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mercredi 14 mars 2018

Adang 11

Et voilà, le camping c'est fini. C'est pratique de prendre un bungalow les deux dernières nuits, comme ça j'ai le temps de ranger les affaires calmement et de laver tout ce que je laisserai ici. J'ai fait une liste. Le maximum restera sur Koh Adang : trousse de premiers soins, matelas, tente, tarp, oreiller, serviette, un pantalon, un caleçon de nuit, un poncho, de l'anti-moustique, la moustiquaire de hamac, le fil à linge, des épingles, un ciseau et même mon chapeau. Je vais enfin pouvoir voyager léger sans me traîner à Koh Lipe. J'ai demandé à la réception, elle est d'accord pour me garder les affaires jusqu'en décembre dans la pièce qui ferme à clefs. Pour l'heure elle m'a remis la clef du bungalow, le Adang 11, et ce dès 8 heures du matin.
J'allais la tanner les derniers jours pour avoir confirmation que j'aurais bien le numéro 11 conformément à ma réservation. Car ces jours ci ça fonctionne en flux tendu. Il y a plus de monde que fin février. D'ailleurs à l'accueil ils ont mis un papier comme quoi les gens doivent accepter le bungalow que le parc leur affectera sans pouvoir en changer ou le choisir, à moins de réserver sur internet au préalable et de payer ensuite à la réception. 
Il y a une plante qui embaume sur tout le camp et dont je m’enivre quand j'écris sous le kiosque. Ça sent très fort, délicieusement bon mais impossible de savoir d'où ça vient étant donné qu'autour du kiosque il n'y a que des arbres : des filaos et l'arbre aux calaos.
En fait l'arbuste est le long du chemin qui mène aux bungalows, à plus de 200 mètres du kiosque. C'est pour dire la puissance du truc ! Il fait de grosses fleurs qui ressemblent au jasmin. L'odeur en est d'ailleurs assez proche, puissance 100. Mais je ne crois pas que ce soit un jasmin, ça fait un tronc et ça grimpe à plus de cinq mètres de haut. Chaque fois que je passe à côté je m'arrête pour me hisser sur la pointe des pieds afin de saisir un rameau que je hume. Plus haut, entre deux bungalows, une petite mare de nénuphars se trouve peuplée de grenouilles la nuit tombée, qui donnent un concert. Ceux qui sont à côté apprécieront... ou pas ! C'est à cet endroit que le plus bel arbre du parc pousse. Un arbre gigantesque au tronc blanc, qui dépasse fièrement tous les autres. En plus comme il est tout seul dans la prairie, on ne peut pas le louper. 
Le bungalow 11 est en retrait de ceux qui longent le chemin. Il y en a quelques uns comme ça. Je passe entre deux bungalows pour accéder à un long escalier qui mène à une terrasse garnie de deux chaises en plastique rouge délavé au soleil et qui donne entre deux cocotiers. J'ai vu sur la mer et le centre d'accueil des visiteurs juste en contrebas. Derrière il n'y a que la jungle et Chado Cliff, ce gros bloc granitique qui offre un point de vue. Je ne sais pas comment font les gens, parfois ils vont jusqu'au bout de la plage et me demandent si c'est par là pendant que je barbote dans l'eau alors que le chemin est bien avant avec un gros panneau, difficile à louper. Le logement est très bien et en très bon état. J'ai juste une des portes coulissantes derrière la baie vitrée, un panneau tout en moustiquaire pour dormir portes ouvertes, dont une roulette est sortie du rail.
Du coup c'est difficile à ouvrir et en forçant, le truc a carrément déraillé. Il y a deux lits une place. Certains bungalows ont un lit double, je m'en moque un peu. Il y a une table de chevet, une autre petite table en face des lits avec deux bouteilles d'eau et des verres à disposition. Chaque lit est doté d'une grande serviette verte et d'une couette qui ne sera pas très utile. Il y a des ouvertures sur les côtés. Sur l'un d'eux on a des fenêtres qui restent entrouvertes grâce à un bras articulé avec à chaque fois un panneau grillagé finement pour éviter les moustiques et qui se clipse et déclipse par quatre attaches. Côté tête de lit, les fenêtres sont constituées de lamelles de verre obliques et parallèles, qui se superposent. Les lames ne sont pas abaissables, contrairement à ce que quelqu'un m'avait dit.
On entend donc le bruit du dehors comme sous une tente. Au fond de la pièce il y a une armoire qui sent le moisi, comme toutes les armoires en bois sous les tropiques qui ont des odeurs épouvantables. Enfin, à gauche, on trouve la salle de bain avec une grande douche. Ils ont même mis du papier toilette. Je ne savais plus ce que c'était mais je préfère le système de la douchette de chiottes, bien plus hygiénique. Par contre, les matelas sont terribles. Ils sont durs comme ceux en polystyrène qu'ils donnent au campeurs. Je ne sais pas avec quoi ils ont fourré leur matelas, sans doute de la paille de riz après qu'une vache ait dormi dessus à l'étable avec son veau couché à côté. Heureusement, comme je connaissais ce détail, je n'ai pas encore rendu le sac de couchage emprunté au parc.
Il me sert de sur-matelas ainsi que les deux couettes. Malgré cela ça ne suffit toujours pas, j'ai dû y ajouter un petit matelas autogonflant de secours. Ils auraient mis une planche ça aurait été mieux à défaut d'être pire car il se seraient moins embêtés pour faire les lits ! Le bungalow est très haut et avec son toit à forte pente, il y a comme une mezzanine au dessus du plafond des toilettes qui ne sert à rien vu qu'il n'y a pas d'échelle. Ce n'est pas la seule chose inutile : tous les bungalows sont pourvus de climatiseurs mais ceux ci n'ont jamais fonctionné. De toute façon, ça ne sert à rien, ils coupent l'électricité la nuit. Le type qui a aménagé le camp, un technocrate qui n'a jamais dû venir sur l'île, a sans doute oublié ce détail.
Et comme aucun ordre qui vient d'en haut ne se refuse, la climatisation  a été installée mais pas reliée au réseau électrique. Depuis, on attend qu'elle pourrisse bon an mal an. C'est très malin comme histoire. A minuit plus d'électricité, le ventilateur s'arrête et on se retrouve à nager dans son jus, avec un oreiller trempé qu'on retourne pour trouver un coin sec. Je ne suis pas le seul à dormir là dedans. Un gros gecko était emprisonné dans la salle de bain. Je ne sais pas comment il est arrivé là mais il m'a bien réveillé. Je l'ai chassé dehors en déclipsant le panneau grillagé. La bestiole ne s'est pas fait prier pour déguerpir. En revanche les petits lézards diaphanes qui grimpent aux murs et qui jappent, il faut faire avec. Il doit  y avoir un nid là haut, dans cette mezzanine inaccessible. Ça fait le charme de dormir dans un parc national. Tout comme d'être réveillé par les chants d'oiseaux, tel celui-ci que j'aime beaucoup et qui a l'air d'entrer en transe à mesure qu'il chante.














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