Bref le billet ne sert à rien. Il est au même prix qu'en achetant les deux billets séparément. Du coup j'ai trouvé crétin d'être sur Ténérife pour y avoir juste le droit d'y rester 3h. J'ai appelé la compagnie pour savoir si je pouvais décaler le billet pour la Gomera. En fait non, de part la réservation on est obligé d'effectuer le voyage dans la journée. Seul moyen : annuler le voyage et reprendre 2 billets. Bref, il n'y a pas de trajet direct pour La Gomera depuis Gran Canaria. Qu'on se le dise ! De toute façon Tenerife est le point de passage obligé pour se rendre dans les îles autour : El Hierro, La Gomera, La Palma. Ils n'ont pas prévu de liaison directe d'une île à l'autre ce qui est fort dommage.
Tant qu'à être sur Ténérife j'y reste pour le weekend. Et je continue sur un séjour balnéaire, question d'effectuer une transition en douceur. Mais surtout le weekend pas question de bouger ailleurs que sur une plage à cause des locaux qui se défoulernt dans les espaces naturels. À force je connais le mode d'emploi!
Donc retour à la Montaña Roja. J'aime bien quand tout tombe sous la main. Juste au-dessus à San Isidro j'ai la station service l'une des moins chère de l'île. Moins de 80 centimes le litre de diesel. C'est 10 de moins que partout ailleurs à Gran Canaria. Je ne sais pas pourquoi elle est plus chère là-bas alors que c'est la plus peuplée en densité. À San Isidro il y a tout ce qu'il faut question supermarché, ce qui me permet à chaque fois de faire le plein pour une semaine.
J'ai retrouvé mon coin de bivouac dans la pampa au pied de la Montaña Roja. J'ignore pourquoi mais les camping-cars restent tous de l'autre côté de la route. Personne ne se met jamais dans mon coin. C'est tant mieux pour moi. En fait j'ai découvert qu'à quelques dizaines de mètres vivait un couple d'alternatifs, en dreadlocks et vêtements ethniques. On voit juste un toit délabré en feuilles de palmier desséchées émerger d'un creux. Je pensais que c'était un abri à biquette abandonné. Mais non en m'approchant il y a bien du monde qui vit ici. C'est une cabane rudimentaire ouverte aux quatre vents avec juste un poêle à bois. Ils sont très calmes je ne les entends jamais. Ils n'ont pas de chien. Ils jouent juste le soir un peu de djembé.
Ce ne sont pas les seuls SDF à avoir squatté les alentours. Il y en a plusieurs qui ont construit de vrais abris au fond d'un canyon ou en aménageant une grotte avec un petit potager autour. Je trouve bien que les autorités ne disent rien. Ils ne font de mal à personne, ils veulent juste vivre une vie libre en dehors du système. Ils sont parfaitement intégrés dans le milieu naturel, on ne les voit que si on veut les voir. En France ça ferait belle lurette qu'un bulldozer serait passé par là pour tout détruire. Pourtant les SDF sont mieux là que sur un trottoir humide et puant d'une grande ville.
Ça fait longtemps que je n'ai pas fait de lessive j'ai ma provision de t-shirt et de pyjama qui tire à sa fin. Pour économiser l'eau j'ai rincé dans l'océan. Pour ça la plage de la Tejita est parfaite, il y a plein de petits bassins où jeter ses vêtements qui dérivent ensuite en cherchant à s'échapper. J'ai essoré au maximum pour éliminer le plus possible le sel. Et après j'ai juste à tendre un fil entre deux rochers. Les gens qui viennent jusque-là regardent tous mon installation d'un air surpris. Bon c'est vrai que je dois être le seul à aller à la plage pour faire sécher du linge. Mais moi aussi je suis SDF !
J'ai pris le bateau à 17h45 pour La Gomera. C'est un navire tout confort avec plein de niveaux et de ponts extérieurs. Le plus grand que j'ai pris pour les liaisons inter-îles, pour la traversée la plus courte! Le temps de débarquer il était près de 19h une fois là-bas. Mais j'avais prévu le coup. J'ai trouvé un coin grâce à Google Maps, à 30 minutes du port de San Sebastian de la Gomerra, dans les montagnes.
Il y a une petite route cul de sac sur la droite qui mène à l'ermitage de Notre Dame des Neiges. Il ne fallait pas que ce soit plus loin car je suis arrivé à la lumière des phares. Il y a un vent affreux mais je suis un peu abrité derrière des bruyères géantes typiques de la végétation de la Gomera. C'est un endroit parfait pour explorer demain le parc national de Garajonay qui est juste à côté.
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