J'aime beaucoup les filaos pour l'ambiance qu'ils dégagent. C'est très différent de l'arbre aux grosses feuilles de Ao Molae mais ils me rappellent les forets de pin de par chez moi. J'ai toujours aimé me promener et camper dans les pinèdes. L'environnement y est plus sec et les aiguilles en tombant forment un tapis doré. Et en plus ils embaument l'air. Pour les filaos c'est la même chose, toute la journée je m'imprègne de leur odeur et écoute le vent siffler entre leurs longues aiguilles tandis que les cimes se balancent et que les branches s'entrechoquent en grinçant. Je croyais d'ailleurs que le filao était un résineux. Son fruit, rond et un peu épineux, ressemble à une petite pomme de pin miniature de deux centimètres maxi. Mais en fait l'arbre n'a rien à voir. Je me suis documenté. Il appartient à la famille des casuarinacées. C'est un arbre originaire d'Asie du Sud-Est et d'Australie. On le retrouve également en Mélanésie et en Polynésie. Mais aussi, de manière introduite, un peu partout ailleurs dans le monde. L'arbre, qui mesure jusqu'à 35 m de haut, a un bois très dur, très prisé en Polynésie pour confectionner statues, javelots, hameçons, battoirs et pour l'alimentation de fours à bois. Il est aussi utilisé comme arbre de Noël. Son feuillage en forme de fils, à l'origine de son petit nom, est persistant. Ce qui peut ressembler à une aiguille est en fait constitué de fines brindilles gris-vert qui portent de minuscules feuilles qui recouvrent la tige comme des écailles.
En tombant au sol, les feuilles inhibent la germination des plantes de sous bois, ce qui donne un sol nu sur lequel il est très agréable de marcher pieds nus. Par contre les fruits sont une plaie quand ils se coincent au fond d'une chaussure. De petite taille et très ligneux, couverts d'aspérité, ils aiment rester coincés. Le filao est un arbre pionnier qui se contente de peu pour être heureux. Il se plaît sur un sol très pauvre en éléments minéraux, sablonneux, et ne craint pas le sel. Il possède dans ses racines des nodules fixateurs d'azote, où vivent des bactéries en symbiose, et qui lui donnent le pouvoir d'assimiler l'azote de l'air. Il ne vit que sur une étroite bande littorale, soumise aux embruns salés et parfois submergée lors des grandes marées. Cela ne le dérange pas, il est capable d'évacuer le sel absorbé par ses feuilles, qui en retombant rendent le sol infertile.
C'est l'après midi que c'est le plus agréable d'être sous les filaos. Ils offrent de l'ombre, mais de manière éparse, ce qui donne un théâtre d'ombres et de lumières très beau. Comme ils ne sont pas assez touffus pour bien se protéger du soleil, je complète l'ombre au dessus du hamac par une bâche. Mais ils sont bien efficaces pour briser la chaleur. Dès que je sors de leur couvert pour me rendre à l'eau, j'ai l'impression de passer au grill. C'est aussi l'après midi que les effluves du filao sont les plus fortes. Cela rappelle un mélange de bois coupé et de résine. Je reste encore stupéfait que le filao ne soit pas un résineux. Surtout qu'en Australie, ils le nomment pin. Il n'y a pas que moi qui aime les filaos. Les calaos les adorent car ils peuvent serrer leur petites pattes autour de leurs innombrables branches, fines et pas trop proches les unes des autres, ce qui leur permet de se poser sans encombre et de décoller de la même manière.
Il y en a tellement que parfois les filaos ressemblent à des sapins de Noël garnis d'un volatile au bout des rameaux en guise de boules.
Il y en a tellement que parfois les filaos ressemblent à des sapins de Noël garnis d'un volatile au bout des rameaux en guise de boules.
Aujourd'hui la lumière est très belle et pique ma curiosité. On trouve un petit banc de sable face au restaurant, dont la physionomie change en permanence. Des bras apparaissent, des rondeurs se dessinent, chaque jour le spectacle est différent. Et comme tout banc de sable, l'effet marée joue à plein. Parfois le hasard donne les meilleures choses, souvent même. En se retirant un peu, la mer a dessiné sur le sol des lignes très graphiques, sombres, formées de particules organiques qui étaient au bord de l'eau à ce moment là. Cela donne à la plage un effet zébré. L'eau de couleur émeraude, les filaos derrière et Chado Cliff au dessus complètent le tableau. Sinon, c'est un bonheur de me retrouver en T-shirt et en short sans risquer la moindre piqûre de sandfly. Du coup on se sent plus libre et plus léger. C’est le gros avantage de Koh Adang.















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