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mardi 29 janvier 2013

En route pour Saint Lucia et Cape Vidal


Une dernière du Drakensberg...
Je n'ai pas tardé ce matin à plier les bagages et à les enfourner dans la voiture. Et pourtant, le soleil était de retour par intermittence, entre deux nappes de brume, enveloppant les sommets de coton et plongeant au cœur des vallées. C'était superbe. Les sommets de l'Amphithéâtre se dégageaient aussi par endroits. C'est plus photogénique ainsi que lorsque le site est complètement découvert, ça ajoute de la magie et du mystère. Partir d'ici me déchire un peu le cœur. A la réception j'ai appris que mon père avait appelé, inquiet de ne plus avoir de mes nouvelles depuis que j'ai atterri à Johannesburg. Mais ici, dans ces montagnes reculées, le portable appartient à un monde qui n'a plus sa place. La réceptionniste m'a demandé où j'allais, je lui ai répondu que je pensais aller vers Saint Lucia puis le parc de iMfolozi. Son père travaille là bas, au camp Mpila où je serai le 31 au soir. Elle m'a demandé de le saluer. Le hic est qu'elle a un nom qu'on arrive péniblement à répéter et qu'on oublie 10 secondes plus tard ! Elle m'a aussi dit que ça allait être une longue route. C'est pour ça que je suis parti dès 8h15.
Route à partir de Colenso
Pour quitter le parc, il faut présenter un papier remis à l'entrée avec un code barre qui permet de lever la barrière. Tout le monde me demande ce ticket depuis que je suis arrivé. Pris dans le stress du voyage depuis Johannesburg, je suis dans l'incapacité de le retrouver, ce n'est pas faute d'avoir retourné en vain la voiture, les sacs et le bungalow. C'est un mystère. Il y a fort à parier que je le retrouve en vidant mes bagages de retour en France. Pour l'heure, pour avoir le droit de sortir il faut payer en quelque sorte une amende de 10 rands (en France on appellerait ça des frais de dossiers) réservée aux étourdis comme moi. Il n'y a pas de petit profit, tout ça pour appuyer sur un bouton...
Tout comme quand je suis arrivé, même si la vitesse est limitée à 100 kilomètres partout, il faut faire très attention aux gens qui marchent sur le bord de la route, aux nids de poule, aux vaches et aux chèvres qui mènent tranquillement leur vie au milieu de la route sans être effrayées. 
iSimangaliso Wetland Parc
Il y a aussi toujours quelqu'un pour faire du stop au milieu des endroits les plus improbables. J'en prendrais bien à bord mais on ne sait jamais si l'on ne va pas se faire détrousser au passage. Dans le doute, abstiens toi. Les doudous me font rire. Outre qu'elles se ressemblent toutes, elles ont des habits très colorés, des gilets sur des robes, tenant de larges ombrelles pour s'abriter du soleil. C'est un festival de couleurs. Il y a des tranches de vie que je chope au passage, que je rêverais d'immortaliser en photo mais je ne suis pas doué pour cela, on ne sait jamais comment ce serait perçu. Je ne veux pas passer pour un voleur d’âmes qui finira puni dans quelque rituel vaudou...
J'ai décidé d'emprunter la route R74 pour Stanger, ville près de l'Océan Indien, qui me permet d'éviter Durban. Certes je ne bénéficierai pas de l'autoroute mais d'un autre côté les distances semblent plus courtes sur la carte ainsi. Le début à partir du moment où j'ai quitté le Royal Natal offre peu d'intérêt. Les paysages sont monotones, constitués surtout de prairies et de champs de maïs perchés sur un haut plateau. 


Cocher, arrêtez cocher, j'ai un phacochère coincé dans la portière...
Par contre le paysage change brusquement une fois dépassé Colenso, en dessous de Ladysmith. Il devient très vallonné et arboré de ces espèces d'arbres/arbustes épineux qui donnent en ce moment des fleurs jaunes en forme de pompon qui rappellent le mimosa et embaument l'air sur mon passage. Je roule toutes vitres ouvertes, en profitant pour voler quelques clichés au passage. La route est déserte, ça donne l'impression de grands espaces. C'est l'Afrique comme on se l'imagine. De temps en temps on aperçoit des cases rondes en terre battue avec des chèvres tout autour. On croise des gens tout secs, des petit vieux noueux, des sourires édentés et une main qui se lève. C'est touchant. On voit aussi des gamins sur des bicyclettes, pieds nus, pédalant sans tenir le guidon, sirotant un coca-cola. Choc des cultures, j'aurais pu tenir là une belle photo dont je garderai l'image dans ma tête et que j'essaye de vous retranscrire.
Encore une fois le spectacle change autour de Greytown. Alors que le temps ne cesse de se dégrader à mesure que je me rapproche de la mer (je m'attendais plutôt au contraire), les forêts de pins et d'eucalyptus font leur apparition. J'ai lu que l'Afrique du Sud se targue d'avoir tous les continents réunis en un seul pays (je crois me souvenir que la Nouvelle-Zélande a postulé aussi pour ce titre...). Pour l'instant de ce que j'en vois c'est plutôt vrai. On se croirait quelque part en Autriche. Les villages que je croise font très européens, avec des maisons en bois et des allées propres et cosy. Rien à voir avec ce taudis sans nom d'Harrismith ! A Greytown c'est jour de marché, à moins que le marché soit tous les jours. Les gens ont disposé par terre dans la poussière leur marchandise : des habits, des sacs, des bananes, des ananas... Une foule se presse tout autour. Tout d'un coup c'est le bordel. Des voitures et taxi brousses débordant de bras surgissent de partout sans crier gare. J'ai l'impression que je ne cesse de monter, me donnant l'impression de ne pas avoir choisi la route la plus facile (depuis quand doit on grimper pour aller vers la mer surtout quand on arrive de 1500 mètres d'altitude?), tant et si bien que je finis dans les nuages et la pluie.
La route finit par descendre à une cinquantaine de kilomètres de Stanger. Les alentours deviennent plus peuplés et les maisons garnissent alors le moindre morne. La circulation se densifie, les camions aussi. C'est une route de virages, de montées et descentes où l'on finit très fréquemment à 30 à l'heure coincé derrière l'un de ces camions. Parfois ce sont des ralentisseurs non signalés, au milieu de nulle part, pour signaler des gens qui attendent au bord de la route (la jonction d'un arrêt de bus?). Il est 12h30 quand j'arrive à Stanger. Déjà plus de 4 heures que je roule. Je pensais m'arrêter déjeuner ici et en profiter pour choper un signal wifi. La route passe à côté et vu le genre de ville que c'est, ça ne sert à rien d’en attendre quoi que ce soit. C'est encore une de ces villes désignées par un gros rond sur ma carte et qui ne sont en fait que des bleds anarchiques. Je décide donc de poursuivre et regagne l'autoroute qui longe l'océan – que l'on n'aperçoit jamais.
Le temps est pourri, il pleut comme vache qui pisse et je me vois de moins en moins aller à Cape Vidal pour camper sous la flotte. A quoi ça sert une plage par un temps pareil ? Une heure plus tard je m'octroie ma première pause. C'est un aire d'autoroute peu avant Richards Bay qui dispose d'un fast food. Le hamburger est bien trop gras, trop de sauce et un goût de steak abominable de couleur rose que je finis par jeter. C'est l'heure de faire un point. Pourquoi ne pas aller au parc national d'iMfolozi plus tôt que prévu, en choisissant l'autre hébergement du parc ? J'y serai mieux que sous une tente humide et en plus je pourrai voir des animaux qui se moquent de la météo pour se montrer. Au fast-food j'arrive à avoir un signal wifi mais il ne marche pas. Je décide alors d'envoyer un texto à mon père pour lui demander de réserver le camp. Il a toutes les infos pour le faire. 
Sauf que j'oubliais, il est dans le train pour Paris, ne comprend rien à ce que j'écris et me demande si je suis toujours dans le Drakensberg. OK, je vais me débrouiller par moi même. Est-il sage de me rendre dans le parc sachant qu'il est déjà 14 heures, qu'il me faudra encore plus d'une heure pour accéder au parc, puis faire plusieurs dizaines de kilomètres dans le parc pour arriver au lodge, sans certitude qu'il y ait de la place ? Mais plus que ça, je crains surtout qu'il n'y ait plus personne à la réception et que je doive faire demi tour. Car les horaires d'ouverture des réceptions du camp des parcs du Kwazulu Natal ont l'air très serrés. Finalement, en passant devant l'embranchement pour iMfolozi je décide de poursuivre. Saint Lucia est plus proche et j'en ai un peu marre de conduire.
De plus, je n'ai toujours pas réglé le problème de l'adaptateur pour prise électrique (je l'ai rendu au Tendele) et il serait bon que je trouve un supermarché digne de ce nom. 
Pas question d'aller à nouveau dans un « self-catering lodge » sans avoir fait le plein de provisions au préalable. Comme je sais que Saint Lucia est touristique, avec en plus l'effet mer, mon petit doigt me dit que je devrais y trouver des touristes et donc des magasins plus aboutis et mieux achalandés pour satisfaire cette clientèle de blancs. Et j'ai eu raison : à Mtubatuba un Pick-and-Pay a fait mon bonheur et j'y ai trouvé ce fameux adapatateur. Sauvé ! J'ai aussi acheté des victuailles pour le soir même. Car mon idée à présent est bien de me rendre à Cape Vidal. A mesure que je me rapproche de la mer, une belle trouée de ciel bleu se fait jour et je ne tarde pas rapidement à changer de climat. La route pour Saint Lucia est très belle, luxuriante. Ce n'est pas la encore la jungle mais on s'en rapproche. Ça pourrait faire penser à certains coins de la Martinique, vers le sud. J'ai vaguement le souvenir d'avoir lu qu'il y avait un camping à Cape Vidal mais je n'en suis pas très sûr. Sinon je ferai du camping sauvage ou au pire je dormirai dans la voiture.
Sauf qu'un truc m'a échappé : j'ai oublié que Saint Lucia était dans un parc national, le iSimangaliso Wetland Park, et que l'accès est restreint. Un poste de garde est planté devant avec une barrière. Je demande alors s'il y a bien un camping au bout. Il me répond que oui, me demande pour combien de nuits je souhaite rester et s'empresse de téléphoner au camp qui confirme la réservation. Tout s'arrange, je vais être bien là dedans. A nouveau dans un parc national. C'est ma tournée des parcs d'Afrique du Sud. C'est ce qu'il y a de mieux à voir, ce n'est pas un hasard si un endroit est un parc national. Celui-ci a pour particularité d'être le plus large estuaire d'Afrique et on rencontre dans ses eaux des crocodiles, vers la mer des requins et dans ses terres des rhinocéros et autres délicieuses bestioles. Il y en a pour tous les goûts. 
Le parc est en plus classé au patrimoine mondial de l'Unesco, signe qu'il surpasse encore tous les autres (comme le Royal Natal avant lui). Je sens l'excitation monter. Ce sont des endroits comme ça qui justifient que je sois ici. J'en oublie les 7h30 de route et la fatigue. J'espère qu'un jour je ne serai pas trop vieux, fatigué à l'idée des efforts à fournir et des emmerdes à subir et jugeant qu'on est mieux chez soi à regarder ces paysages à la télé.
A peine la barrière levée, je n'en reviens pas. Un groupe de singes m'accueille, assis sur la chaussée tandis que les jeunes se tirent les pattes et les oreilles sur le bas côté. Plus loin ce sont des espèces de sangliers qui broutent l'herbe, pas gênés par la présence de ma voiture. On voit bien qu'on est chez eux. La barrière a été positionnée au bon endroit et ces créatures savent bien qu'au delà ce n'est plus leur monde. 
Le paysage à ce niveau est une savane humide avec des collines boisées derrières lesquelles se situe la mer dont en entend les vagues déferler sur le sable. Mais la mer ce sera pour après. Pour l'heure je n'ai d'yeux que pour les animaux. Je fais des sauts de puce, plus loin je suis alerté par des espèces d'antilopes qui se retournent sur moi, interloquées tout autant que moi. J'ai la portière de la voiture ouverte et je me tiens debout à l'intérieur, m'agrippant au toit. C'est mon safari à moi. Je ne coupe même plus le contact, ça n'arrête plus, c'est un défilé permanent de bestioles. A qui le tour ? 200 mètres plus loin ce sont deux rhinocéros qui pataugent dans le marais. Ils sont un peu loin et mes clichés trop flous. Vous ne les verrez donc pas mais je suis sûr que j'en verrai d'autres. Je suis là pour deux nuits et déjà en quinze minutes j'ai vu des singes, des phacochères, des ongulés et 2 rhinocéros. Et ce n'est pas le zoo ! C'est la vraie vie. En plus on dit souvent que les animaux ne se montrent qu'à la tombée de la nuit ou au lever du jour. Ici il semblerait qu'ils aient oublié l'adage !
Un cousin du suricate?
La route de la barrière jusqu'à Cape Vidal est longue de 35 kilomètres. A l’allure que je vais je n'y serait sûrement qu'à la tombée du jour. Tant pis pour la plage, je la verrai demain ! Pour voir encore plus d'animaux ils ont disposé des cachettes, des espèces de plate-formes d'observation planquées dans la végétation pour espionner les bestioles qui ne se doutent de rien. Il faudra que j'essaye ça demain. Il y a aussi des itinéraires bis où l'on est invité à pénétrer sur des pistes de terre rouge. J'en essaye justement une, fléchant l'accès à une plage qui se trouve en fait être une plage de rochers. Mais le long de la piste, j'ai croisé deux nouvelles sortes d'ongulés, bossus comme un chameau dont les mâles ont de longue cornes tortueuses. Mais surtout c'est un autre animal que j'attendais que j'ai enfin vu : deux zèbres, puis un troupeau de quatre qui se suivaient à la queue leu-leu. C'est quoi ce parc ? C’est un truc de malade ! Cette fois je suis complètement euphorique et en oublie l'heure qui passe.
De retour sur la route, ce n'est pas la fin du spectacle pour autant. Ici un troupeau de buffles, là d'autres sortes d'antilopes au milieu d'herbes baignant dans un halo formé par la lumière d'un jour qui décline. Plus loin deux mâles qui s'affrontent entrelaçant leur cornes, luttant front contre front. Cet endroit est extraordinaire. Les animaux nous regardent comme si on était un animal comme un autre. Chacun à sa place, les phacochères marchent à côté des antilopes (je donne le nom d'antilope à tout ce qui y ressemble, sinon je ne suis pas rendu, et en plus je ne connais pas leur doux nom, alors...). C'est ainsi que j'arrive au camp, niché sous une jungle bien sombre. La réception est fermée, elle pliait boutique à 16 heures. J'ai bien fait de ne pas être allé à iMfolozi, je m'y serais cassé le nez. Mon nom figure sur le panneau à l'entrée et on m'a attribué l'emplacement numéro 1, le premier quand on rentre. Comme ça ne me convient pas forcément, je fais le tour des emplacements pour en trouver un plus reculé et c'est alors que je remarque d'autres invités : des singes qui font du raffut en se jetant de branche en branche mais aussi des espèces de bambi sans queue, couleur daim, qui vaquent en reniflant partout comme des chiens. Et puis il y a aussi des colonies de centaines d'individus ressemblant à des fouines et qui couinent comme des suricates. Sans doute un cousin du Kalahari... Ce soir je me suis couché pour la première fois à côté d'une plage que je n'ai jamais vue, la tête pleine d'images, enivré par toute cette faune déjà rencontrée et excité à l'idée de celle que je vais découvrir demain...

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