![]() |
| L'Amphithéâtre depuis le lit! |
Au petit matin j'ai été
réveillé par tout un tas de bruits, des sifflements, des chants,
des trucs que je n'avais jamais entendus ailleurs auparavant. Comme
il y a des mises en gardes placardées un peu partout au sujet de
babouins qui s'invitent à la fête, j'ai tiré les rideaux d'un coup
d'un seul m'attendant à trouver une grimace de babouin surpris de
l'autre côté de la fenêtre. Que nenni ! A la place j'ai eu
droit à une ambiance à la « Gorilles dans la brume ».
Le camp est situé à 1580 mètres d'altitude de ce que j'ai vu hier
sur la brochure du parc national qui m'attendait avec la clef du
bungalow. Je suis censé être entouré par ce fameux Amphithéâtre,
une muraille qui culmine à 3000 mètres et qui est la raison de ma
visite. Espérons que j'arrive à le voir. Ce n'est pas certain, j'ai
lu des blogs où des gens étaient restés plusieurs jours de suite
sans pouvoir mettre un pied dehors en raison de la pluie. En cette
saison il est censé pleuvoir 20 jours par mois !
Tandis que j'écrivais
pour le blog, je vis passer dans mon champ de vision le japonais d'à
côté surexcité qui mitraillait je ne sais quoi. J'ai alors ouvert
la porte qui donne sur la vue pour constater que les nuages se
dissipaient et que les premiers sommets de l’Amphithéâtre
commençaient à faire leur apparition.
Apparemment ce n'est qu'une
brume de passage au delà de laquelle on distingue le ciel bleu. J'ai
donc tout arrêté pour aller à la réception me faire enregistrer
et regarder un peu ce qu'ils vendaient comme victuailles. Ici les
prises de courant sont très spéciales. J'ai beau avoir emmené mon
attirail d'adaptateurs censés marcher dans le monde entier, aucun ne
fonctionne ici. Il faut dire que les prises sont énormes, on dirait
des prises de machine à laver. J'ai lu sur la brochure de
présentation du camp qu'ils en vendaient. Mais il n'y en a plus, à
la place ils se proposent de m'en louer un. Ça va déjà me dépanner
pour mon séjour ici mais au delà il faudra que j'en trouve un
quelque part. Je ne sais pas où, vu les magasins que j'ai croisés
pour l'instant ce n'est pas gagné. Tout comme le fait de trouver un
point wifi. Il est fort à parier que ce blog ne soit pas alimenté
en temps réel. Quoi qu'il en soit je continue à écrire.
J'avais décidé de ne
rester au Tendele que deux nuits mais je ne me vois pas migrer vers
le camping voisin, d'autant plus que je ne suis pas parvenu à
trouver une bonbonne de gaz ce qui fait qu'il me serait impossible de
me faire à manger. Et rappelons le il n'y a pas de restaurant aux
alentours. Pour l'épicerie il faut faire avec les trucs basiques
qu'ils vendent dans la boutique de souvenirs. Ou alors se rendre à
Bergville à 50 km de là ! 100 km pour ramener un kilo de riz,
non merci ! La boutique ne vend pas grand chose mais l'essentiel
est là : de l'huile, du sel, une conserve de haricots et de
petits pois et un rayon surgelés avec des brochettes de bœuf qui
baignent dans un jus peu ragoutant qui sent le congelé/décongelé.
Pas le choix, va pour les brochettes. Il y en a 4, ça me permettra
de tenir plusieurs jours. Et puis je les ferai bien cuire, il y a un
barbecue dehors à disposition.
J'ai réglé le type par carte, je
lui ai expliqué mes déboires et il ne disait rien comme s'il s'en
foutait. Va falloir que je m'y habitue... De plus il comprend très
mal l'anglais et parfois je me demande dans quelle langue il me
parle. Je pensais qu'avec ce qu'on a infligé aux noirs ici ils
auraient une haine du blanc mais je ne suis pas plus mal reçu que
dans n'importe quel autre pays où ils sont. Le personnel de chambre
est même très souriant et amical. Pour la carte bleue sinon, elle
fonctionne très bien, merci. On va donc dire que je suis tombé sur
des abrutis hier ou bien qu'hier n'était pas mon jour.
Aujourd'hui la fatigue
est effacée. Je suis frais pour aller me balader et je suis au
taquet pour en découdre. Le programme : les gorges de Tukhela,
la randonnée la plus fameuse du parc national qui permet de se
rendre au pied de l’Amphithéâtre.
C'est l'une des randonnées les
plus spectaculaires et elle se mérite : 13 km aller/retour. Je
retrouve cet état de joie et d'excitation de la découverte. Le sac
est un peu long à faire en revanche. Je tourne en rond, oublie un
truc, cherche quelque chose que je ne retrouve pas, oublie l'eau...
Bref je n'ai pas encore mes repaires et j'ai tout mis sur le frigo ou
la table. C'est un bordel sans nom qui ne me ressemble pas. Pour le
pique nique ça va être minimaliste : une banane qu'il me reste
d'hier (je n'en avais pris que 3 car elles étaient déjà très
mures), un yaourt (à boire, je n'ai pas pris ceux par terre) et des
biscuits. Je sais que ce n'est pas assez mais après tout à Koh
Lanta ils ont bien moins et ça ne les empêche pas de vivre le temps
de leur aventure. Alors je peux bien être en privation quelques
jours, je ne vais pas en mourir. Comme vous pouvez voir les vacances
ne sont pas signe pour moi de repos. Bien au contraire, c'est le
moment où je vis à 100%, essayant de récupérer ce temps que j'ai
perdu en ne voyageant pas. Je sais que je rentrerai crevé, c'est
toujours comme ça, je table sur le fait d'aller travailler pour me
reposer le soir. Car quand la vie est nulle, autant en profiter pour
dormir plus. Métro boulot dodo...
Enfin ça, ce sera pour
plus tard, je suis en Afrique du Sud et bien là, je dois découvrir
plein de choses qui se promettent d’être exceptionnelles. Il est 9
heures quand je commence la randonnée et le soleil est déjà bien
haut. Tous les nuages se sont dissipés. Il fait jour ici avant 6
heures du matin. J'ai un peu trop traîné mais il fallait que je
commence doucement. Pour un premier jour... Le départ de la
randonnée d'après ma carte peut se faire à partir du camp mais je
ne trouve pas le départ, rien n'est indiqué et je n'ai pas envie de
retourner à la réception. Vu comme le type avait l'air vif, je ne
suis pas sûr non plus qu'il soit en mesure de me répondre.
Finalement je finis par trouver sur ma droite un sentier qui semble
partir dans la bonne direction, se faufilant dans les hautes herbes.
Ça ressemble plus à un chemin de bête sauvage qu'autre chose. La
carte donnée par le parc national est tout de même bien détaillée
et je n'ai pas grand mal à me repérer. J'avais acheté une carte de
randonnée du Drakenseberg avant mon départ mais je crois que je ne
vais pas m'en servir, son échelle et sa précision sont moindres.
L'Amphithéâtre se
dresse majestueusement devant moi. Pour y arriver le sentier longe un
cours d'eau. Il n'y a pas d'ombre et le soleil cogne dur derrière
moi. Je suis en nage et je n'ai pas trop besoin de ça, j'ai emmené
75cl d'eau et je me rends compte qu'avec cette chaleur c'est de
l'inconscience pour une journée entière. J'ai déjà soif alors que
je marche depuis 30 minutes et je commence déjà à me rationner.
Une gorgée par ci par là. Je ne peux pas être en déshydratation
toute la journée. Au pire si je n'ai plus rien, il y a bien l'eau
des cours d'eau mais je ne sais pas si elle est potable et je
préférerais dans le doute m'abstenir. En attendant je m'économise
et marche tranquillement. De toute façon j'ai toute la journée
devant moi et puis la lumière est déjà trop crue, je sais que je
ferai de meilleurs clichés plus tard dans l'après midi. Mais il
faut quand même que j'arrive au pied de l'Amphithéâtre avant le
début de l'après midi car vu comme il est fichu, je risque après
d'avoir le soleil face à moi et de ne pas pouvoir donc le prendre en
photo.
Chemin faisant je ne
croise personne. Au camp il y a des mises en garde invitant les
pensionnaires à inscrire sur un registre la randonnée qu'on
envisage pour la journée, assujettie à une mention « Never
hike alone ». Faute de temps je suis passé outre, certain de
croiser du monde. Et puis la randonnée n'a rien de difficile, c'est
un classique et des milliers de visiteurs arpentent ce sentier chaque
année. Il suffit de faire un peu attention à là où l'on pose le
pied et de ne pas quitter le chemin. C'est ce que je me dis pour me
rassurer. Mais avec ces hautes herbes et la chaleur, je ne serais pas
surpris de croiser un serpent. J'évite d'y penser, pour l'instant la
végétation, le climat et le temps pourraient me faire penser que je
suis toujours en Europe...l'été !
De temps en temps le
chemin traverse des zones de végétation très dense, limite
luxuriante, à la faveur d'un cours d'eau qui dévale les pentes.
C'est rafraîchissant et ça permet de se reposer du soleil. Il y a
aussi plein de fleurs, de papillons qui virevoltent, de champs
d'oiseaux et des sifflements d'insectes. J'en profite à chaque fois
pour m’arrêter un peu et prendre en photo la moindre des petites
fleurs, jouant avec un rayon de soleil venant l'illuminer. Comme
plante que l'on connaît, il y a une toute petite fougère aux
feuilles toutes rondes, bien connue comme plante d'appartement dans
nos contrées. Ici elle est sauvage et prospère allègrement tandis
qu'en pot c'est une saloperie que je n'ai jamais réussie à garder
et qui finit pas jaunir et se dessécher. Il y a plein de graminées
hautes comme un homme qui embaument l'air sur mon passage. Je ne
cesse de saisir un brin de ci de là pour le porter à ma bouche.
J'aime bien, ça a un petit goût sucré et on peut jouer avec. Ça
occupe les mains. Même si je les ai très occupées avec le reflex à
l'épaule et un sac à dos qui me scie l'autre épaule.
Définitivement je crois que le reflex et moi on est fâché.
Même
s'il offre plus de possibilités et que je peux jouer avec des
filtres, je suis le plus souvent déçu du résultat. En fait ça a
l'air génial quand on regarde dans le viseur mais ensuite quand on
regarde le résultat sur l'écran ça n'a plus rien à voir. Je sais
qu'il font de nouveaux reflex qui n'en sont plus vraiment car le
viseur est désormais électronique. C'est beaucoup décrié par
certains mais ils offrent l'avantage de voir exactement ce que saisit
le capteur et donc ce qui sera sur la photo, et ce dès la prise de
vue. Mais l'inconvénient majeur c'est le poids et l'encombrement. On
ne se sent pas libre, dès qu'il y a un passage un peu étroit
l'appareil cogne contre la roche. J'ai aussi un compact dans la
poche, plus polyvalent, qui me permet de saisir des panoramas et dont
l'angle de prise de vue est plus large. Pour les plus belles scènes
je les prends en double par mesure de précaution. Si ça sort raté
sur un appareil, l'autre sauvera sûrement. OK, je ne dis pas, un
reflex offre une définition meilleure mais pour une visualisation à
l'écran je ne vois aucune différence. Et ce soir alors que je suis
en train de trier les photos pour illustrer le blog je m'aperçois
que j'ai gardé plus de photos faites avec le compact. Ce voyage sera
un test pour voir si je suis un fâché du reflex à vie !
Au bout de 3 heures tout
de même je finis par pénétrer dans la gorge. Là je croise du
monde, occupé à batifoler bruyamment dans les bassins et cascades.
J'ai trempé un pied, elle n’est pas très froide et je piquerais
bien aussi une tête. Mais j'ai toujours à l'esprit de continuer
jusqu'à la fin des gorges avant que le soleil ne me fasse face.
Heureusement que j'ai mes Crocs car il faut passer d'un côté à
l'autre du cours d'eau en le traversant à pied à plusieurs
reprises. Pendant que je vois les autres godiches, j'y vais franco
marchant là dedans comme si j'avais les pieds palmés. Ma gorge en
attendant est complètement sèche, j'ai vidé la moitié de la
bouteille et ça n'a rien changé. De voir toute cette eau en plus me
rend fou, je ne vais pas finir tout sec dans un endroit pareil, ce
serait un comble. Par moment j'ai envie de demander aux randonneurs
que je croise si l'eau est potable mais il est fort à parier qu'ils
ne sauront pas me répondre.
Alors je regarde si certains remplissent
leur gourde mais personne ne le fait. Je ne sais pas si c'est le
manque d'eau, la fatigue de la randonnée au soleil ou le manque
d'énergie vu ce que j'ai mangé jusqu'à présent mais mon équilibre
est précaire. Quand je monte sur un rocher pour prendre une photo je
titube, mon corps part dans des mouvements de demi tour incontrôlés.
Je ne sens plus mes jambes et ça m'inquiète. Pour traverser à gué
c’est pareil, je me sens étourdi. Je devrais faire une pause mais
ce n'est pas possible. La gorge est si belle.
A la fin il y a une
bifurcation et à droite la gorge se transforme en tunnel. Il faut
marcher dans l'eau jusqu'au mollet et mes chaussures en plastique
sont parfaites pour ça. On se croirait presque dans un de ces canyon
de l'ouest américain. En parlant de ça, ça me fait penser à cette
émission « Je ne devrais pas être en vie » qui retrace
les aventures de personnes parties en randonnée pour la plupart et à
qui il est arrivé une tuile, les forçant à attendre les secours
pendant plusieurs jours.
![]() |
| Ça se gâte! |
Je me rappelle un épisode où quelqu'un
blessé avait été contrait de laper une maigre flaque d'eau à côté
de laquelle il gisait. Si certains survivent comme ça, il n'y a pas
de raison que j'attende plus longtemps. J'ai donc fini le contenu de
ma bouteille et me suis mis à la recherche de l'une des sources
d'eau qui coule par un mince filet le long de la falaise. J'ai essayé
de remplir ma bouteille mais le goulot était trop étroit et au bout
d'un quart d’heure je n'avais même pas de quoi me satisfaire d'une
gorgée. J'ai alors jeté un coup d’œil à la carte : le
Tukhela prend sa source tout en haut de l'Amphithéâtre, au niveau
de Mont-aux-sources qu'il dévale par les plus hautes chutes du monde
(parait-il). Il ne traverse aucune zone habitée et même si je ne me
trouve pas à sa source, je tente le truc. Comme je suis arrivé au
bout du chemin (c'est cul de sac), je continue un peu par dessus un
rocher pour être sûr d'avoir une eau pure dans laquelle personne
n'aurait fait trempette ou pipi. Si on ne peut plus se fier aux
parcs nationaux !
![]() |
| Le site du Tendele |
Pour le retour, j'ai pris
mon temps, la lumière devenue plus chaleureuse était très belle.
Les gens que j'avais croisés étaient rentrés depuis belle lurette.
Si jamais il devait m'arriver quelque chose, j'étais cuit, à 4
heures de marche du parking. Je ne cessais de prendre des photos tant
et si bien qu'il ne restait plus que quelques heures avant la tombée
de la nuit. Tout à coup sur les coups de 16 heures, alors que
j'avais fait la moitié du chemin, de gros nuages gris sont arrivés
par dessus les cimes de l'Amphithéâtre, obscurcissant le soleil en
un tour de main. J'avais oublié qu'en montagne le temps peut changer
en un éclair. Je ne me suis pas inquiété, on allait vers la fin
de la journée et il est normal que les nuages redescendent dans la
vallée. Ça allait sans doute faire comme quand je suis arrivé hier
soir. Malgré tout je trouvais que le gris tournait beaucoup vers le
noir et cette couleur ne me plaisait pas trop. Pas manqué,
j'entendis l'orage gronder au loin. J'ai alors pressé le pas, plus
question de prendre mon temps, je n'étais pas certain que l'orage se
cantonné aux cimes de l'Amphithéâtre. Rapidement le tonnerre s'est
fait plus pressant et je pouvais voir là haut qu'il pleuvait déjà.
Je me suis mis alors à courir à petites foulées, n'ayant rien
prévu pour laisser au sec les appareils photos et le portefeuille.
Je pouvais déjà sentir de minuscules gouttes d'eau qui s’arrêtaient
dès lors que je semais le nuage.
![]() |
| Policeman's head |
Soudain les éclairs se
sont mis à zébrer le ciel autour de moi et le tonnerre résonnait
au fond de l'amphithéâtre comme un ogre qui voudrait me manger. Je
me sentais en vilaine posture et je pensais de plus en plus à
l'émission dont je parlais plus haut. La petite foulée s'est
transformée en débandade, la foudre aux trousses pressée de me
lécher le cul ! Je faisais très attention à là où je
mettais les pieds, pas question de me fouler une cheville ou casser
quelque chose. En dévalant ainsi le chemin comme un cabri, je
retardais l'échéance mais cette fois l'orage était plus rapide que
moi. En me retournant brièvement je pouvais voir un épais rideau de
pluie s'abattre quelques centaines de mètres derrière. Finalement
je pus au détour d'une montagne apercevoir le campement. Il me
restait à traverser un torrent puis à gravir une colline. Cette
dernière a eu raison de mes dernières forces. Cette fois la pluie
m'avait rattrapée et me fouettait le visage. A ce rythme l'appareil
photo n'allait pas rester au sec bien longtemps dans le sac. C'était
une course contre la montre. Quand je suis arrivé au bungalow
j’étais en nage et me suis mis à poil direct, refermant la porte
sous des trombes d'eau dignes d'un déluge !

















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire