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dimanche 27 janvier 2013

L'Amphithéâtre du Royal Natal national park

L'Amphithéâtre depuis le lit!
 Au petit matin j'ai été réveillé par tout un tas de bruits, des sifflements, des chants, des trucs que je n'avais jamais entendus ailleurs auparavant. Comme il y a des mises en gardes placardées un peu partout au sujet de babouins qui s'invitent à la fête, j'ai tiré les rideaux d'un coup d'un seul m'attendant à trouver une grimace de babouin surpris de l'autre côté de la fenêtre. Que nenni ! A la place j'ai eu droit à une ambiance à la « Gorilles dans la brume ». Le camp est situé à 1580 mètres d'altitude de ce que j'ai vu hier sur la brochure du parc national qui m'attendait avec la clef du bungalow. Je suis censé être entouré par ce fameux Amphithéâtre, une muraille qui culmine à 3000 mètres et qui est la raison de ma visite. Espérons que j'arrive à le voir. Ce n'est pas certain, j'ai lu des blogs où des gens étaient restés plusieurs jours de suite sans pouvoir mettre un pied dehors en raison de la pluie. En cette saison il est censé pleuvoir 20 jours par mois !
Tandis que j'écrivais pour le blog, je vis passer dans mon champ de vision le japonais d'à côté surexcité qui mitraillait je ne sais quoi. J'ai alors ouvert la porte qui donne sur la vue pour constater que les nuages se dissipaient et que les premiers sommets de l’Amphithéâtre commençaient à faire leur apparition.
Apparemment ce n'est qu'une brume de passage au delà de laquelle on distingue le ciel bleu. J'ai donc tout arrêté pour aller à la réception me faire enregistrer et regarder un peu ce qu'ils vendaient comme victuailles. Ici les prises de courant sont très spéciales. J'ai beau avoir emmené mon attirail d'adaptateurs censés marcher dans le monde entier, aucun ne fonctionne ici. Il faut dire que les prises sont énormes, on dirait des prises de machine à laver. J'ai lu sur la brochure de présentation du camp qu'ils en vendaient. Mais il n'y en a plus, à la place ils se proposent de m'en louer un. Ça va déjà me dépanner pour mon séjour ici mais au delà il faudra que j'en trouve un quelque part. Je ne sais pas où, vu les magasins que j'ai croisés pour l'instant ce n'est pas gagné. Tout comme le fait de trouver un point wifi. Il est fort à parier que ce blog ne soit pas alimenté en temps réel. Quoi qu'il en soit je continue à écrire.
J'avais décidé de ne rester au Tendele que deux nuits mais je ne me vois pas migrer vers le camping voisin, d'autant plus que je ne suis pas parvenu à trouver une bonbonne de gaz ce qui fait qu'il me serait impossible de me faire à manger. Et rappelons le il n'y a pas de restaurant aux alentours. Pour l'épicerie il faut faire avec les trucs basiques qu'ils vendent dans la boutique de souvenirs. Ou alors se rendre à Bergville à 50 km de là ! 100 km pour ramener un kilo de riz, non merci ! La boutique ne vend pas grand chose mais l'essentiel est là : de l'huile, du sel, une conserve de haricots et de petits pois et un rayon surgelés avec des brochettes de bœuf qui baignent dans un jus peu ragoutant qui sent le congelé/décongelé. Pas le choix, va pour les brochettes. Il y en a 4, ça me permettra de tenir plusieurs jours. Et puis je les ferai bien cuire, il y a un barbecue dehors à disposition. 
J'ai réglé le type par carte, je lui ai expliqué mes déboires et il ne disait rien comme s'il s'en foutait. Va falloir que je m'y habitue... De plus il comprend très mal l'anglais et parfois je me demande dans quelle langue il me parle. Je pensais qu'avec ce qu'on a infligé aux noirs ici ils auraient une haine du blanc mais je ne suis pas plus mal reçu que dans n'importe quel autre pays où ils sont. Le personnel de chambre est même très souriant et amical. Pour la carte bleue sinon, elle fonctionne très bien, merci. On va donc dire que je suis tombé sur des abrutis hier ou bien qu'hier n'était pas mon jour.
Aujourd'hui la fatigue est effacée. Je suis frais pour aller me balader et je suis au taquet pour en découdre. Le programme : les gorges de Tukhela, la randonnée la plus fameuse du parc national qui permet de se rendre au pied de l’Amphithéâtre. 
C'est l'une des randonnées les plus spectaculaires et elle se mérite : 13 km aller/retour. Je retrouve cet état de joie et d'excitation de la découverte. Le sac est un peu long à faire en revanche. Je tourne en rond, oublie un truc, cherche quelque chose que je ne retrouve pas, oublie l'eau... Bref je n'ai pas encore mes repaires et j'ai tout mis sur le frigo ou la table. C'est un bordel sans nom qui ne me ressemble pas. Pour le pique nique ça va être minimaliste : une banane qu'il me reste d'hier (je n'en avais pris que 3 car elles étaient déjà très mures), un yaourt (à boire, je n'ai pas pris ceux par terre) et des biscuits. Je sais que ce n'est pas assez mais après tout à Koh Lanta ils ont bien moins et ça ne les empêche pas de vivre le temps de leur aventure. Alors je peux bien être en privation quelques jours, je ne vais pas en mourir. Comme vous pouvez voir les vacances ne sont pas signe pour moi de repos. Bien au contraire, c'est le moment où je vis à 100%, essayant de récupérer ce temps que j'ai perdu en ne voyageant pas. Je sais que je rentrerai crevé, c'est toujours comme ça, je table sur le fait d'aller travailler pour me reposer le soir. Car quand la vie est nulle, autant en profiter pour dormir plus. Métro boulot dodo...


Enfin ça, ce sera pour plus tard, je suis en Afrique du Sud et bien là, je dois découvrir plein de choses qui se promettent d’être exceptionnelles. Il est 9 heures quand je commence la randonnée et le soleil est déjà bien haut. Tous les nuages se sont dissipés. Il fait jour ici avant 6 heures du matin. J'ai un peu trop traîné mais il fallait que je commence doucement. Pour un premier jour... Le départ de la randonnée d'après ma carte peut se faire à partir du camp mais je ne trouve pas le départ, rien n'est indiqué et je n'ai pas envie de retourner à la réception. Vu comme le type avait l'air vif, je ne suis pas sûr non plus qu'il soit en mesure de me répondre. Finalement je finis par trouver sur ma droite un sentier qui semble partir dans la bonne direction, se faufilant dans les hautes herbes. Ça ressemble plus à un chemin de bête sauvage qu'autre chose. La carte donnée par le parc national est tout de même bien détaillée et je n'ai pas grand mal à me repérer. J'avais acheté une carte de randonnée du Drakenseberg avant mon départ mais je crois que je ne vais pas m'en servir, son échelle et sa précision sont moindres.
L'Amphithéâtre se dresse majestueusement devant moi. Pour y arriver le sentier longe un cours d'eau. Il n'y a pas d'ombre et le soleil cogne dur derrière moi. Je suis en nage et je n'ai pas trop besoin de ça, j'ai emmené 75cl d'eau et je me rends compte qu'avec cette chaleur c'est de l'inconscience pour une journée entière. J'ai déjà soif alors que je marche depuis 30 minutes et je commence déjà à me rationner. Une gorgée par ci par là. Je ne peux pas être en déshydratation toute la journée. Au pire si je n'ai plus rien, il y a bien l'eau des cours d'eau mais je ne sais pas si elle est potable et je préférerais dans le doute m'abstenir. En attendant je m'économise et marche tranquillement. De toute façon j'ai toute la journée devant moi et puis la lumière est déjà trop crue, je sais que je ferai de meilleurs clichés plus tard dans l'après midi. Mais il faut quand même que j'arrive au pied de l'Amphithéâtre avant le début de l'après midi car vu comme il est fichu, je risque après d'avoir le soleil face à moi et de ne pas pouvoir donc le prendre en photo.
Chemin faisant je ne croise personne. Au camp il y a des mises en garde invitant les pensionnaires à inscrire sur un registre la randonnée qu'on envisage pour la journée, assujettie à une mention « Never hike alone ». Faute de temps je suis passé outre, certain de croiser du monde. Et puis la randonnée n'a rien de difficile, c'est un classique et des milliers de visiteurs arpentent ce sentier chaque année. Il suffit de faire un peu attention à là où l'on pose le pied et de ne pas quitter le chemin. C'est ce que je me dis pour me rassurer. Mais avec ces hautes herbes et la chaleur, je ne serais pas surpris de croiser un serpent. J'évite d'y penser, pour l'instant la végétation, le climat et le temps pourraient me faire penser que je suis toujours en Europe...l'été !
De temps en temps le chemin traverse des zones de végétation très dense, limite luxuriante, à la faveur d'un cours d'eau qui dévale les pentes. 
C'est rafraîchissant et ça permet de se reposer du soleil. Il y a aussi plein de fleurs, de papillons qui virevoltent, de champs d'oiseaux et des sifflements d'insectes. J'en profite à chaque fois pour m’arrêter un peu et prendre en photo la moindre des petites fleurs, jouant avec un rayon de soleil venant l'illuminer. Comme plante que l'on connaît, il y a une toute petite fougère aux feuilles toutes rondes, bien connue comme plante d'appartement dans nos contrées. Ici elle est sauvage et prospère allègrement tandis qu'en pot c'est une saloperie que je n'ai jamais réussie à garder et qui finit pas jaunir et se dessécher. Il y a plein de graminées hautes comme un homme qui embaument l'air sur mon passage. Je ne cesse de saisir un brin de ci de là pour le porter à ma bouche. J'aime bien, ça a un petit goût sucré et on peut jouer avec. Ça occupe les mains. Même si je les ai très occupées avec le reflex à l'épaule et un sac à dos qui me scie l'autre épaule. Définitivement je crois que le reflex et moi on est fâché. 
Même s'il offre plus de possibilités et que je peux jouer avec des filtres, je suis le plus souvent déçu du résultat. En fait ça a l'air génial quand on regarde dans le viseur mais ensuite quand on regarde le résultat sur l'écran ça n'a plus rien à voir. Je sais qu'il font de nouveaux reflex qui n'en sont plus vraiment car le viseur est désormais électronique. C'est beaucoup décrié par certains mais ils offrent l'avantage de voir exactement ce que saisit le capteur et donc ce qui sera sur la photo, et ce dès la prise de vue. Mais l'inconvénient majeur c'est le poids et l'encombrement. On ne se sent pas libre, dès qu'il y a un passage un peu étroit l'appareil cogne contre la roche. J'ai aussi un compact dans la poche, plus polyvalent, qui me permet de saisir des panoramas et dont l'angle de prise de vue est plus large. Pour les plus belles scènes je les prends en double par mesure de précaution. Si ça sort raté sur un appareil, l'autre sauvera sûrement. OK, je ne dis pas, un reflex offre une définition meilleure mais pour une visualisation à l'écran je ne vois aucune différence. Et ce soir alors que je suis en train de trier les photos pour illustrer le blog je m'aperçois que j'ai gardé plus de photos faites avec le compact. Ce voyage sera un test pour voir si je suis un fâché du reflex à vie !
Au bout de 3 heures tout de même je finis par pénétrer dans la gorge. Là je croise du monde, occupé à batifoler bruyamment dans les bassins et cascades. J'ai trempé un pied, elle n’est pas très froide et je piquerais bien aussi une tête. Mais j'ai toujours à l'esprit de continuer jusqu'à la fin des gorges avant que le soleil ne me fasse face. Heureusement que j'ai mes Crocs car il faut passer d'un côté à l'autre du cours d'eau en le traversant à pied à plusieurs reprises. Pendant que je vois les autres godiches, j'y vais franco marchant là dedans comme si j'avais les pieds palmés. Ma gorge en attendant est complètement sèche, j'ai vidé la moitié de la bouteille et ça n'a rien changé. De voir toute cette eau en plus me rend fou, je ne vais pas finir tout sec dans un endroit pareil, ce serait un comble. Par moment j'ai envie de demander aux randonneurs que je croise si l'eau est potable mais il est fort à parier qu'ils ne sauront pas me répondre. 
Alors je regarde si certains remplissent leur gourde mais personne ne le fait. Je ne sais pas si c'est le manque d'eau, la fatigue de la randonnée au soleil ou le manque d'énergie vu ce que j'ai mangé jusqu'à présent mais mon équilibre est précaire. Quand je monte sur un rocher pour prendre une photo je titube, mon corps part dans des mouvements de demi tour incontrôlés. Je ne sens plus mes jambes et ça m'inquiète. Pour traverser à gué c’est pareil, je me sens étourdi. Je devrais faire une pause mais ce n'est pas possible. La gorge est si belle.
A la fin il y a une bifurcation et à droite la gorge se transforme en tunnel. Il faut marcher dans l'eau jusqu'au mollet et mes chaussures en plastique sont parfaites pour ça. On se croirait presque dans un de ces canyon de l'ouest américain. En parlant de ça, ça me fait penser à cette émission « Je ne devrais pas être en vie » qui retrace les aventures de personnes parties en randonnée pour la plupart et à qui il est arrivé une tuile, les forçant à attendre les secours pendant plusieurs jours. 
Ça se gâte!
Je me rappelle un épisode où quelqu'un blessé avait été contrait de laper une maigre flaque d'eau à côté de laquelle il gisait. Si certains survivent comme ça, il n'y a pas de raison que j'attende plus longtemps. J'ai donc fini le contenu de ma bouteille et me suis mis à la recherche de l'une des sources d'eau qui coule par un mince filet le long de la falaise. J'ai essayé de remplir ma bouteille mais le goulot était trop étroit et au bout d'un quart d’heure je n'avais même pas de quoi me satisfaire d'une gorgée. J'ai alors jeté un coup d’œil à la carte : le Tukhela prend sa source tout en haut de l'Amphithéâtre, au niveau de Mont-aux-sources qu'il dévale par les plus hautes chutes du monde (parait-il). Il ne traverse aucune zone habitée et même si je ne me trouve pas à sa source, je tente le truc. Comme je suis arrivé au bout du chemin (c'est cul de sac), je continue un peu par dessus un rocher pour être sûr d'avoir une eau pure dans laquelle personne n'aurait fait trempette ou pipi. Si on ne peut plus se fier aux parcs nationaux !
Le site du Tendele
Pour le retour, j'ai pris mon temps, la lumière devenue plus chaleureuse était très belle. Les gens que j'avais croisés étaient rentrés depuis belle lurette. Si jamais il devait m'arriver quelque chose, j'étais cuit, à 4 heures de marche du parking. Je ne cessais de prendre des photos tant et si bien qu'il ne restait plus que quelques heures avant la tombée de la nuit. Tout à coup sur les coups de 16 heures, alors que j'avais fait la moitié du chemin, de gros nuages gris sont arrivés par dessus les cimes de l'Amphithéâtre, obscurcissant le soleil en un tour de main. J'avais oublié qu'en montagne le temps peut changer en un éclair. Je ne me suis pas inquiété, on allait vers la fin de la journée et il est normal que les nuages redescendent dans la vallée. Ça allait sans doute faire comme quand je suis arrivé hier soir. Malgré tout je trouvais que le gris tournait beaucoup vers le noir et cette couleur ne me plaisait pas trop. Pas manqué, j'entendis l'orage gronder au loin. J'ai alors pressé le pas, plus question de prendre mon temps, je n'étais pas certain que l'orage se cantonné aux cimes de l'Amphithéâtre. Rapidement le tonnerre s'est fait plus pressant et je pouvais voir là haut qu'il pleuvait déjà. Je me suis mis alors à courir à petites foulées, n'ayant rien prévu pour laisser au sec les appareils photos et le portefeuille. Je pouvais déjà sentir de minuscules gouttes d'eau qui s’arrêtaient dès lors que je semais le nuage.
Policeman's head
Soudain les éclairs se sont mis à zébrer le ciel autour de moi et le tonnerre résonnait au fond de l'amphithéâtre comme un ogre qui voudrait me manger. Je me sentais en vilaine posture et je pensais de plus en plus à l'émission dont je parlais plus haut. La petite foulée s'est transformée en débandade, la foudre aux trousses pressée de me lécher le cul ! Je faisais très attention à là où je mettais les pieds, pas question de me fouler une cheville ou casser quelque chose. En dévalant ainsi le chemin comme un cabri, je retardais l'échéance mais cette fois l'orage était plus rapide que moi. En me retournant brièvement je pouvais voir un épais rideau de pluie s'abattre quelques centaines de mètres derrière. Finalement je pus au détour d'une montagne apercevoir le campement. Il me restait à traverser un torrent puis à gravir une colline. Cette dernière a eu raison de mes dernières forces. Cette fois la pluie m'avait rattrapée et me fouettait le visage. A ce rythme l'appareil photo n'allait pas rester au sec bien longtemps dans le sac. C'était une course contre la montre. Quand je suis arrivé au bungalow j’étais en nage et me suis mis à poil direct, refermant la porte sous des trombes d'eau dignes d'un déluge ! 


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