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mercredi 13 août 2014

En route pour le Monte Perdido

Pico de Pineta, 2867m
Cela faisait des années que j'en rêvais, je ne pouvais plus attendre davantage. Je n'avais pas mis les pieds dans les Pyrénées depuis au moins 25 ans, lorsque, adolescent nous randonnions l'été avec mon frère dans le but de découvrir tout ce que les Pyrénées recèlent comme trésors. C'est la partie des Hautes Pyrénées qui m'avait le plus plu, avec son pendant côté espagnol, pour sa végétation et et sa géologie si différentes. J'ai donc profité d'un temps perturbé sur Bordeaux pour m'extirper de la plage et renouer avec ces montagnes. Séquence nostalgie.
But de l'épopée du jour : parvenir jusqu'à la vallée de Rieumajou, havre de quiétude dans une vallée oubliée à côté de Saint Lary-Soulan dont je garde une nuit en bivouac sous les sapins au bord d'un torrent comme l'une des meilleures expériences de ma vie. 
Rieumajou
Pour cela, j'ai choisi de prendre la route jusqu'à Tarbes, puis Bagnères de Bigorre pour rejoindre Saint Lary par le col d'Aspin. C’est le plus direct. Pas le plus facile non plus. Le col culmine à 1489 mètres d'altitude et ma fiat Uno vintage qui fête ses 27 ans cette année peine à gravir les lacets. Ça s'est fait en seconde, en ne dépassant pas les 40 km/h, créant un bouchon derrière moi. Car il y a foule. Beaucoup de bretons et de gens des pays de la Loire, allez savoir pourquoi. Il y a plus de monde qu'à la plage. Bon, je sais mi-août ça n'aide pas et vu le temps qui sévit sur les côtes je ne dois pas être le premier à avoir eu la même idée. En effet, curieusement, les montagnes sont épargnées des tempêtes océaniques qui se déchaînent depuis plusieurs jours. 
Rieumajou
Il faut ajouter à cela des cyclistes en nombre, en tenue complète, qui veulent se frotter au tour de France. Il ne leur manque plus qu'un dossard sur le dos. Évidemment, pour attirer encore plus de monde, les municipalités ont mis en avant leur vallée au fond de laquelle coule l'Adour en se gargarisant de posséder un bout de route historique du tour de France depuis 1910. Ils en sont fiers, c'est écrit partout.
Le col d'Aspin, ça ne vous dit peut être rien mais si je vous dis qu'une bifurcation mène au col du Tourmalet, là ça change tout. Dans la vallée il y a des drôles de trucs, des polichinelles grandeur nature en situation aux quatre coins des rues des villages. 
Rieumajou
Debout sur un balcon se tenant à la rambarde, à la terrasse d'un café un verre à la main, pendus dans les vitrines des magasins ou encore assis sur les bancs. Seul le Christ sur sa croix est un vrai, ils n'ont pas osé le remplacer par un polichinelle vêtu d'un pagne ! Comme les villages sont morts j’ai d'abord cru à une blague, pour attirer les touristes et donner l'illusion qu'il y a du monde. Mais non, apparemment c'est une tradition locale, il y en a même à vendre dans une boutique. Il semblerait qu'ils aient un nom, les mounaques. Information à vérifier...
Comme je disais il y a foule. Les routes sont encombrées de camping-cars, les gens s'arrêtent partout, les villages sont plein de voitures qui déboulent, on roule au pas, et tout le monde se suit à la queue leu-leu. 
Rieumajou
On est à la limite du bouchon et il faut conduire les vitres baissées à cause des gaz d'échappement. Ah, l'air pur de la montagne ! Heureusement j'ai mon petit secret. Tout le monde prend la route de la frontière, moi j'ai bifurqué au panneau « hospice de Rieumajou ». Enfin le calme ! Il me tarde de revoir cette vallée enchantée. Mais ça commence mal ; il y a plein de voitures qui descendent de là en se pavanant, des gros machins qui prennent toute la largeur de la route étroite et qui me font des appels de phares car je ne me pousse pas. Que dit le code de la route ? Ne serait-ce pas priorité à celui qui monte ? Passons... La vallée est toujours aussi belle, fidèle au souvenir que j'en avais. 
Rieumajou
Par contre en 25 ans elle est devenue zone touristique classée. Une mention que je n'ai jamais vue ailleurs et qui doit être à mi chemin d'un parc national. Sans doute que cette vallée peuplée de beaux sapins en a inspiré d'autres après nous au point qu'ils ont dû réglementé. Le bivouac y est toujours autorisé, sans doute pour ne pas fâcher les adeptes de la première heure. Mais dorénavant on est prié de le faire à des endroits dédiés. Un en l’occurrence, qui se situe là où j'avais campé il y a 25 ans, au niveau du hameau pastoral de Frédançon. C'est un endroit sauvage avec des pelouses grasses et bien vertes sous le couvert d'une belle sapinière en bordure d'un petit torrent qui donne envie de s'y baigner ; le tout au pied d'une montagne dodue et boisée qui culmine à 2395m. 
Embalse de Pineta
L'endroit rêvé pour camper. Sauf que c'est interdit. Chaque tronc d'arbre est peint d'une tente blanche barrée d'un trait rouge. A la place on est invité à se concentrer dans une aire dédiée, délimitée par des troncs d'arbres couchés, où viennent s'entasser une douzaine de tentes avec des chiens qui aboient pendant que des gamins jouent au ballon en criant. Ma vallée enchantée est devenue désenchantée. Il est des choses qu'il vaut mieux garder en souvenir. J'ai été tellement déçu que j'ai préféré tourner les talons, pour garder ma mémoire intacte avec les impressions de ma jeunesse et non cette vision moderne qui ruine tout. Vallée de Rieumajou, un retour raté qui aura duré moins d'une heure, le temps de prendre deux-trois photos. Je ne sais pas si j'y reviendrai un jour...
Valle de Pineta
J'ai donc continué mon périple, destination l'Espagne. Impossible de passer à côté, c'est indiqué partout. Pour s'y rendre il faut remonter la vallée jusqu'à plus de 2000 mètres d'altitude puis emprunter un tunnel long de 3 kilomètres. Mais avant il faut patienter 11 minutes devant une barrière car même si le tunnel est à deux voies, la circulation est alternée. Le poste de frontière a sauté depuis la dernière fois. Désormais rien n'empêche un français sans papier d'aller en Espagne, la frontière n'est que symbolique, ça valait le coup de se battre pour grappiller des bouts de terre ! Après 10 minutes à l'arrêt et alors qu'il y avait toujours des voitures qui déboulaient du tunnel, je me suis octroyé une pause pipi. 
Évidemment la barrière s'est levée juste à ce moment là ! La partie espagnole des Pyrénées est beaucoup plus sauvage. C'est de la forêt vierge de pins à l'écorce orange. Les sapins sont restés de l'autre côté, avec les nuages. On sent clairement l'influence méditerranéenne. Depuis que je suis sorti du tunnel, je revis. Les rares voitures que je croise sont espagnoles. Peu de touristes, les espagnols préfèrent la mer méditerranée en cette saison. Ou alors c'est la crise. Si la frontière n'existe plus, l'Espagne est bien là. Les restaurants affichent leurs fameux « platos combinados ». Peu sont les français à s'y aventurer, ils préfèrent rester avec leurs compatriotes à parler la même langue plutôt que de s'embêter avec une autre culture. C'est tant mieux !
Parvenu à Bielsa, j'ai bifurqué sur la droite pour prendre la vallée de la Pineta. Elle conduit en 14 kilomètres au pied du cirque du même nom, dans le parc national d'Ordesa et du Monte Perdido. Les touristes lui préfèrent l'autre côté, celui d'Ordesa. Du coup je suis tout seul. Avec le soleil qui est en train de disparaître derrière le Monte Perdido, je suis aveuglé par tant de lumière. Il y a un petit lac qui ouvre la vallée puis celle ci s'élargit pour se resserrer ensuite au niveau du refuge de Pineta, après les derniers hameaux. Des montagnes abruptes de couleur claires enchâssent cette vallée et lui donnent une allure de Montagnes Rocheuses. Un avant goût de ce qui m'attend le 3 octobre ?
Le refuge n'est pas dans le parc national. Il se trouve au bord d'un torrent qui doit probablement se transformer en vaste rivière à la fonte des neiges, vu la largeur du lit de galets qui atteint plusieurs dizaines de mètres. Il y a aussi une table de pique nique, parfaite pour préparer le dîner. Au milieu des pins se trouvent de grands buis qui montent jusqu'à deux mètres et forment des barrières naturelles contre le vent qui descend du cirque. Il y a quelques pécheurs au bord de l'eau et c'est plein de méandres qui forment de petites îles peuplées de saules. C’est là que j'ai posé ma tente pour la nuit. Au pied du Monte Perdido. 
Si, c'est une photo de nuit!
Et à deux heures du matin, alors que je me levais pour un besoin, j'ai été ébloui par le spectacle des ombres qui s'offrait à moi au clair de lune. Je suis alors retourné à la tente chercher l'appareil photo pour l'installer sur un caillou en pause longue, le tout en caleçon de nuit par un froid polaire dehors. Ce genre d'instant mérite qu'on essaye de l'immortaliser. Ensuite j'ai continué ma nuit au son d'un hibou lointain qui n'a cessé de me bercer de son hululement. C'est un petit paradis cette vallée de Pineta !

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