Pour gagner du temps j'enfile un hamburger au McDonald's d'à côté. Inutile de monter ce soir au bivouac, je vais arriver de nuit pour ne rien voir. À la place je finis dans le coin que je connais à Santiago del Teide, moins en altitude et qui ne me rallonge que de quelques kilomètres. Il n'y a rien à faire dans le coin mais pour passer la nuit c'est très bien.
Au petit jour je me mets en route. Le plus tôt j'arriverai le mieux ce sera. En une demie-heure je suis arrivé à destination, après avoir dépassé la mer de nuages. Les moindres recoins sont squattés par des vans qui bouchent aussi l'entrée de la zone récréative. Je voulais remplir un bidon, tant pis je redescendrai à pied.
Je retrouve mon coin comme il était, c'est-à-dire qu'il n'attend que moi. Quelle joie de me retrouver ici! Au final rien ne sert de courir d'île en île. Quand je reviendrai ça sera là et El Hierro. J'installe mon camp, sort table et chaises et tend une corde où je mets à suspendre le linge de nuit pour l'aérer. Suite à ça je prends un bidon et vais à l'aire récréative en traversant les champs de lave plein de petits gravillons qui roulent sous les pieds.
C'est l'effervescence au pinar. Une dizaine de gardes sont affairés à démolir et reconstruire les fours à barbecue. Il y a même une bétonneuse couplée à un groupe électrogène qui fait un boucan d'enfer. Je profite d'être là et d'avoir un siège pour être assis et faire ce que je dois faire quand quelqu'un se racle la gorge et tambourine à la porte.
C'est fou ça, c'est toujours quand je rentre dans une toilette que dans la seconde qui suit quelqu'un débarque. C'est comme s'il y avait des gens embusqués à attendre que ça soit plein. Je lâche un "Heyyyy" qui prolonge ma pensée, penché à tenir la porte dont le verrou a sauté. Entre être accroupi derrière un tronc ou avoir quelqu'un qui attend à la porte mon cœur balance.
Les alizés soufflent toujours aujourd'hui. La Gomera en face est comme ététee. Pas d'amélioration là-bas alors qu'ici il n'y a pas un nuage. Ça ne servait à rien que je m'accroche à rester. Pour contrer le vent je n'ai pas à aller bien loin, il y a juste derrière un petit cratère avec quelques pins. J'adore m'installer là avec un bon bouquin.
Je commence "Indian Creek" de Pete Fromm. Un livre qui a eu beaucoup de succès aux États-Unis et a remporté de nombreux prix. Il relate l'expérience de l'auteur qui, à 20 ans, a passé 7 mois dans le Montana en plein hiver après avoir répondu à une annonce pour surveiller des saumons au fond d'un canyon. Il doit se confronter à la nature, au froid, à la solitude et ne compter que sur lui-même et sa débrouillardise. C'est très bien écrit et bourré d'humour.
C'est le style de livre parfait qui va très bien dans un tel cadre. À la différence que je suis très bien installé dans mon fauteuil, les doigts de pieds en éventail. Et quand j'en ai marre, je m'allonge par terre pour une sieste; puis reviens à la voiture pour le déjeuner et repars dans le cratère muni d'une bouteille chauffée au soleil.
Je fais ma toilette aux heures les plus chaudes de la journée, c'est bien plus agréable même si je ne suis jamais à l'abri d'une soudaine brise qui me fait frissonner. Après je reprends le livre, nouvelle sieste, re-livre et c'est déjà 17h, l'heure de retourner à la voiture et de me préparer doucement pour la nuit. Mais avant ça une petite bière et des crackers sans sel face au Teide. La magie opère toujours et c'est ma façon de célébrer cet instant. Avec une bière à la main la perfection absolue est atteinte. Je ne peux rêver mieux qu'être ici. Il y a juste ce weekend où ça risque d'être un peu délicat car je ne veux pas m'enfuir sur la côte. Et puis j'ai toute la nourriture pour une semaine qui doit rester au frais des montagnes. Ce n'est pas grave je m'enfoncerai un peu plus dans la piste, les pique-niqueurs ne vont jamais au-delà de mon bivouac...
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