par trouver un supermarché (ou plutôt un nulmarché car il n'avait rien de super...) ; un truc tenu par des asiatiques, avec rien à vendre. Il y a bien des yaourts mais ils sont à même le sol en pleine chaleur malgré le fait qu'il y ait écrit dessus « Keep refrigerated ». Je ressors de là avec de l'eau, des biscuits, du pain de mie, des jus de fruits, des bananes, des tomates et une boîte d’œufs. C’est pauvre ! Comme le reste... Par prévoyance, je décide alors de passer à la station service, Shell. Il me reste la moitié du plein mais on ne sait jamais... Pour l'essence c'est un type qui s'y colle, je lui demande un plein qu'il met une éternité à remplir, actionnant sur son pistolet par à coups comme un demeuré. Le temps qu'un autre acolyte arrive, ouvre le capot pour vérifier les niveaux. J'ai beau lui dire que c’est une voiture de location que je viens de récupérer, il trouve quand même le moyen de me faire le pare brise malgré mes protestations. Occupé à essayer de m'en défaire, je finis par aller voir l'autre à l'arrière qui n'en finit plus et lui demande de reposer son pistolet en faisant valoir que j'ai assez d'essence. 30 litres viennent d'y passer alors que c'est une petite voiture et que j'avais encore la moitié du plein. A mon avis sa pompe est trafiquée, je n'ai même pas besoin de l'écrire ! Je commence à me demander ce que je suis venu faire dans ce pays. Je regrette l'Australie où tout marchait comme sur des roulettes... Mais je viens d'arriver, il ne faut pas que je m’écoute, le premier jour est toujours un jour où l'on n'a pas toute sa tête. Sauf que la carte bleue ne passe toujours pas... J'ai du liquide, demain est un autre jour, j'ai décidé de ne plus y penser sinon je vais faire une crise de nerfs...
La route à prendre pour le parc national est la R74 et les dix premiers kilomètres c'est une piste défoncée avec des nids de poule où l'on ne peut pas rouler à plus de 40 km/h. A ce rythme, je ne serai jamais arrivé avant la nuit. Le paysage commence à avoir de l’intérêt avec du relief et des blocs comme des monolithes surgissant de la brousse garnie de maigres arbres en forme d'ombrelles aux feuilles rabougries. On y verrai aisément des antilopes gambader allègrement. Il y a même des lacs. Je viens de passer un col sans m'en apercevoir, à plus de 1500 mètres d'altitude. Ça fait drôle car on a toujours l'impression d’être au niveau de la mer.

Mon bungalow face à un site classé patrimoine mondial de l'Unesco! Rien que ça!

Au moment de bifurquer pour le parc national Royal Natal, le ciel s'obscurcit soudainement et s'épaissit à mesure que je me rapproche du parc. Il y a plein de gens qui marchent sur le bas côté, au milieu de la pampa, des mains qui se tendent pour me dire bonjour, des bambins qui se jettent sur mes roues et des cases toute rondes en torchis et au toit de paille. Ça se « densifie », les panneaux fléchant les lodges aussi. Comme c'est touristique, peut être pourrai je trouver une épicerie. Mais trop tard, je viens de pénétrer dans le parc. Une barrière en interdit l'accès, il faut aller voir le garde. Je lui dis que je réside au Tendele et après avoir rempli un registre, il me laisse passer. La route qui suit devient sauvage, partant en lacets. Je finis par arriver au lodge, 30 minutes avant la nuit qui arrive d'un coup d'un seul. J'arrive aussi avec la fin des randonnées. Les gens ont tous l'air éreinté et personne ne me calcule. C'est une caravane de godillots orthopédiques desquels dépassent des chaussettes épaisses, de tenues total look beige, de bâtons de pèlerin et d'encombrants appareils photos arnachés autour du coup. Lors de mon précédent périple j'ai beaucoup critiqué les reflex mais va falloir que je m'y colle, j'ai fait réparé le mien...
La réception est fermée mais un tableau trône dehors sur lequel pendouille une clef avec mon nom. J'ai le bungalow numéro deux et un couple de japonnais qui vient d'arriver prend possession du numéro un. J'installe mes affaires. Le bungalow set un peu le moisi mais il donne sur la nature. J'ai une baie vitrée où je vois une vallée comme si j'étais dans une tente, le confort en plus. Il est 17h30 et je m'affale sur le lit, claqué, où je fais une sieste d'une heure. C'est alors que je suis extirpé de mon coma par un bruit de quelqu'un qui frappe. La réception ? Pensez vous, ce n'est qu'on oiseau qui me regarde interloqué à travers la vitre qu'il cogne avec son bec. Bon, quitte à être réveillé, je rampe péniblement jusqu'à la salle de bain pour prendre une douche mais la vitre qui empêche que ça éclabousse partout fait 50cm de large. J'opte donc pour un bain qui me fera le plus grand bien. Un peu trop d'ailleurs puisque je reste à barboter là dedans, l'esprit ailleurs, en proie à des pensées délirantes, le corps paralysé. Impossible de m'extraire de là. Deux heures passent ainsi !
Il est désormais 21 heures, l'heure de manger, ou du moins d'essayer. Vu ce que j'ai, ça s'est terminé en sandwich aux rondelles de tomate et à l'omelette, le tout sans matière grasse ni sel. Il y a beau y avoir toute la vaisselle qu'il faut, la salière est vide. Pourtant c'est bien un truc que les gens laissent d'ordinaire. Ça bat le réveillon que j'avais eu pour le premier de l'an 2012 à l’Île des Pins ! Mais ce n'est pas grave, je suis sûr que demain tout ira mieux...

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