Pages

Translate

lundi 12 mars 2018

Apéro coco

Devinez qui est de retour? Da ! En fait elle a toujours été là. Je l'ai croisée une fin d'après midi alors qu'elle passait le long du kiosque où j'étais assis. Elle vend désormais les noix de cocos sur Koh Lipe et ne revient sur Koh Adang que le soir, au coucher du soleil. C'est pour ça que sa maison est fermée. Elle se propose de me ramener le soir des cocos, j'ai juste à lui dire la veille combien j'en veux. Elle me fait un prix. 50 bahts. Sans doute pour s'excuser de n'être pas là la journée pour m'approvisionner. Le plaisir de déguster une coco bien fraîche dans un hamac par un chaud et bel après midi est en effet un peu différent que celui sur une chaise de restaurant à la nuit tombée. Elle me laisse me débrouiller, me fournit une machette, la cuillère à riz en ferraille pour racler la gelée et une paille, le tout dans un sac en plastique.
Les affaires reprennent, je suis tout content. Les cocos sont toujours bien fraîches, l'autre jour j'en ai même eu une qui était restée tellement longtemps dans la glace que son jus était cristallisé. Et un granité de coco, un ! Un délice. Je suis le roi de la coco avec mon qui-coupe. Tout content de ma trouvaille, j'arpente le camping avec la machette, tout fier. Attention faut pas me chercher, sinon je tranche dans le lard ! C'est un truc de boucher, une grande lame bien lourde qui te coupe un os net rien qu'en assénant un coup dessus. Au restaurant on me regarde mi interloqué, mi envieux. Quel est ce type qui a un traitement de faveur ? Je fournis aussi une polonaise avec ses amies qui en guise de remerciement du service, m'ont offert une grosse mangue bien mûre et juteuse. 
Elles m'ont demandé comment j'avais réussi à avoir des cocos. Je leur ai dit que c'était un business parallèle, que c'était pas officiel et caché. Qu'importe, aboule la coco ! Par contre Da m'a bien dit de les jeter dans la nature et de ne pas les laisser au restaurant étant donné qu'il n'y a pas de poubelles sur l'île. En effet il ne faut pas que les rangers s'aperçoivent trop de son commerce parallèle, après tout  elle est payée par le gouvernement pour prendre soin du parc, alors qu'elle s'éclipse la journée pour mettre du beurre dans le riz (ici, les épinards, on connaît pas). Le soir je vais à la maison de Da, c'est sur le chemin de la tente, pour lui rendre son qui-coupe et ses cuillères. Je mets un mot avec avec le nombre de cocos que je veux pour le lendemain. 
Da attend une barque pour Koh Lipe
Je lui laisse ça sur la terrasse quand elle ne m'entend pas. Sa maison est en fait coupée en deux. Il y a quelqu'un d'autre qui vit dans l'autre moitié. Une simple cloison en bois fait séparation. Da a deux pièces. Un salon chambre guère plus large que son matelas à même le sol, avec une télé elle aussi à même le sol. Derrière c'est  la cuisine qui fait également salle de bain. Car parfois elle sort de là tantôt vêtue d'un paréo et d'une charlotte en plastique sur la tête, tantôt avec un tablier et des ustensiles dans les mains. J'ai donc un nouveau rituel, l'apéro coco. Je ne prends plus de bière, ça n'apporte rien alors que la coco me nourrit et m'apporte vitamines et minéraux. En plus j'accompagne ça de noix de cajou que Stéphane m'a apporté. Chaque année j'ai droit à ma commande spéciale livrée au pied de la tente. 
Cette année c'est pour lui avoir donné le tuyau de l'île mystérieuse de Tarutao avec sa lagune magique. Par contre il va inclure cette visite au programme de son tour. Même s'il n'en organisera qu'un ou deux par an, ça me chagrine un peu. Car si ce n'est que dix personnes à chaque fois, cela peut vite faire effet boule de neige s'ils s'amusent à échanger ça sur Facebook, et pire s'ils géolocalisent leurs clichés et que leur photos sont visibles par tout un chacun. J'en ai touché deux mots à Stéphane qui m'a dit qu'il passerait la consigne de ne pas publier les photos de cette île sur les réseaux sociaux. Si ça marche comme ça, bon allez, ce sera double ration de noix de cajou!


On a la visite d'un adorable chaton depuis une semaine. Jamais vu avant, je me demande d'où il sort. Peut être que sevré, sa mère l'a rejeté. Il tourne autour du restaurant en miaulant. Il fait des sauts de cabri, fonce sur tout ce qui bouge et passe de mains en mains et de genoux en genoux. Tout le monde le veut. C'est une adorable boule de poils tout duveteux. Chose marrante, il a aussi des moustaches au dessus des yeux. Il me rappelle un chaton qui rodait l'été dernier sur le camp d'Agia Roumeli en Crète. C'était un chat adorable. Jamais un miaulement, il adorait la compagnie et grimpait dans le hamac quand j'y étais pour s'allonger sur moi en ronronnant non stop pendant des heures même quand il finissait par s'endormir.
A la fin j'étais obligé de la chasser pour vaquer à mes occupations. Sigrid et Bob que je vois tous les ans là bas le nourrissaient. Seulement quand ils sont partis, fin octobre, le sort de ce chat nous préoccupait. Car il n'y a personne à Agia Roumeli l'hiver à part deux vieux et j'ai entendu dire qu'ils tuaient les chats à la fin de l'été pour contrôler leur prolifération. Sigrid l'a donc pris avec elle pour l'abandonner au prochain port, peuplé toute l'année, la mort dans l'âme. Pauvre petit chat déraciné qui se plaisait tant dans la pinède à grimper aux arbres et à se prélasser. Tout le monde en était dingue, même Bob qui d'ordinaire n'aime pas les chats. Il faut dire que ce chat avait une bonne bouille ronde et joufflue et une robe fauve marbrée. Celui qu'on a là est identique. Même pelage, même couleur.
Par contre il est moins sympathique. Déjà, il miaule tout le temps même sur les genoux, et puis il ne tient pas en place, il faut le forcer pour le garder avec soi. Et pendant ce temps là il fait patte et dent de velours. Mais c'est une petite boule toute chaude, la mascotte du restaurant.
Il y a une autre mascotte dont on se passerait bien. Un amerloque vulgaire arborant un débardeur siglé  Trump World dans le dos. Un mec horrible dans son comportement et son physique, un gros vieux qui tire une gueule effrayante et qui agit en terrain conquis, plein d'arrogance. Le soir il met son ordinateur en route et diffuse de la musique pour que tout le monde entende bien. Il fait de grands gestes à distance au lieu de parler, pour demander des trucs.
Y a toute une école qui a passé le week end. Au moins 100!
Les gens sont ses larbins, il faut qu'ils s'exécutent et le servent, son gros cul toujours assis au restaurant à la même table. Aux nouveaux venus il leur fait un topo comme s'il vivait là depuis toujours ou était la patron, répétant inlassablement « no wifi ». Il est gros sabot, avance comme un bulldozer, ne dit jamais merci ou s'ils vous plaît. L'autre jour il est passé vers mon camp en marchant les palmes au pied pour aller faire du snorkeling. J'ai une branche un peu cachée à ras du sol. Il s'est pris les pieds dedans et s'est vautré face contre sable direct, comme une grosse merde qui fait splash. Ça m'a bien fait rire. Il fait part de ses remarques comme s'il gueulait dans un porte voix à qui veut bien l'entendre. Il est allé passer la journée sur Lipe, alors il répète : « Lipe is shit !! It's a fucking zoo !! ». Bizarre, à le voir on pourrait penser qu'il aurait adoré.
L'homme qui marchait sur l'eau en bravant la tempête 
Je ne sais pas si c'est notre conversation de l'autre jour avec le ranger bénévole,mais les speedboats jettent désormais l'ancre devant le centre des visiteurs, à l'opposé de la plage, là où il n'y a pas de coraux, face aux bungalows. Avant de crier victoire je me méfie. Il se pourrait bien que le ranger n'ait rien à voir dans l'histoire, mais plus la météo. En effet nous avons des vents violents qui balayent l'île toute la journée et le nouveau coin des speedboats est mieux abrité. Normalement le vent ne souffle que le matin. Plus maintenant. Du coup la mer se soulève, il y a une forte houle et même des vagues. Un peu comme lorsque j'avais bien choisi mon jour pour déménager sur Koh Tarutao. C'est mieux que ce soit maintenant, j'ai toujours une petite appréhension avec le bateau que je dois prendre le jour de mon retour en Europe.
S'il est annulé, je rate mon vol. Il y a peu de chance que la tempête dure jusqu'à jeudi. J'ai été contraint de déménager la tente à cause du vent, faute de végétation suffisante autour pour s'abriter. Elle est désormais dans la jungle, chez les geckos. Mais je ne les entends plus guère. Ni les cigales qui me réveillaient au petit jour en Janvier. Comme tout est sec et dégarni, je suppose que tout ce petit monde se cache quelque part en attendant la fin de la saison sèche. C'est comme les calaos, je n'en croise plus qu'un par ci par là. L'arbre où ils jacassaient le soir est déserté. La chaleur ne faiblit pas la nuit. L'oreiller est trempé de sueur, je baigne dans mon jus, c'est assez désagréable. Du coup j'ai acheté mes billets pour l'hiver prochain. Ce sera de mi décembre à mi février.
Au fond Koh Lipe. C'est pas loin mais on entend rien
J'échapperai au coup de chaud de la saison sèche, tout sera vert, il y aura moins de monde, moins de speedboats et de passage de long tail boats. Janvier était parfait pour ça. Et puis j'ai dégoté un billet à un très bon prix pour ces dates, ce qui n'était pas le cas sur la période janvier/mars. Je sais que j'essuierai des averses mais ça ne me dérange pas.
On a des Robinson sur l'île, de plus en plus de gens qu'on ne voit pas à part aux toilettes. J'ai un couple qui dort dans des hamacs un peu plus loin de là où je suis. Ils vivent toute la journée à poil et je les vois le matin récurer leur gamelle dans le sable. Je ne les entends pas, ce sont des sauvages contemplatifs. Je ne pouvais rêver mieux comme voisins. Quand ils s'habillent pour aller aux toilettes ils portent des vêtements locaux à moitiés déchirés, on dirait des naufragés.
On a aussi un type dans le même style qui a un kayak qu'il a transformé en bricolant une voile. Je le vois passer en  pagayant vers le spot de snorkeling où il attache son kayak à une bouée avant de sauter à l'eau. Il ne va pas bien loin avec, c'est juste pour le plaisir de naviguer. Son kayak s'appelle Castaway, c'est un signe !  Un autre a amené sa planche de standup paddling. La mer démontée ne le dérange pas plus que ça, sa planche flotte comme un bouchon et disparaît entre deux vagues. On dirait qu'il marche sur l'eau. Sinon les vieux de la vieille se sont réduits. Jésus (de son vrai nom Juan) est parti, il ne reste plus que Sabrina et son italien. La saison touche à sa fin. Esther et Akki sont à Bangkok, ils rentrent eux aussi...










Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...