Arrivé à Amsterdam vers 14h le vol est programmé pour 20h30 pour Kuala Lumpur. J'ai hésité avant le voyage à me prendre un accès à un salon, question de faire passer le temps et de manger. Mais les salons sont très chers. L'idée c'est donc de trouver un restaurant sympa et de rester là avachi dans un fauteuil le temps que ça se passe. Sauf que les dits restaurants sont très chers. Il n'y a pas un sandwich à moins de 10 €, 4 € la petite bouteille d'eau, 15 le menu Big Mac! Je me retrouve donc à érer en attendant l'heure fatidique.
Heureusement je voyage léger j'ai un sac à dos qui pèse à peine 400 g vide, le Exped RADICAL LITE 50. Je l'ai rempli avec le strict minimum, à peine trois t-shirt qui sont tous passés sur la balance de cuisine pour selectionner les plus légers. Idem pour le reste.
En milieu d'après-midi je reçois un message comme quoi le vol est retardé pour 22h30. Bigre! A Kuala Lumpur j'ai un vol qui m'attend pour Langkawi à 18h50. C'était largement faisable puisqu'on devait atterrir à 15h30. Mais maintenant avec une arrivée prévue à 17h30 je sans monter le stress d'un coup. Même si le vol est dans le même terminal il faut que je passe l'immigration. Et ça on peut tomber bien ou pas... C'est la loterie. Les pays les moins développés sont ceux où la paperasse marche le mieux. Avec la palme d'or pour l'aéroport de Marrakech où l'attente se compte en heures.
Je décide de ne pas m'angoisser si vite. Au pire il y a deux autres vols plus tard mais avec une autre compagnie et dans un autre terminal. On verra bien...
Vers 20h je me rends en porte d'embarquement. L'aéroport est immense avec des couloirs, des satellites et des terminaux, c'est affreux je crois qu'il est pire que le T4 à Madrid. Il y a déjà du monde à attendre. Je fais l'écureuil avec un sachet de pistaches, ça occupe bien! Une fois le pochon terminé je sors de ma monomania. Moment de solitude il n'y a plus personne à attendre! Je vais voir une représentante KLM qui m'informe que l'appareil avait une avarie qu'ils n'ont pas pu réparer et que le vol est annulé. Elle me dit de m'adresser à un kiosque KLM au bout du couloir.
À ce moment-là le cerveau cogite dans toutes les directions : que vais-je devenir, il y a plus de vol à cette heure-là et où je vais dormir et ma nuit d'hôtel de Langkawi et le vol là-bas... tout se casse la gueule. Le kiosque est rempli de monde évidemment, un Boeing 777 ça contient beaucoup de gens! Il y a deux hôtesses qui nous demandent de faire la queue devant 5 automates qui doivent nous trouver une solution. Pendant ce temps-là je regarde mes emails, l'application KLM l'application AIR FRANCE : je n'ai aucun message qui m'informe de ma prise en charge et d'un itinéraire de substitution. Bravo la réactivité! C'est comme si je suis le seul à savoir que le vol est annulé. Pourtant il y en a un derrière moi qui dit qu'on l'a placé sur un vol via Singapour, il voit ça sur son téléphone. La file n'avance pas, les gens sont en panique, ça parlemente de tous les côtés et les deux hôtesses sont débordées. C'est un beau bordel. Au bout de trois quart d'heure j'arrive devant l'automate. L'hôtesse replie le cordon de sécurité derrière moi. Elle ne sert qu'à ça. Je saisis mon code de réservation et mon nom et là le nouvel itinéraire s'affiche. Ils me font passer par Bangkok le lendemain où j'ai je ne sais pas combien d'heures d'attente pour arriver tard à Kuala Lumpur sans possibilité d'avoir un vol pour Langkawi. Il y a une flèche qui indique de chercher un autre itinéraire. Sauf que ça affiche immédiatement : il n'y a pas d'itinéraire alternatif!
À côté de ces automates il y a des guichets KLM, je passe par-dessus le cordon pour m'y rendre mais une cerbère de Securitas me stoppe net dans mon élan. Je n'ai pas le droit d'y aller de moi-même, je dois être accompagné par une hôtesse. Tout ça dit sur un air ton sec et cassant, si elle avait eu un flingue elle l'aurait sorti. L'archétype de la lesbienne en ranger pas aimable. Je dois donc attendre qu'une hôtesse se libère mais en fait elles sont toutes occupées aux automates avec d'autres personnes. Il doit bien se passer 20 minutes où le temps semble avoir suspendu son vol... Je trépigne et souffle rien, n'y fait. La cerbère revient me voir, elle me dit : qu'est-ce que vous faites encore là? Elle va alors taper dans le dos d'une hôtesse pour lui faire signe qu'on s'occupe enfin de moi. Bonnne idée. Sauf que l'hôtesse n'a pas de pouvoirs magiques. Elle retape sur l'écran ce que j'ai déjà saisi et me sort le même itinéraire. Je lui dis : non non non, ne me donnez pas les cartes d'embarquement ça ne me convient pas. Elle me répond qu'elle ne peut rien faire, ça je m'en doutais. En attendant l'automate lui dégueule un papier, le bon de prise en charge pour l'hôtel.
Elle m'escorte alors vers les guichets où je dois prendre un ticket. Je n'ai que 10 personnes devant moi mais ça n'avance pas. Je suis dans la queue des cas désespérés donc évidemment ça dure des heures... au moins une bonne heure en tout cas.
Je sais que ça ne sert à rien d'être stressé devant le type du guichet si je veux obtenir ce que je souhaite. Je fais donc un petit travail intérieur pour être calme, souriant, limite content. Je lui explique pourquoi le transit proposé ne me convient pas, il se met à pianoter sur son ordinateur mais au bout de quelques secondes la magie n'opère pas. Il a essayé toutes les combinaisons possibles via Singapour, Hong Kong et même le Japon, tout est complet. Je lui demande alors si c'est possible qu'ils me prennent en charge la nuit à Kuala Lumpur. Il me répond : attendez je vais essayer quelque chose. Et là il me trouve un vol via Dubaï qui part le lendemain matin et me fait arriver à 8h du matin. Nickel. Je valide. Il me demande le reçu de mes bagages, je lui dis je n'en ai pas, il me dit : super, c'est bien mieux comme ça!
Il ne reste plus qu'à trouver la navette pour le Best Western. Dehors il gèle, ce n'était pas prévu au programme, je n'ai pas la tenue adéquate! J'ai juste un pantalon thaïe en rayonne, un t-shirt et un polaire fin par-dessus. Rien pour affronter ça. Il est 23h quand j'arrive à l'hôtel. Le temps de monter déposer les bagages et de redescendre fissa au restaurant qui ferme à 23h. C'est un buffet, c'est un désastre il y en a partout il n'y a plus de personnel c'est plus que des rogatons, des trucs tout secs au fond de gamelles, avec des morceaux disséminés partout. Une platée de riz et une brochette de je ne sais quoi et hop au lit pour enterrer cette journée.
Lever 7h30, dodo d'une traite, une douche, les bagages et hop en bas pour le petit-déjeuner. Il y a une navette à 9h pour l'aéroport. Il y a un quart d'heure de trajet pour un vol à 10h30 c'est bon. L'endroit où se trouve l'hôtel est sinistre, il est entouré de parking avec un McDo devant et derrière des entrepôts de je sais pas quoi qui du haut du 4e étage donnent l'impression de voir des petits Playmobils s'agiter sur des camions miniatures. C'est tout gris, il gèle dehors, il n'y a pas un arbre, l'architecture est atroce de type soviétique (dire qu'il y a des architectes payés pour ça); assurément on ne vient pas là pour faire du tourisme!
À l'aéroport il a dû y avoir une alerte à la bombe, au contrôle sûreté il y a un serpentin de 5 files de 50 mètres qui n'avancent pas. Les tapis sont à l'arrêt. Vu le monde qu'il y a je vais rater l'avion. Je vais voir un type de la sûreté il me dit ne vous inquiétez pas il y a beaucoup de tapis ça va aller vite vous aurez votre vol. Finalement ils ont fini par tout rouvrir et en une demi-heure j'ai passé la sûreté. Mais le parcours du combattant ne s'arrête pas là, maintenant on passe par la case immigration.
Il faut passer dans un portique où l'on met son passeport en étant européen. D'habitude ça va vite mais avec ce goulot d'étranglement on est là à faire la queue. Il doit y avoir 5 ou 6 portiques, évidemment j'ai pris la mauvaise file. Un mec pas aidé est coincé dans le sas, son passeport n'est pas reconnu; quoi qu'il fasse il y a des croix rouges qui s'affichent sur l'écran et des sonneries qui retentissent. J'aurais dû me douter quand j'ai vu sa tête je me suis dit il n'a pas l'air bien fini celui-là. Avant qu'un agent se déplace il a dû se passer 10 minutes. Ils étaient deux à essayer de faire passer son passeport sur le lecteur qui mettait toujours le même message. Ce n'est pas dur de comprendre que le problème ne vient pas de la machine mais du passeport. Devant autant d'incompétence je demande aux gens de la file d'à côté si je ne peux pas m'incruster parce que j'ai un vol qui part dans une demi-heure. On me laisse le passage, c'est sympa.
Sur ma carte d'embarquement il y a marqué terminal E. Je regarde les écrans : pas de trace du vol pour Dubaï. Il y a que des vols européens. Pourtant j'avais pris le contrôle sûreté des vols hors Schengen. Je vois que le terminal E est très loin c'est plein de tapis roulants, je me mets à courir comme un dératé. À bout de souffle au niveau du terminal je regarde les écrans, mon vol est affiché. Mais il est rayé. Ce n'est plus terminal E mais terminal G... à l'opposé et dans la direction de là où je suis arrivé! Décidément je crois que j'aurais eu avec cette réservation toutes les emmerdes qu'on peut avoir dans un voyage en avion, à part le bagage perdu que je laisse à d'autres.
J'arrive bon dernier en salle d'embarquement. Mais au moins je l'ai eu. À présent je vais pouvoir bien souffler dans mon siège. Sauf que le sort s'acharne : à 10h30 l'avion ne bouge pas. Il se passe une demie-heure avant qu'on ait une annonce : en raison des conditions climatiques le vol est retardé. Je regarde par le hublot y a une espèce de lance qui vaporise de la mousse sur les ailes pour les dégeler. Pitié !
Finalement l'avion part avec une heure de retard alors que j'ai 1h15 de correspondance à Dubaï. L'équipage dit de ne pas m'inquiéter, comme je suis en correspondance l'autre avion le saura, sinon il y aura un personnel arrivé à Dubaï. J'essaie de me détendre en regardant un film. L'écran ne marche pas : quand j'appuie dessus le curseur est 10 cm plus loin et il se barre tout seul de l'écran! Je le fais savoir à une hôtesse, elle va réinitialiser mon écran. J'essaye avec la télécommande avec fil qui ne sert à rien : il y a que des boutons dessus et rien qui ressemble à une souris. Et maintenant j'ai la télécommande qui pendouille sur les genoux, le fil ne rembobine pas... L'hôtesse a d'autres chats à fouetter, je vois qu'au fil du temps le problème reste le même. Comme il y a toute une rangée un peu plus loin qui est vide je m'y installe. C'est les quatre sièges du milieu qui d'habitude sont pour les familles avec enfants mais comme l'embarquement est fini... Je sors l'écran, il répond bien. Mais à peine le film choisi il y a un steward qui me dit que je ne peux rester à cette place, que c'est des places avec supplément. Je lui dis oui mais vu que c'est vide... Peu importe, le règlement est le règlement quitte à devenir complètement absurde et à voler avec quatre sièges vides. Il me dit que mon problème d'écran ne justifie pas à lui seul que je sois mis sur un tel siège. Finalement ils font un reset de l'écran ce qui ne change absolument rien.
Un steward plus aguerri à la technologie défaillante arrive en renfort et essaie de me trouver un film mais il finit par s'arracher les cheveux. Il me désigne des places où je peux m'installer mais ce n'est pas des places côté allée, elles se trouvent coincées entre des gens. Ça fera l'affaire pour un film... Ma nouvelle voisine rigole car son écran ne répond pas très bien non plus. Tout comme le mien, une vraie catastrophe mais j'arrive quand même à sélectionner le premier film qui vient. Une fois la chose finie je vais aux toilettes. Lavabo bouché. Ça devient un gag, j'en viens à me demander si on n'a pas mis une caméra cachée pour me retrouver dans les bêtisiers de fin d'année. En regardant un peu mieux l'appareil je vois qu'il n'est pas de première jeunesse il y a des garnitures qui se font la malle. Espérons qu'au moins les ailes et les réacteurs sont bien fixés! La réputation d'Emirates est à revoir...
Avec tous ces déboires je suis sidéré de voir le nombre de gens qui voyagent. Quel plaisir cela leur procure-t-il? Je suis lessivé il va me falloir une semaine pour m'en remettre! Quand je pense que j'avais hésité à retourner aux Canaries avec ma voiture et le ferry... quand on a goûté à ça, avec la facilité et la liberté que ça procure, je crois bien que c'est le dernier voyage international que je ferai en avion. Franchement quel intérêt de se pourrir la vie à ce point?
Lot de consolation : le steward qui m'a vu revenir à ma place m'a offert un ballotin de chocolat que j'ai mangé d'un coup. Et finalement l'avion a récupéré un peu de son retard, j'ai pu avoir la correspondance. Par contre je ne comprends toujours pas lorsqu'on est en transit pourquoi il faut repasser l'immigration et rescanner les bagages. J'ai encore dû faire ça au pas de course, arrivant haletant en salle d'embarquement et en nage...
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