Koh Adang et Koh Lipe
sont vraiment très proches. Je vois nettement les cocotiers de
Sunrise Beach, les bungalows du Montain resort et les long tail boat
posés sur la plage. Avec moins de deux kilomètres il doit être
possible de faire la traversée à la nage. Par contre je ne m'y
risquerais pas, il doit bien y avoir des courants qui encerclent
l'île dès qu'on s'en éloigne un peu. Je me méfie des détroits.
Et puis Koh Lipe pour quoi faire ? J'ai toujours fui cette île
comme la peste, ce n'est pas pour y aller à la nage. Les mangues
attendront...
Ils ont mis un ponton
flottant sur Koh Adang pour décharger plus facilement les
marchandises.
Il sert exclusivement aux rangers, les long tail boat
restant pour leur part garés à côté. La plage du camp s'avance
vers une pointe où se trouve un petit banc de sable. Le coin de
camping est très vaste et à l'ombre continue de grands filaos qui
se balancent au rythme du vent. Le coin fait pinède avec le sol
couvert d'aiguilles où rien ne pousse. On trouve à cet endroit de
véritables camps de longue durée, avec pour certains un bloc
cuisine, tables et chaises. C'est là que se mettent les asiatiques.
Je ne serais pas surpris que quelques uns y vivent à l'année. Il y
a de l'espace étant donné que toutes les tentes se concentrent en
bord de plage. Même si le coin est joli je n'y ai jamais posé la
tente car il faut composer avec les allées et venues aux toilettes
qui se trouvent au fond du camp.
De plus le soir voit des
rassemblements se former et des discussions animées démarrer qui se
prolongeront jusqu'à pas d'heure. Je préfère m'isoler plus loin,
là où il n'y a plus que plage et jungle. J'espère juste ne pas y
trouver une tente un jour, à force de décrire ce que je fais et où
je suis...
Les filaos du camping
sont un terrain de jeu pour les singes volants. Stéphane n'a pas
arrêté d'en voir qui se jetaient devant lui, peu avant le coucher
du soleil. Pour moi, pas de chance. J'ai bien arpenté le camp en
scrutant les troncs, rien ! Après, je ne me fais pas trop
d'illusions, je sais bien que les bestioles te tombent dessus et
jamais l'inverse.
J'ai plus de succès avec les oiseaux lyre, ceux
avec leur drôle de queue, façon nœuds de dentelle aux mariages. Je
les vois tout le temps, j'ai même failli enregistrer leur chant si
je n'avais pas eu au même moment pas un, mais deux long tail boat
qui se croisaient dans un concert de pétarades. Les oiseaux lyre
font ami-ami avec les toucans. Ils se suivent en se sifflant, c’est
drôle à voir. Les toucans sont très handicapés avec leur long bec
courbé quand il s'agit de gober un fruit et ils doivent se démener
tant et plus pour faire tomber le machin dans le gosier.
Le restaurant, séparé
de la plage par une partie du camping, est entouré d'arbres qui ont
des fleurs qui recouvrent le sol le matin et qui ressemblent un peu à
celles des marronniers.
Il y a aussi depuis quelques jours une odeur
puissante qui s’échappe de quelque part sans que j'arrive à voir
quoi que ce soit. Ça sent comme une odeur sucrée qui me rappelle
ces arbustes dont on se sert pour faire des haies, aux feuilles dures
comme du houx, d'un vert lichen et qui donne de toutes petites fleurs
blanches en clochette cachées sous les feuilles. C'est le même
mystère que j'avais trouvé la dernière fois à Tarutao, sur le
chemin d'Ao Son. Bien que disposé sous un grand et haut chapiteau,
on crève de chaud au restaurant le midi. Le toit fait serre, avec
ses tuiles posées sur la charpente. Sinon il y a des tables en bois
dehors, recouvertes d'une nappe cirée verte qui colle aux bras.
![]() |
| Le camping au bord de l'eau, face au banc de sable |
Je
n'ai jamais compris le concept des nappes. Le contact du bois c'est
quand même plus sympa. Si c'est pour ne pas abîmer alors autant
avoir une table en plastique ! L’inconvénient de ces tables
dehors, c'est qu'on y est très mal installé. Ce sont des tables de
pique nique avec un banc, mais celui ci est trop bas, à moins que ce
soit la table qui soit trop haute. Avec une assiette au niveau du
torse, je me tue le dos chaque fois que je m'installe par là. La
cuisine est à part du restaurant. Ils sont plusieurs cuisiniers à
s'activer avec des masques devant la bouche. Il y a beaucoup de
personnel sur Koh Adang. Pourtant il n'y a pas plus de bungalows qu'à
Ao Pante sur Tarutao. Je ne suis pas sûr que tout le monde ait de
quoi s'occuper. Tous les matins il y a réunion d'équipe au milieu
du camp, sous le filet de volley-ball.
Le manager, en pantalon noir
et chemise blanche, donne ses consignes aux rangers alignés sagement
en rang d'oignon, les mains dans le dos, tous vêtus d'un treillis.
Et ça dure un bon moment. Ça n'a pas l'air très strict, ce n’est
pas un conseil militaire. Certains regardent ailleurs dans les
arbres, d'autres se balancent d'un pied sur l'autre. La liste des
tâches ne doit pas être non plus énorme. Je ne pense pas qu'ils
aient des objectifs de productivité ! D'ailleurs en journée on
en voit beaucoup sous des kiosques où ils font la sieste avec un
gros oreiller sous la nuque. En cuisine, il doit par contre y avoir
pas mal de boulot. C’est ouvert de 7h30 à 14h30 et de 17h30 à
20h30, soit une journée de 10 heures, et ce 7 jours sur 7.
Il y en a
deux qui se relaient au guichet de prise de commande. Aucune n'est
avenante, jamais bonjour, elles retournent les pages de leur carnet à
souche en levant le regard quand elles sont prêtes, d'un air
interrogateur, comme pour dire « qu'est ce que vous voulez ? ».
L'une est grimée dans de la poudre de riz qui la fige dans une
expression de clown triste, l'autre toujours vêtue d'un maillot de
foot en nylon avec des ongles peints en rouge. Ces derniers jours
j'ai droit de temps en temps à un sourire, elles doivent commencer à
me reconnaître. Par contre, celle qui sert, une maigrichonne aux
bras pendants qui avance comme si elle était en train de les perdre,
c'est le masque.
En plus elle est souvent perdue, amenant des plats
qu'on n'a pas commandé et retournant toute désemparée au guichet
de la footballeuse au carnet à souches. Celle qui débarrasse est
plus sympa. Je la reconnais de la dernière fois. Avec ses cheveux
courts et ses allures brutes de décoffrage, on dirait qu'elle a
conduit un camion toute la journée. Mais au moins elle sourit
facilement. Après, tout le monde n'est pas pareil, en général les
hommes sont moins sur la réserve et j'ai souvent droit à des
salutations quand je croise un ranger sur le camp dans la journée.
Comme partout, certains sont plus contents d'être là que d'autres.
Les gardes ont leurs
quartiers légèrement en hauteur, dans des cabanes de bois et tôle
ondulée, sans cloison intérieure où l'intimité est un concept
lointain.
On les trouve derrière les sanitaires d'où on entend des
gamins brailler sur un fond de radio. Les cabanes sont entourées
d'arbres et d'arbustes, de bananiers. Je n'ai pas rodé autour, mais
je ne serais pas surpris qu'ils aient aussi un petit potager, enfin,
un carré pour faire pousser des piments et des aromates. Ils ont
aussi deux chiens, un noiraud au museau barbu qui fait crade, et un
beige a taches rouille, façon épagneul, qui fait tout aussi
pouilleux. Ce dernier a le don pour te suivre partout. Parfois il
reste sous mon hamac, en rond, même si je le chasse. Ils font comme
chez eux, ils vont et viennent le long de la plage plusieurs fois par
jour, furètent derrière les bosquets, rodent autour de la tente,
lèvent la patte sur le moindre relief. Des clebs quoi !
![]() |
| Le bout de la plage vers là où je campe |
Les bungalows sont en
hauteur, à l'ouest du camp et du restaurant. On les voit très bien
quand on arrive de Koh Lipe. Ils sont en dur, avec une grande baie
vitrée qui donne sur une terrasse meublée de deux chaises en
plastique. Les meilleurs bungalows sont ceux du bout, surtout le
numéro 1 qui est le dernier avant la jungle et n'a de voisin que
d'un côté. Ils ont une vue dégagée sur la mer et sur la plage,
jusque vers la pointe au banc de sable. Les autres bungalows, plus
dans la végétation n'ont que des vues partielles sur la mer, à
travers les branchages. Il y aussi des unités plus grosses, sans
doute des dortoirs. Les logements sont très corrects et d'extérieur
on peut même penser qu'on est dans un truc de luxe.
![]() |
| Chemin pour la tente, entre jungle et lagon |
Avec des prix
très corrects (600 ou 800 bahts je crois) par rapport à Koh Lipe,
les bungalows sont très prisés et il faut réserver plus de deux
mois avant si l'on veut avoir de la place. Sinon il reste toujours le
camping. 250 bahts sans tente (le parc la fournit) ou 30 si l'on
apporte la sienne. Pour ma part, je préfère le camping dans mon
petit coin de paradis. J'y suis tout seul, sans voisin, bien
tranquille. Même si on m'offrait le bungalow, je ne suis pas certain
que cela me plairait ou alors juste pour avoir un lit, pour changer.
Le trajet de la tente
vers le restaurant prend à peine dix minutes. Il y a comme un petit
chemin derrière le rivage qui contourne la végétation. J'aime ce
coin, surtout entre midi et deux, quand le vert ressort bien par
rapport au sable blanc.
Par contre à cette heure là c’est un vrai
four, avec le bas de la montagne qui se termine à cet endroit en
rochers grillés par le soleil. Le soir il y a un fort contraste
entre ce passage qui restitue la chaleur accumulée et l'orée où
j'ai la tente, en contrebas d'un ruisseau asséché, qui reçoit la
fraîcheur qui descend directement de la montagne, avec quelques
moustiques aussi dès que le soleil disparaît. Du hamac je suis aux
premières loges pour observer toutes les bestioles, de sorte que
j'ai toujours l'appareil photo sous la main, prêt à déclencher. Il
y a des petits écureuils qui ne cessent de passer et font un raffut
dans les feuilles mortes. Le matin c'est le concert. Tout commence en
même temps comme si on branchait l'électrophone (le quoi ?, me
diront certains), avant que le soleil ne soit là, aux premières
lueurs.
Je reste un long moment à écouter tout ce qui se passe
avant de me lever. Ce matin j'avais deux de ces bestioles qui ont un
cri de bébé qui braille, pas très loin de la tente. Ça venait de
la jungle. Je ne saurai jamais ce que c'est.La nature est bien faite
avec la lumière qui vient progressivement. Ce n'est pas comme
recevoir le flash d'une ampoule en pleine poire. Ah ça va me manquer
ces réveils en douceur !














Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire