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| Pico de Pineta, 2867m |
But de l'épopée du
jour : parvenir jusqu'à la vallée de Rieumajou, havre de
quiétude dans une vallée oubliée à côté de Saint Lary-Soulan
dont je garde une nuit en bivouac sous les sapins au bord d'un
torrent comme l'une des meilleures expériences de ma vie.
Pour cela,
j'ai choisi de prendre la route jusqu'à Tarbes, puis Bagnères de
Bigorre pour rejoindre Saint Lary par le col d'Aspin. C’est le plus
direct. Pas le plus facile non plus. Le col culmine à 1489 mètres
d'altitude et ma fiat Uno vintage qui fête ses 27 ans cette année
peine à gravir les lacets. Ça s'est fait en seconde, en ne
dépassant pas les 40 km/h, créant un bouchon derrière moi. Car il
y a foule. Beaucoup de bretons et de gens des pays de la Loire, allez
savoir pourquoi. Il y a plus de monde qu'à la plage. Bon, je sais
mi-août ça n'aide pas et vu le temps qui sévit sur les côtes je
ne dois pas être le premier à avoir eu la même idée. En effet,
curieusement, les montagnes sont épargnées des tempêtes océaniques
qui se déchaînent depuis plusieurs jours.
Il faut ajouter à cela
des cyclistes en nombre, en tenue complète, qui veulent se frotter
au tour de France. Il ne leur manque plus qu'un dossard sur le dos.
Évidemment, pour attirer encore plus de monde, les municipalités
ont mis en avant leur vallée au fond de laquelle coule l'Adour en se
gargarisant de posséder un bout de route historique du tour de
France depuis 1910. Ils en sont fiers, c'est écrit partout.
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| Rieumajou |
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| Rieumajou |
Le col d'Aspin, ça ne
vous dit peut être rien mais si je vous dis qu'une bifurcation mène
au col du Tourmalet, là ça change tout. Dans la vallée il y a des
drôles de trucs, des polichinelles grandeur nature en situation aux
quatre coins des rues des villages.
Debout sur un balcon se tenant à
la rambarde, à la terrasse d'un café un verre à la main, pendus
dans les vitrines des magasins ou encore assis sur les bancs. Seul le
Christ sur sa croix est un vrai, ils n'ont pas osé le remplacer par
un polichinelle vêtu d'un pagne ! Comme les villages sont morts
j’ai d'abord cru à une blague, pour attirer les touristes et
donner l'illusion qu'il y a du monde. Mais non, apparemment c'est une
tradition locale, il y en a même à vendre dans une boutique. Il
semblerait qu'ils aient un nom, les mounaques. Information à
vérifier...
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| Rieumajou |
Comme je disais il y a
foule. Les routes sont encombrées de camping-cars, les gens
s'arrêtent partout, les villages sont plein de voitures qui
déboulent, on roule au pas, et tout le monde se suit à la queue
leu-leu.
On est à la limite du bouchon et il faut conduire les
vitres baissées à cause des gaz d'échappement. Ah, l'air pur de la
montagne ! Heureusement j'ai mon petit secret. Tout le monde
prend la route de la frontière, moi j'ai bifurqué au panneau
« hospice de Rieumajou ». Enfin le calme ! Il me
tarde de revoir cette vallée enchantée. Mais ça commence mal ;
il y a plein de voitures qui descendent de là en se pavanant, des
gros machins qui prennent toute la largeur de la route étroite et
qui me font des appels de phares car je ne me pousse pas. Que dit le
code de la route ? Ne serait-ce pas priorité à celui qui
monte ? Passons... La vallée est toujours aussi belle, fidèle
au souvenir que j'en avais.
Par contre en 25 ans elle est devenue
zone touristique classée. Une mention que je n'ai jamais vue
ailleurs et qui doit être à mi chemin d'un parc national. Sans
doute que cette vallée peuplée de beaux sapins en a inspiré
d'autres après nous au point qu'ils ont dû réglementé. Le bivouac
y est toujours autorisé, sans doute pour ne pas fâcher les adeptes
de la première heure. Mais dorénavant on est prié de le faire à
des endroits dédiés. Un en l’occurrence, qui se situe là où
j'avais campé il y a 25 ans, au niveau du hameau pastoral de
Frédançon. C'est un endroit sauvage avec des pelouses grasses et
bien vertes sous le couvert d'une belle sapinière en bordure d'un
petit torrent qui donne envie de s'y baigner ; le tout au pied
d'une montagne dodue et boisée qui culmine à 2395m.
L'endroit rêvé
pour camper. Sauf que c'est interdit. Chaque tronc d'arbre est peint
d'une tente blanche barrée d'un trait rouge. A la place on est
invité à se concentrer dans une aire dédiée, délimitée par des
troncs d'arbres couchés, où viennent s'entasser une douzaine de
tentes avec des chiens qui aboient pendant que des gamins jouent au
ballon en criant. Ma vallée enchantée est devenue désenchantée.
Il est des choses qu'il vaut mieux garder en souvenir. J'ai été
tellement déçu que j'ai préféré tourner les talons, pour garder
ma mémoire intacte avec les impressions de ma jeunesse et non cette
vision moderne qui ruine tout. Vallée de Rieumajou, un retour raté
qui aura duré moins d'une heure, le temps de prendre deux-trois
photos. Je ne sais pas si j'y reviendrai un jour...
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| Rieumajou |
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| Rieumajou |
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| Embalse de Pineta |
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| Valle de Pineta |
Évidemment la barrière s'est levée juste à ce moment là ! La partie espagnole des Pyrénées est beaucoup plus sauvage. C'est de la forêt vierge de pins à l'écorce orange. Les sapins sont restés de l'autre côté, avec les nuages. On sent clairement l'influence méditerranéenne. Depuis que je suis sorti du tunnel, je revis. Les rares voitures que je croise sont espagnoles. Peu de touristes, les espagnols préfèrent la mer méditerranée en cette saison. Ou alors c'est la crise. Si la frontière n'existe plus, l'Espagne est bien là. Les restaurants affichent leurs fameux « platos combinados ». Peu sont les français à s'y aventurer, ils préfèrent rester avec leurs compatriotes à parler la même langue plutôt que de s'embêter avec une autre culture. C'est tant mieux !
Parvenu à Bielsa, j'ai
bifurqué sur la droite pour prendre la vallée de la Pineta. Elle
conduit en 14 kilomètres au pied du cirque du même nom, dans le
parc national d'Ordesa et du Monte Perdido. Les touristes lui
préfèrent l'autre côté, celui d'Ordesa. Du coup je suis tout
seul. Avec le soleil qui est en train de disparaître derrière le
Monte Perdido, je suis aveuglé par tant de lumière. Il y a un petit
lac qui ouvre la vallée puis celle ci s'élargit pour se resserrer
ensuite au niveau du refuge de Pineta, après les derniers hameaux.
Des montagnes abruptes de couleur claires enchâssent cette vallée
et lui donnent une allure de Montagnes Rocheuses. Un avant goût de
ce qui m'attend le 3 octobre ?
Le refuge n'est pas dans
le parc national. Il se trouve au bord d'un torrent qui doit
probablement se transformer en vaste rivière à la fonte des neiges,
vu la largeur du lit de galets qui atteint plusieurs dizaines de
mètres. Il y a aussi une table de pique nique, parfaite pour
préparer le dîner. Au milieu des pins se trouvent de grands buis
qui montent jusqu'à deux mètres et forment des barrières
naturelles contre le vent qui descend du cirque. Il y a quelques
pécheurs au bord de l'eau et c'est plein de méandres qui forment de
petites îles peuplées de saules. C’est là que j'ai posé ma
tente pour la nuit. Au pied du Monte Perdido.
Et à deux heures du
matin, alors que je me levais pour un besoin, j'ai été ébloui par
le spectacle des ombres qui s'offrait à moi au clair de lune. Je
suis alors retourné à la tente chercher l'appareil photo pour
l'installer sur un caillou en pause longue, le tout en caleçon de
nuit par un froid polaire dehors. Ce genre d'instant mérite qu'on
essaye de l'immortaliser. Ensuite j'ai continué ma nuit au son d'un
hibou lointain qui n'a cessé de me bercer de son hululement. C'est
un petit paradis cette vallée de Pineta !
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| Si, c'est une photo de nuit! |












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