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dimanche 5 mars 2017

Masque et tuba dans le parc maritime de Tarutao

koh Rawi
Avec Stéphane et Séverine, on a l'idée de faire deux excursions au cours des prochains jours. Stéphane a demandé à un type d'un long tail boat pour savoir ce qu'il pouvait nous proposer. Il y a la possibilité d'un snorkeling tour entre Koh Adang et Koh Rawi. Cela peut être l'occasion de se rendre à Koh Rawi, vu qu'on ne peut plus y camper. L'autre excursion possible, c'est un tour de Koh Adang à la journée, en s'arrêtant dans des petites criques, un peu à la manière du tour de Koh Tarutao que nous avions fait et dont je garde un souvenir formidable. Cette excursion m’intéresse davantage car j'ai déjà fait un tour en snorkeling depuis Koh lipe quand j'étais venu en 2012 (cf ce post). Avant cela il a fallu recruter du monde pour partager les frais, chose que Stéphane a faite hier soir en passant de tables en tables lors du dîner.
Koh Adang
Les refus sont le plus souvent dus a des gens qui connaissent déjà ou qui repartent le lendemain. Il faut dire que le prix est imbattable. Cela reviendrait à 200 bahts par personne avec un bateau plein. En plus on a la possibilité de négocier des arrêts avec le capitaine. C'est donc sans mal que Stéphane a trouvé des volontaires.
Ce matin nous sommes 11, 7 russes, 1 israélien et nous. Ce sera finalement le tour en snorkeling. Cela laisse toujours la possibilité de faire le tour de Koh Adang demain, dernier jour avant que Séverine et Stéphane quittent Koh Adang. J'ai hésité à me joindre au groupe car le temps aujourd'hui est plutôt maussade. Comme il n'y a pas de vent le voile nuageux ne se dissipe pas et les belles couleurs turquoises ont du mal à sortir. Mais au cours du petit déjeuner les choses avaient l'air de s’arranger un peu, alors on verra bien. Une occasion comme cela ne se refuse pas !
Koh Rawi, station des rangers
Le départ était programmé à 9 heures mais nous sommes partis vers 10 heures, le temps que tout le monde soit prêt, avec son take away pour la journée et son matériel de snorkeling. J'ai loué l'équipement aux rangers. Ça se passe derrière le restaurant, à la cuisine. Je n'ai pas pris les palmes, je n'ai jamais réussi à m'y faire. On ne peut pas nager, il faut battre des pieds et la longueur des palmes m’empêche de le faire sans forcer, ce qui me fait surnager grotesquement sans avancer. Je préfère la nage libre. Et puis en l'absence de courant je ne vois pas bien l’intérêt des palmes. Pour louer juste masque et tuba c'est 50 bahts contre un dépôt de garantie de 500. Pour le repas, j'ai commandé un classique de ces occasions : pancake aux noix de cajou et fruits frais, les traditionnels ananas/pastèque.
Premier arrêt snorkeling : Koh Rawi
Par contre des russes se sont goinfrés toute la journée de petites mangues bien orange et juteuses. Il en avaient un plein sac et n'ont mangé que ça. Ça sentait dans tout le bateau, comme pour mieux me narguer. Ah une mangue ! Ça me changerait bien. Pour un peu, je serais prêt à faire une descente à Koh Lipe pour en acheter.
Le long tail boat pétaradant s’est élancé le long de la côte de Koh Adang. Je laisse les places à l'arrière, coincées contre le moteur, aux sourds et aux nez bouchés. J'ai pris place à l'avant, sur le rebord du bateau. Je préfère que sur un des bancs où il faut se tenir voûté pour ne pas toucher le « toit » formé d'une bâche tendue. Avec un T-shirt, de la crème solaire, un grand chapeau et des lunettes de soleil, je suis paré.
La côte de Koh Adang est admirable. L'île me rappelle Koh Tarutao, avec ses monts, ses pentes et ses vallons couverts de jungle. De temps à autre une petite plage secrète s'offre à notre regard. Ce serait l'idéal d'avoir un kayak pour s'arrêter comme on veut, voire y passer la nuit. Là, le long tail boat se contente de filer, jusqu'à parvenir dans un détroit qui sépare Koh Adang de sa petite sœur à l'ouest : Koh Rawi. Petite je ne sais pas, je pense que les deux îles doivent faire plus ou moins la même taille.
A présent nous longeons la côte sud de Koh Rawi. Le soleil qui avait réussi à faire une sortie timide sur Adang est à nouveau caché par une couverture uniforme qui sévit depuis Koh Lipe et part vers le nord, pile là où Kah Rawi se trouve.
Koh Rawi
On dirait que c'est fait exprès. Tant pis pour les photos de jungle bien verte, de sable blanc étincelant et de mer couleur lagon, il faudra se contenter d'une version adoucie. Nous sommes passés devant le camp de Koh Rawi, là où nous voulions camper à la base. On distingue le bâtiment des rangers, il y a une antenne de télécommunications et le camp est bordé d'une belle plage de sable doré, grande, où mouillent quelques long tails boats. J'aurais aimé m'y arrêter et visiter le camp, à défaut d'y rester, pour voir comment c'est fichu mais notre barque trace sans jamais s'arrêter. Cela fait une heure maintenant que nous naviguons et on commence à s'interroger avec Stéphane si la bateau va un jour s'arrêter. Peut être que le capitaine attend que nous lui demandions un stop, auquel cas le petit jeu pourrait durer longtemps.

Le bout ouest de Koh Rawi devient différent du reste de la côte avec ses plages de sable blanc bordées d'eau turquoise, signe de présence de corail. C'est le bon moment pour demander un stop. C'est plein de petites criques encadrées par de gros rochers dodus dont certains sont roses. Le capitaine a exaucé notre souhait et nous a débarqué dans l'une de ces anses. Il y a très peu de fond, la fin se fait avec de l'eau au mollet. Deux macaques étaient là pour nous accueillir, juste sous une balançoire construite par des pécheurs et qu'on trouve un peu partout sur les plages. Faciles à construire, une planche et de la corde suffisent. Tandis que le reste du groupe pataugeait avec masque, tuba et palmes pour retrouver plus de profondeur, j'ai préféré dans un premier temps partir à la découverte de la petite crique, l'occasion de faire des photos avec personne dessus.
Le coin pour le snorkeling est très beau. Il y a un tombant à tomber où les patates de corail disparaissent dans les profondeurs. C'est plein de poissons, d'anémones de mer d'un bleu fluorescent, de coraux de différentes formes et couleurs. La vie se porte bien par ici, cela fait plaisir. Je retrouve les poissons que j'avais rencontrés en Polynésie et ailleurs. Je reconnais le rose et beige rayé, curieux, qui se met face à moi, et m'observe bouche bée de ses gros yeux globuleux, qui avance et recule au rythme de mes mouvements. Il y a aussi les petits tigrés de bleu et de jaune, pas farouches, qu'on a l’impression de pouvoir toucher du doigt. C'est même un jeu que j'ai avec eux. C'est mieux que de toucher un écran tactile.
Koh Dong, arrêt déjeuner
Il y a aussi le poisson bariolé, très joli mais qu'il vaut mieux s'abstenir de pêcher. Tout comme le poisson pierre que certains ont vu. Séverine a vu une murène, Stéphane des barracudas et un poisson lion. Chacun fait l'inventaire de ses trouvailles. Je regrette de ne pas avoir d'appareil photo aquatique. J'en ai bousillé un tel nombre que j'ai jeté l'éponge, en attendant qu'un jour ils sortent un modèle vraiment étanche qui dépasse les trois mois d'utilisation. Il y a bien la GoPro, bien étanche, mais pour les photos de poissons elle ne sert à rien. Dotée d'un très grand angle, les poissons sont transformés en confettis noyés au milieu de la flotte.
C'est un peu à contre cœur que j'ai quitté ce coin charmant et si tranquille.
Le bateau nous mène à présent à un petit îlot qui se trouve à l’extrémité ouest de Koh Rawi, dans un nouveau détroit, celui qui sépare Koh Rawi de Koh Dong. C'est plein d'îles dans le parc national de Tarutao, c'est ce qui fait la richesse et la beauté de ce parc maritime si large. L'îlot est un tout petit rocher surmonté d'arbres, au pied duquel un macaque nous regarde nous amarrer à une corde, les mains jointes des deux côtés des pieds. Comment est-il arrivé là ? S'il vit sur l’îlot il risque de trouver le temps bien long. On en fait le tour à la nage en dix minutes. A moins que ce soit le quartier d'isolement des macaques punis ou de ceux qui sont trop gentils et dont les autres ne veulent pas. Après, Koh Dong est à côté, ça se fait à la nage. Je ne sais pas si un macaque sait nager, je n'en ai jamais vus et en général ils n'aiment pas l'eau et sautent dès qu'une vaguelette vient à les mouiller.
Koh Dong
Sous la surface de l'eau ce sont des centaines de poissons qui batifolent. C'est plein des petits tigrés bleu et jaune et de ceux qui me font penser à un papillon, jaune, noir et blanc aux nageoires qui partent en points d'interrogation. Ils sont très durs à prendre en photo. Je les appelle poissons papillons car de face on ne voit rien ; ils sont tout plats, il faut les voir de profil. De temps en temps un poisson crocodile passe par là. Il me fait trop rire. C'est une créature toute en longueur, pourvue d'un museau et de dents qui dépassent dans tous les sens. C’est le cauchemar du dentiste ! Tout ce petit monde se croise sans se faire peur et sans bagarre. Les poissons tigrés, ceux qu'on attire très facilement en jetant du pain à l'eau (c’est interdit dans le parc national), sont tous autour des cordes qui permettent aux barques de s'amarrer.
Koh Dong
Les cordes sont couvertes de petites algues, comme de la mousse, dont les poissons sont friands. Notre capitaine s'est écrié « Oh, many fish, barbecue ! ». C'est la différence entre les thaï et nous. On plonge pour les regarder, eux les pêchent pour les manger. Ils doivent trouver cela étrange de nous voir gesticuler sous l'eau des heures durant sans jamais rien ramener.
Pour le déjeuner, on s'est arrêté sur Koh Dong, au niveau d'une plage qui forme une langue de sable de part et d'autre de rochers. Je me rappelle parfaitement de l'endroit. C'est là que je m'étais arrêté il y a 5 ans. Je reconnais les arbres dont les branches surplombent la surface de l'eau. Mais aussi les macaques, particulièrement incontrôlables dans le secteur. Comme tous les bateaux passent par là à l'heure de la pause pique-nique, les singes sont en transe.
Stéphane et Séverine
Ils déboulent et s'approchent prêts à te sauter dessus. Occupé avec mes fruits, j'ai eu le temps de les voir venir. Impossible de les faire reculer avec des gestes menaçants, j'ai fini debout dans l'eau mais ils semblaient vouloir se jeter sur moi pour arriver à leurs fins. On a tous dû se réfugier dans le bateau. De temps en temps une tête dépassait, celle d'un macaque qui se mettait debout pour voir ce qui se passait à bord. Notre capitaine essayait de les empêcher de monter à bord. Moi je les attendais de pied ferme, les narguant en leur montrant un beau morceau de pastèque bien rouge. Le premier qui se jette sur le bateau, je le dégomme à l'aide d'une palme! Finalement, le guide a préféré changer d'endroit, à quelques dizaines de mètres de là. Le temps que les macaques nous rejoignent !
On devait rester une heure sur Koh Dong, on sera resté moitié moins. Prochaine destination : Koh Rokroy, aussi appelée Koh Lok Lol sur certaines cartes. Ça suprend toujours, mais beaucoup d'îles possèdent des noms différents, sans doute selon comment les hiéroglyphes thaï sont traduits. Koh Rokroy est une petite île dotée d'un point de vue juché en haut d'un rocher. Il y a une belle plage de sable blanc avec plein de coraux tour autour. On trouve aussi un poste de rangers, un cabane en bois du style buvette où il n'y avait personne. De là on peut se servir d'une corde pour escalader le rocher qui ne revêt aucune difficulté. En s’approchant au maximum du vide, on a une très belle vue en contrebas à travers les branches des arbres. J'aime ces trouées qui donnent un côté sauvage. Et une photo a toujours plus de relief avec un avant plan.
Toujours plus à l'ouest, à quelques centaines de mètres de l’îlot, on tombe sur une nouveau spot de snorkeling, au large de Koh Dong. C'est là que l'on peut admirer de drôles de coraux, que Séverine et Stéphane appellent les coraux dentelle. Moi je les ai surnommés les coraux labyrinthe. Ce sont des formations massives avec plein de cloisons sans symétrie, qui ressemblent à un vrai labyrinthe quand on nage par dessus. On peut s'amuser à chercher un chemin imaginaire par lequel un petit poisson pourrait passer. Ceux qui sont réfugiés là dedans ont la tranquillité assurée. Même s'ils donnaient un plan ou un GPS à un de leurs congénères pour qu'il leur rende visite, ils seraient impossible à retrouver.
A partir de là, j'ai arrêté le snorkeling. La faute à une couverture nuageuse qui s'est épaissie, retirant toute couleur aux fonds. Et puis avec les arrêts fréquents, mon short est tout le temps mouillé et ça commence à me gratter les fesses ! Avant de repartir vers Koh Adang, on s’est arrêté à un endroit pour admirer deux gros rochers mal empilés, qui semblent tenir en équilibre. C'est une attraction du tour et je me rappelle bien être déjà passé par là. En fait notre capitaine ne fait pas dans l'originalité. Ils nous a amené à tous les endroits où vont les autres, mais en décalé, de sorte qu'on est souvent seuls. Mais peut être qu'il n'y a que là où il est autorisé à s'arrêter, vu l'état de parc national. Mon spot préféré de la journée reste celui de ce matin à Koh Rawi. On a eu raison de s'arrêter à cet endroit.
Koh Adang
Pour terminer l'excursion, on a fini à cette île toute bizarre entre Koh Lipe et Koh Adang, un îlot austère où la plage est couverte de galets. Pourquoi sont-ils là ? Mystère ! C'est d'ailleurs pour cela que l'île est un endroit sacré et qu'il est interdit de toucher aux galets. Au delà de ça, par quel hasard géologique et marin peut-on avoir des galets qui couvrent toute l'île alors que partout ailleurs c'est du sable tantôt blond, tantôt corallien ? Avec la fatigue de la journée, personne n'a voulu mettre un pied sur l'île. Il faut dire qu'avec ses galets noirs elle n'est pas non plus très photogénique. On était tous contents d'être de retour au camp. Non parce qu’on n'a pas aimé, mais après toute une journée sur l'eau à plonger, sauter, remonter, sans pouvoir se reposer ou s'allonger un peu, il y a de quoi avoir les batteries à plat d'une saine fatigue. J'étais à la tente dès 20h30. Et le projet de remettre ça demain faire le tour de Koh Adang est retombé comme un soufflé !
Je vais finir finir par une triste nouvelle. Le petit veau de Koh Tarutao est mort le jour où j'ai quitté l'île. C'est la vie mais il méritait un meilleur destin. Ainsi va la nature...

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